Accueil Le projet Les dossiers La base projets2003 réalisations contact
Mémoire Vivante de Picardie - La base
presentation consultation
retour à la liste

La boutonnerie artisanale dans la région d'Hardivillers

Les techniques de production du bouton

R- Non. Ils arrivaient ici. Alors c'est à dire que, ça s'est vite, vous savez, on pourrait dire que euh l'industrie elle s'est vite . Au départ l'industrie c'était qu'un groupe de métiers qui étaient concentrés, voyez, qui étaient réunis dans une pièce, chez un monsieur qui s'occupait, il avait trois quat'e, trois quat'e métiers, les gens ils étaient là, simplement pour l'emplacement. Et on appelait ça des jeunes fabriques. C'était la fabrique. Ici, y'en avait trois ou quat'e, y'avait quat'e fabriques. Et y'en avait qu'y'avait pas plus d'cinq métiers. Et y'en avait d'autres, qui étaient beaucoup plus modernes, alors là, on a commencé à installer la machine à vapeur, hein, y'avait la machine à vapeur, que elle était enterrée, la machine à vapeur.

Q2- Mais qu'est-ce que c'étaient ces métiers, justement ?

R- C'était toujours, ça r'venait toujours au même système hein.

Q2- Oui.

R- Le travail du bouton, c'est un travail de découpage, qu'on découpe la rondelle dans l'coquillage, les coquillages qui r'viennent des îles du Pacifique, exactement, je sais pas, découper la rondelle, plus ou moins gros suivant la d'mande du bouton, des gros des p'tits - j'vous f'rai voir les p'tits boutons d'la robe des mariées, franchement y'avait d'quoi arracher l'tissu pour l'marié l'soir hein, parce qu'il y avait quelque chose comme cinquante ou soixante boutons dans une robe de mariée. Pis, vous savez les boutons, ils faisaient quelques millimèt'es d'grandeur hein, c'était vraiment petit. Enfin bref. Donc y'a l'découpage. Après y'a l'méchage, on appelait çà mécher, c'est à dire qu'on faisait comme un p'tit creux, dans l'bouton, et après y'a l'perçage pour percer soit deux soit quat'e trous pour mett'e le, pour le coudre. Et alors donc ben les gens y travaillaient là-d'ssus pis ma foi ils étaient payés.
Et alors donc y'avait ça, et ma grand mère, ma grand mère paternelle, elle encartait ; alors encarter, c'est elle qui cousait les boutons, enfin cousait, c'était, avec un fil, c'était pour présenter les boutons sur un carton, sur des papiers genre papier à chocolat, papier d'aluminium là, du papier, j'sais pas comment qu'ça s'appelle là, vous savez comme l'papier à chocolat, là, qui brille, là, hein.

Q1- Papier aluminium.

R- Ben c'est ça, l'nom, l'nom exact, je sais pus, je sais pus. Alors elle mettait ça, pis elle cousait, alors j'vous f'rai voir des cartes où elle mettait ça par douzaine. Alors c'était une douzaine, deux douzaines, ça dépendait des boutons. Elle cousait ça, et là ils étaient vendus. Là ils étaient. Alors y'avait un chariot, un monsieur qui passait avec le chariot, de l'usine mère, de la maison mère qui était à Jouy sous Thelle, les maisons 3 E qu'elle s'appelait,

Q1- " 3 E " ...

R- Et c'est eux qui livraient déjà les boutons découpés, simplement en rondelles ; pis après ils étaient rendus. Entre deux - oui j'ai oublié - entre l' découpage, et l'méchage, ils étaient mis au meulage, ils passaient dans une meule. C'était un tapis roulant qui était sur une plaque dure, et pis dessus y'avait une meule qui tournait, pis les boutons ils passaient d'ssus, ils étaient meulés pour leur donner une face lisse. Alors là dessus y'a eu les boutons, et parallèlement, y'avait la tabletterie, c'est à dire qu'on faisait des objets d'art. J'vous f'rai voir tout à l'heure un bénitier qu'on a, euh, c'est vraiment magnifique hein, faut voir, faut voir comment qu'c'est fait.

Q1- La tabletterie, c'est à partir du nacre ?

R- Du nacre oui, y'a la façon du coquillage, euh, on faisait aussi des p'tites écuelles à crème, vous savez qu'on faisait l'beurre un peu soi-même puisqu'on était en campagne, pis pour faire la crème, y'avait pas d'écrémeuse, ça n'existait pas, donc on laissait r'poser le lait dans une jatte, et puis fallait écrémer, le nom, on écrémait, justement j'vous f'rai voir, on écrémait pour ramasser la crème pis pour faire du beurre avec.
Alors en gros, tout ça ça s'est, comme beaucoup d'industries, ça s'est regroupé dans des plus grosses industries, qui a fait que tous les p'tits, tous les p'tits particuliers qui travaillaient à domicile ils ont, ils ont disparu, mais entre deux, ils se sont modernisés quand même quand il y a eu l'électricité, les plus ingénieux, et pis ils se sont mis un moteur électrique, parce que c'était à la pédale hein.

Q1- Justement, expliquez-nous les différentes phases, donc la première phase du travail était de découper ?

R- Découper, bon ça, c'était surtout fait en usine. Alors à la maison///

Q1- C'était déjà fait en usine ça ?

R- Ah oui. C'est à dire, je, c'était certainement fait, parce qu'il fallait d'l'eau ; fallait toute un installation, il fallait, c'était une mèche qui tournait, une mèche creuse, donc, qui découpait la rondelle du bouton, il fallait d'l'eau en continu qui coule, je m'rappelle, j'avais un oncle qui faisait ça, il était toujours dégoûtant quand il sortait d'l'usine, il mettait des tabliers de cuir, parce que l'plastique ça n'existait pas bien sûr, il avait un tablier d'cuir, pis il découpait tout ça. Ca c'était///

Q1- En bois ou en nacre ?

R- Euh, oui, en nacre certainement pour les boutons. Alors ils découpaient, et pis à partir de là ils arrivaient en campagne pour êt'e soient méchés alors le métier, la table du métier, on appelle ça un métier, pourquoi ? j'sais pas pourquoi ça a toujours un métier à boutons, la table proprement dite, elle est transformable, on peut l'faire soit pour mécher, soit pour percer. J'vous ferai voir, on dévisse les mécaniques, j'vous donne les termes exacts qu'ils employaient hein, hein ça s'appelait comme ça, les mécaniques, alors ils dévissaient les mécaniques, ils r'tournaient leur truc et pis ça devenait, ils pouvaient percer aussi avec.
Alors, suivant, suivant la grosseur des boutons, y'avait plusieurs mandrins, c'était un mandrin, c'est à dire c'était un bout d'bois qui était fendu en quatre, avec une petite rondelle creuse, avec une bague, pis il était légèrement conique, et alors quand le mandrin il tourne, ben, suivant qu'il serrait la bague, il r'sserrait les quat'e lames du, du bout d'bois, c'qui pinçait l'bouton. Parce que l'bouton ils allaient pas l'tenir dans les doigts hein, c'est trop petit. Et vous verrez la mécanique comment qu'c'est, la technique pour serrer l'bouton pis, ils méchaient ou ils perçaient.
Alors pour percer, c'était un système ingénieux, y'avaient des ingénieurs moins qu'aujourd'hui, mais y'avaient quand même des ingénieux, et c'était, ils perçaient, ils n'étaient pas axés, c'est à dire ils perçaient pas juste dans l'milieu, il était déporté d'façon que l'bouton, y'avait quat'e crans, à la mécanique, y'avait quat'e crans, donc un cran qui perçait, et comme il était décalé, donc le trou s'faisait sur l'côté du centre, et quat'e fois comme ça, y'en avait quat'e, quat'e trous.

Q1- D'accord

R- Parce que s'il en mettait un milieu y'aurait eu quat'e trous bien sûr. Voilà en gros le machin. Alors après, bon y'a eu, ça a baissé, y'a eu une usine moi, l'usine, y'avait trois usines à Hardivillers, y'en a qu'une , deux qu'j'me rappelle - bon j'ai soixante cinq ans - y'en a qu'deux que j'ai connues tourner, et l'une, celle qui y'avait chez ma tante, euh, elle a pas tourné longtemps, euh, j'me rappelle qu'il y'avait encore des gens d'dans, mais c'est vague, donc on peut dire vers, la guerre, même pas, vers 1935 par là, trente six, c'était fermé. Y'en avait qu'une, celle qui y' avait là, alors, elle, elle tournait avec un moteur diesel déjà, elle tournait avec un moteur diesel. Bon là y'avait quand même une trentaine d'ouvriers qui travaillaient dedans.

Q1- ... Avec une machine ...

R- Alors là c'était une machine, avec le système que vous avez vu là-d'ssus avec les poulies, les courroies, les transmissions,

Q1- C'était toute une installation ...

R- C'était vraiment un jeu formidable de courroies, et pis chaque ouvrier avait son métier. Hein. Et pis chaque ouvrier, celui qui méchait, il méchait depuis l'premier janvier jusqu'au trente et un décembre. Hein. Celui qui découpait, ben il faisait qu'ça, il découpait, je m'rappelle, les découpeurs ils étaient à droite, les mécheux ils étaient là, pis les autres, c'étaient les perceux

Q1- C'était quand même très parcellisé, quand même, le travail ?

R- Oui, déjà, déjà ils étaient un peu spécialisés on pourrait dire hein. J'me rappelle qu'il y avait une jeune fille, que j'connaissais bien, Lucienne, elle faisait qu'meuler, elle faisait que, parce que les boutons, fallait les mettre à l'endroit, ben y'avait pas une machine pour les mett'e à l'endroit, y'avait pas de

Q1- C'est à dire les mettre à l'endroit ?

R- Ben c'est à dire y'a un endroit, un envers, vous verrez un bouton, y'a quand même, la nacre, elle est, y'a une face rugueuse, pis une face brillante, l'intérieur de la nacre, elle est brillante.

Q1- La meule, c'était pour les polir alors ?

R- Pour les polir, pour les polir. Oui, juste pour les polir, et faire une belle face. Voilà en gros. Donc bon ben tout ça ça a diminué, ça a diminué, pis vers mille neuf cent cinquante deux, j'crois, tout ça, ça a été fini, ça a fermé, l'usine a fermé ; y'a encore deux personnes qui z'ont travaillé à domicile avec des p'tits métiers à moteur électrique là, y'avait un p'tit moteur électrique, pis ils travaillaient sur un moteur électrique, c'était moins pénib'e que d'travailler à la pédale.

Q1- La pédale pour actionner ...

R- Parce que vous verrez, j'vous f'rai voir t't-à l'heure, ben c'est pas évident d'travailler de, vous savez, j'pense toujours au pianiste qui a une indépendance entre les mains, là faut une indépendance entre les pieds pis les mains. Hein.
nouvelle recherche

votre sélection

ajouter à votre sélection

imprimer
DownloadPlayer