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Le maraîchage sur l'Ile Sainte Aragone

L'évolution du métier de maraîcher

Q- Par rapport à votre euh… votre grand-père, votre père, vous avez une plus grande exploitation ou une plus petite ?

R- Ah ouais, beh oui, avant ils arrivaient à vivre avec euh… sais pas… 80, un hectare, ils arrivaient à vivre en culture maraîchère, maintenant on fait deux hectares.

Q- Combien ?

R- Deux hectares maintenant, y faut l'double hein.

R1- L'triple même.

R- Y faut l'double.

Q- Et, et votre père il avait des, des employés, des ouvriers ?

R1- Il avait des, des stagiaires des…

R- Beh… oui, papa il avait souvent des… c'étaient aussi des… comment qu'c'était ?

R1- Des enfants de…

R- des enfants de l'Assistance Publique aussi hein.

R1- Nous ça on n'a eu, pendant 12 ans.

R- Ouais beh j'leur ai dit à chés dames, beh c'était du foyer d'l'enfance, mais nous c'étaient des enfants d'l'Assistance Publique euh… que qu'on logeait et tout hein, même des fois y n'avait un, des fois y n'avait deux.

Q- Qui restaient la nuit ?

R- Pis des fois y avait d'la main-d'œuvre aussi… ça avant c'était mis comme maintenant… quand, y, y… passait un pauvre malheureux, bon y bêchait eune heure ou deux, on lui donnait la soupe et pis… on l'y donnait sin prêt bon beh ch'gars y r'partait, s'il était bien y r'venait… er'faire eune paire d'heures dans la s'maine pis si ça y avait pas plu y r'venait pas il l'en v'nait un autre, hein c'était, ça, ça s'passait, à l'heure qu'il est on parle ed'la, ed'solidarité mais y avait beaucoup plus d'solidarité à c'temps là que maintenant quoi.

Q- ça s'fait plus du tout ça…

R- ça s'fait plus du tout, ah non ça s'fait, ça, ça s'fait plus pis vous pouvez pas hein, eh vous allez nous, vous allez mettre un motoculteur ou eune rotobineuse et pis que j'gars y s'esquinte, qui s'coupe un doigt ou, avant c'étaient des outils à la main c'était pas… Maintenant on peut pu faire ça hein, on peut pu faire ça.

Q- Et sinon votre, votre père ou même votre grand-père y///

R- Quoique ça c'était déjà du temps d'min grand-père hein.

Q- Votre grand-père.

R- Oh ouais.

Q- Y… y plantait les mêmes légumes que vous ?

R- Ah oui. Oui ben, oui, non, non, non c'est, c'est ( ???) poireaux, carottes, non ça n'a pas changé hein. Oh non ça n'a pas changé.

Q- Et y a, y a quoi qu'a… qu'a évolué dans la profession justement ?

R- Ché pas, y en a qui l'ont fait en grand hein, c'est pas… Mais c'est, ça, ça a été r'pris aussi beaucoup par, par, par la grosse culture hein, c'est pour ça qu'les maraîchers, vous avez des cultivateurs maintenant y z'ont pu d'bêtes beh y, y z'ont remplacé, là y z'ont pu l'droit d'démonter les pâtures, mais y z'avaient démonté les pâtures, bon y, y , mais y en a un là à Camon l'ferme à P21, P21 y fait des poireaux pis des laitues, mais y fait qu'ça, y fait qu'deux articles, alors l'hiver y fait, en plus ed'sin blé, d'ses bett'raves, d'ses patates y fait des poireaux, l'hiver, y z'emploie son personnel parce que l'hiver y, c'est pareil ech'personnel il a l'temps d'éplucher des poireaux pis tout ça et pis à l'été y fait des salades. Mais euh y fait des salades au printemps, entre les saisons, au moment d'la moisson y n'en fait pu d'salades, comprenez.

Q- Pour boucher les creux en fait ?

R- Beh oui pis d', pis d'la salade dans les champs ça vient bien au printemps, a, après en pleine sai, en pleine sécheresse, enfin, souvent en juin-juillet y fait plus… plus sec, alors, nous par ici on a core l'humidité ou on arrose, on a des t'chottes motopompes que dans les champs, dans les champs y z'arrivent pu, pis lui y… y va, y sent qu'y va avoir la moisson tout ça, il arrête aussi alors euh… mais ça été, les légumes ont été repris par beaucoup de gros cultivateurs comme ça hein.

Q- A partir de quand ça ?

R- Y en a y font des fraises, y en a y font… y en a y font des asperges, P20 il a un copain qu'a été soldat, à Flixecourt, y fait des asperges.

Q- C'est arrivé comment ça///

R- Mais alors y font ça… y z'en font 5-6 hectares euh…///

R1- Oh… y a pas, y a pas ( ???) y a 5-6 ans, six///

Q- Y a 5-6 ans ?

R- Ah ouais, j'ai beaucoup, depuis qu'on a su, supprimé, qu'on a mis chés quotas laitiers pis tout ça hein, quand y z'ont supprimé, ceux qu'ont supprimés les bêtes y z'ont fait ça hein. Patates, le Santerre y font beaucoup d'patates, on dit chés patates y sont pas bonnes mais y faut voir aussi comment y managent ça hein, c'est pas///

R1- Nous on prend avec précautions à n'pas leur donner d'coups et pis…

R- Y manœuvrent chés choux au Fenwik et pis tout y… c'est plein d'coups, c'est plein…

Q- Vous dites que vous faites pas beaucoup d'pommes de terre mais votre père en faisait pas non plus ?

R- Du temps d'mon père on n'faisait que des pommes de terre pour nous. On n'en vendait pas. On vendait que des légumes.

R1- Pis l'boucher.

R- Ouais, ouais parce que l'boucher des moments///

R1- nous aussi maintenant on en fait pour 2-3 personnes pis l'marché sur l'eau. On a toujours les mêmes clients, on a P22 qui nous achète euh… pis des notaires, des années, des années des pommes de terre.

Q- Justement votre clientèle euh… votre clientèle elle a changé ou pas ? Quand vous allez au marché sur l'eau, vous a, vous voyez, vous voyez toujours à peu près les mêmes personnes ou… ça tourne beaucoup…///

R- Ah non, non c'est les mêmes clients hein. Oh oui c'est, ils sont habitués à nos produits, c'est les mêmes clients hein ! oh ouais. Pis d'puis 5, depuis 5 générations à tour de rôle on est connu quand même hein c'est…///

R1- Ah oui on est beaucoup co, nous sommes beaucoup connus euh…

R- P23 qui faisait ses études là, y ( ???) parce que moi j'ai pas une grosse retraite hein, j'ai 40 ans * d'versements j'touche 3 000 francs par mois, 9 000 francs par trimestre, et pis là que j'ai plus d'65 ans, j'ai touché 10 000 francs. Là j'viens d'toucher, on a été augmenté ou ché pas si c'est parce que j'ai plus d'65 ans, j'ai touché 10///

Q- 10 000 francs pour 3 mois ?

R- Oui, 10 000 francs pour 3 mois.

Q- Avec trois enfants. Comment ça se fait que vous n'avez pas une grosse euh retraite comme tout///

R- Ché pas hein, pourtant moi j'ai, j'vous dis j'ai 40 ans * d'versements pis j'ai versé avant qu'ce soit obligatoire. C'est pour déclarer ça. Oh oui c'est à déclarer ça.

R1- Pis moi pour 20 clients voilà.

Q- Et vous pareil ? vous vous êtes déclarée aussi///

R- Ah mais elle elle a un t'cho peu… de

R1- Oui mais 26 ans de l'agriculture ( ???)

Q- Vous étiez déclarée en tant que… vous travailliez euh…

R- femme d'exploitant.

Q- Femme d'exploitant ?

R- Ouais.

Q- D'accord. Vous vous êtes mariés en quelle année ?

R- Oh beh y a…

R- En 61. En 1961.

Q- Vous étiez pas du tout dans la culture vous ?

R- Non. Elle était infirmière.

R1- Heureusement que j'ai changé et que j'ai une retraite autrement parce que là pour euh…

R- Si t'avais su hein tu t'serais pas mariée avec un maraîcher hein ?

R1- Ah non. 11 240… 67 francs d'côté.

R1- Oui 34 836 francs.

Q- Sinon y a beaucoup de, de… c'est, ça s'fait beaucoup à la main ou y a beaucoup d'appareils pour le…

R1- Ah ça s'fait beaucoup à la machine hein !

R- A s'fait beaucoup à la machine mais y a core beaucoup d'choses qu'on fait à la main hein !

R1- Les bottes on les fait core à la main hein !

R- éplucher ch'poireau c'est core à la main, les bottes c'est à la main, les bottes de radis tout ça on fait core à la main hein. Nous on fait core les haricots verts à la main sans ça y a des machines pour les cueillir mais c'est pas… ça n'abîme autant qu'ça n'a, qu'ça n'en cueille hein ça…

Q- Vous recherchez surtout la, la qualité du produit euh…

R- Oh oui, oui, oh oui. oh oui surtout la qualité hein parce que… mais comme on a qu'des p'tites exploitations on peut pas faire tout, on peut pas faire chés cueillettes à la machine hein, ça, ça n'a, ça n'in gaspille la moitié

Q- Vous trouvez que vous avez une petite exploitation ?

R- Ah oui, oui. Petite exploitation oui.

Q- Combien d'hectares vous avez ?

R- Oh mais y en a qui z'ont 20 hectares ed'cultures maraîchères. Nous on a deux hectares.

Q- Deux hectares ?

R1- Pendant les marchés c'est nous qu'en avons l'plus pour ainsi dire, de tous les maraîchers de… par ici quoi.

R- Deux hectares.

R1- Mais pas, pas les cultivateurs hein, les maraîchers, les maraîchers. C'est euh… pour ainsi dire nous comme ici, c'est nous qu'en avons l'plus.

R- Sans ça j'pourrais n'en faire plus, j'aurais pu défricher chés pâtures aussi pis tout ça, hum, hum, j'peux pas…

Q- Vous avez essayé sur d'autres marchés ?

R- Pour en faire plus y faut avoir plus ed'personnel et pis j'vous dis du personnel c'est pas rentable

R1- On est déjà… fatigué d'faire deux marchés l'même jour on, même le sam'di on s'lève quand même à 4 heures du matin pis ( ???)

R- Oui parce que P23 y fait sin marché… il a pris une place à l'Hôtel de Ville, alors, comme y donne un coup d'main à son frère quand y, quand y n'va pas aux cours, enfin y va en cours tous les jours mais à s'fait qu'des fois il y va l'matin, des fois l'après-midi, ça dépend comment il a ses cours, comme y donne un coup d'main à son frère, l'autre y n'y compte pas chés légumes, alors il a pris une patente euh, y s'est arrangé avec ech'contrôleur, c'est pas y, il a pris une patente ed'commerçant, sin frère ch'peu d'légumes qui lui donne pis y rachète des fruits tout ça pis y vend à l'Hôtel de Ville, ça lui laisse un p'tit bénéfice, pas grand chose hein, quand il a payé ses charges et tout, mais malgré tout il est assuré social, y n'est pas…///

R1- Par mois, par mois déjà, il a 2000 francs d'charges par mois pour faire un marché.

R- et pis ça l'y laisse pour ach'ter ses livres tout ça euh…

R1- Enfin pis sortir pis s'ach'ter… comme il aime bien la musique il achète euh…

R- Oh il travaille beaucoup, il a, oh il a toujours travaillé à l'école, il a lé, il joue de la musique, il joue du saxo///

R1- Il fait une fanfare, il est en train d'faire///

R- Il fait partie d'la fanfare à… à Saint Sauveur, il fait l'marché l'sam'di.

R1- Y s'en va aussi à 4 heures du matin, nous aussi on s'en va à 4 h * là, 4 heures du matin jusqu'à 8 heures du soir sans de, des, décharger parce y, j'vous dis il a pu d'camion, on est obligé d'décharger, de l'installer, pis après nous on va au marché sur l'eau.

R- On l'y donne un coup d'main à monter sin barnum tout ça.

R1- Tout ça ben oui, pis lui il a pas d'personnel hein !

Q- Parce que là vous êtes, vous avez votre fils qui fait des études et qui le fait euh… donc le samedi euh pour se faire de l'argent de poche///

R- Ouais.

Q- Celui qui travaille, qui a repris bon qui///

R- Pis moi qui donne un coup d'main///

Q- et vous///

R- et c'est tout.

R1- Pis P24 des fois oh ( ???) pendant ses vacances l'premier des fois y vient aussi hein.

R- Ouais mais… pu si souvent qu'avant non plus, y n'a pu l'temps non plus, beh il a un t'cho alors y faut l'soigner ch'gosse hein .

R1- Pis y travaille alors euh… mais sans ça… quand il a un moment y vient quand même aider aussi hein !

Q- Mais si y avait, si y avait pas euh… tout l'monde qui donne un coup d'main comme ça vous y arriverez///

R- Non, tout seul y n'y arrivera pas ch'gamin. Y peut pas arriver. Il arrivera mais y n'en fera moins, en en faisant moins il arrivera pas à vivre.

R1- Je n'sais pas comment qu'y va faire hein ! parce que…

R- Parce que savez c'est pas un gros salaire !

R1- Pis y a pas d'diplôme, y a rien, pis pas d'travail en c'moment.

R- Parce que si ch'bien qu'on a, c'est, c'est du bien d'nos parents pis d'nos grands-parents hein, nous on n'aurait pas pu n'ach'ter.

Q- Avec ce que vous avez gagner vous auriez pas pu euh…

R- Non.

R1- Sa grand-mère elle avait ach'té beaucoup.
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