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La filature de Gamaches

L'ambiance, l'organisation et la rémunération du travail dans la filature de Gamaches

Q1- Et sinon en c'qui conce, concerne euh... l'ambiance au travail des ateliers c'était euh... euh... c'était bruyant, c'était, est-ce que les, les, les personnes notamment les ouvrières parlaient ou est-ce qu'on s'parlait pas ?

R- On pouvait pas s'parler.

Q1- On n'entendait pas ?

R- Ah

Q1- c'était très bruyant ?

R- Euh, oh, oh, hein. Par exemple au, au batteur les cadres ou euh... on, on, on PDG oh, oh, vous savez alors, alors on parlait de loin, l'directeur euh... on l'montrait, l'directeur c'était l'grand... le grand monsieur, alors c'était comme ça hein. Hein. Oh, euh, oh euh, de, deux minutes tu vois bon . Ah oui, pour se parler c'était... c'était vraiment... euh... pas facile

Q1- Et justement l'bureau d'la direction était comment, était... au d'ssus d'l'atelier ?

R- Ah non, non, non, à part carrément.

Q1- Carrément à part ?

R- Carrément à part. Oui.

Q2- Au calme ?

R- Oh oui au calme, oh carrément, au calme, au calme, au calme, il était par exemple euh... pour vous situer à peu près y voulait, voyait toute l'usine ici, là ici, c'est encore le, le métier, alors le bureau était là carrément euh...

Q2- Ah oui, oui, oui

R- Il était séparé de l'usine euh... la, la, le, le bureau où mon père pis moi j'travaillais était carrément séparé oui, hein, c'était bien... pis l'appartement du... directeur était a... attenant au bureau. Le directeur avait jardinier, il avait personne et personnel euh... maison et tout ça hein. Il avait une belle place hein. Parce qu'y avait du potager, y avait l'fruitier, y avait tout ça.

Q2- Euh..., pour lui ?

R- Ah oui, ah oui, oui, oui. Ah euh j'm'en rappelle bien, pis chauffé... hein

Q2- Tout

R- Ah oui c'était... c'était impeccable et...

Q1- Par contre pour, pour les ouvrières elles arrivaient, y avait un pointage, y, elles avaient une carte, y z'avaient, y avait...

R- Non, on pointait pas. Non, on n'pointait pas, y avait pas ça, y avait un concierge à l'entrée, hein, on fermait les grilles, y avait... un appel au matin euh... à 6 heures *, un deuxième appel, deux appels à sept heures moins l'quart et à sept heures moins cinq les grilles fermaient. Malheur à vous hein. Fallait pas arriver en r'tard hein, parce que trois, trois absences... c'était mauvais hein.

Q1- Ah oui.

R- Ah oui, très mauvais hein.

Q1- Et une fois qu'les grilles étaient fermées, on s'....

R- Ah oh, alors à c'moment là vous avez pour euh... un quart d'heure ou une demi-heure à attendre qu'on vous ouvre la grille hein. Hein, hein. Alors le concierge, c'était un ancien d'l'armée y a pas d'problème hein, hein. Ça y a rien à faire. Pis y z'étaient pointés en même temps hein, alors euh... c'était pas bon hein. Alors, non, le, les absences se faisaient euh... c'était pointé par le, les contremaîtres. Chaque atelier avait son contremaître hein. Alors on, y avait l'rapport, on m'apportait mon bureau les absences hein, alors c'était donc euh... pis chaque ouvrier avait un carnet... à la paye euh... pa, pour euh..., parce que comme y avait des... différentes euh... des différents tarifs, selon c'qu'y faisaient, alors donc, chaque quinzaine, il avait un p'tit carnet, des p'tits carnets, et par, par quinzaine alors tout, y avait l'détail de leurs travaux. Alors on les distribuait dans l'usine avant la paye... hein, alors y vérifiaient et... avait réclamation : beh non, eh moi j'suis pas payé à mon tarif ou, ou à réclamation beh...

Q1- Ils savaient tous lire et écrire, vous savez ?

R- Comment ?

Q1- Ils savaient tous lire et écrire, ils pouvaient tous vérifier sur leur cahier ?

R- Ah oui, oh oui, oh oui, ils vérifiaient bien leurs comptes, oui, oui, oui. Même celui qui savait pas... pas tout à fait lire, son compte y savait question pognon ça on savait. Alors donc chaque ouvrier avait son carnet. Beh, hein, on les distribuait dans l'atelier, dans la s'maine euh... par exemple on les distribuait le... mercredi, on les ramassait et après c'était ( ? ? ?) on faisait la paye le sam'di. La paye était payée directement d'la main à la main.

Q1- Hum, hum.

R- Mais chaque ouvrier avait son compte hein. Même l'homme de cour avec ses heures. Hein s'il avait qua, quarant hui, quatre-vingt seize heures, quatre-vingt seize heures à quatre-vingt douze euh... c'était marqué. Alors y avait les ret'nues aussi, parce que y avait euh... forcément y avait la, la mutuelle qu'était ret'nue... après y a eu les assurances sociales hein, à partir de 1930 évidemment, mais y avait aussi, par moments, bon des... des dixièmes su l'salaire des personnes qui n'payaient pas, pis par huissier, voie d'huissier alors y avait des ret'ues automatiques hein, hein. Alors y avait la ret'nue plus, plus euh... la caisse familiale pour ceux qu'avaient des enfants, tout était porté sur el'carnet or le gars savait combien qu'y touch'rait à la quinzaine. Pis en plus y avait une fiche... qu'était une à chaque ouvrier avec son décompte, carrément.

Q1- Et ils étaient payés à l'heure ?

R- Payés à l'heure ou aux pièces. Oui, à l'heure par exemple, à l'heure un homme de cour était payé à l'heure si vous voulez hein, hein. Un homme de main était payé à l'heure mais... les... autres étaient payés aux pièces. C'é...tait sur machine, au compteur qu'on disait tout à l'heure.

Q2- Tous ceux qui..., tous ceux qui produisaient des choses euh... quantifiables ?

R- C'est ça, tous, tous les producteurs hein, tous les productifs étaient payés aux pièces. Tous étaient payés aux pièces. Oui. Tous, tous, tous, tous.

Q- Est-ce qu'il arrivait euh... des revendications au niveau des... salaires ?

R- Bof non, non. Non, non, non, non. Oh y a eu les premières revendications en 36, qui sont faits un peu par force quoi hein, mais non, les gens... non, je m'souviens pas, y a, à partir d'36 évidemment, mais avant je m'souviens pas euh... non, non les gens réclamaient bon... euh... quand ça n'marchait pas, y avait un tarif qu'était pas bien par exemple, bon ben, y, y trouvaient l'contremaître, parce qu'on trouvait pas l'directeur comme ça hein, hein. Ah ben non hein. Savez quand on était app'lé au bureau les gars hein, eh...comme on dit... hein, y rentraient pas comme ça hein ! Oh là, là. Qui en avait un était app'lé au bureau parce qu'y avait fait quèque chose hein. Le gars beh... on peut dire qui......... avant d'rentrer hein, y s'demandait qu'est ce qui allait lui tomber d'sus hein, hein. Y avait quand même le respect d'la hiérarchie... de direction hein. Oh oui, ça de c'côté là hein...

Q2- Et... les gens quand ils étaient app'lés au bureau c'était euh... c'était jamais pour une bonne chose ?

R- En... principe non hein . En principe non. Mais enfin y avait l..., le contremaître qui servait beaucoup d'intermédiaire pour euh... hein quand y avait quelque chose hein. Bon ben, bon quand par exemple pour s'absentait, d'mandait quand même hein tout ça hein, fallait, beh y donnait quand même la justification aussi hein, mais y avait très peu d'absence hein. Même... maladie, vous savez hein

Q2- Oui c'était envisageable d'être absent pour euh... raison de... maladie en fait ?

R- Ah beh ça, c'men là il était malade tant pis hein. Hein. Tant pis hein

Q2- Et pendant c'temps là euh... les personnes étaient payées ou...

R- Ah non, ah non, non, non

Q2- Non

R- Non, non, non. Non vous étiez absent, vous étiez absent.

Q2- Y avait les frais d'méd'cin et le... frais...

R- Oui mais là c'était à la mutuelle qui payaient hein, les frais d'méc'in c'était gratuit hein, les médicaments gratuits c'était tout. Hein. Ah ça vous aviez un rhume, restiez chez vous, pour ça qui avait pas beaucoup d'gens qui restaient chez eux hein. Y a même des femmes qui accouchaient à l'usine hein, hein.

Q1- Ah oui ?

R- Ah ça, ah ça, ah eh y n'arrivait pas... y n'avaient pas deux mois d'avance hein ! oh ! pis y n'avaient pas les moyens non plus mon pauvre hein ! c'est que... euh, hein, y a même des travailleuses qu'sitôt qu'ça ouvrait, les femmes rev'naient travailler hein croyez moi hein... n'allaient pas s'balader hein, hein.
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