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Moeurs et vie sociale à Fresnoy le Grand

Le travail à Le Bourget à Fresnoy le Grand

Q- Et qu'est-ce que vous avez fait après votre certificat ?

R- Ben après mon certificat, je ai… resté parce mes parents tenaient un commerce de… journaux, j'ai resté 4 ans à la maison travailler avec eux, et c'est seulement après que j'ai été à l'usine. A 18 ans j'ai monté travailler à l'usine.

Q- Et ça se passait comment ? vous avez sui… euh suivi un apprentissage tout d'abord ?

R- Ah non.

Q- Non vous êtes rentrée directement.

R- On allait à Saint Quentin passer un test, on vous faisait… reconnaître des couleurs, reconnaître des chiffres, et d'après le travail que vous aviez fait, on vous disait, vous irez à tel poste, mais c'était pas…

Q- Et vous vous alliez à quel poste ?

R- Au pliage. Parce qu'à ce temps là, on pliait les bas( ???)

Q- Ah c'était au pliage des bas.

R- On vous amenait les, les bas, vous mettiez par paire, il fallait les plier pour les mettre dans les… dans les petits papiers, dans les sachets.

Q- Donc après la, après la finition, on vous amenait les bas euh…

R- Oui, oui, quand ils étaient contrôlés, tout affairés, on nous les amenait, on avait plus qu'à les plier.

Q- Parce qu'y'avait un pliage particulier euh…

R- Oh oui, parce qu'il y avait une façon de plier le pied, de façon que on aille bien, et plier les bas trois parties, de façon que on voie pas le pied, qu'on voie bien les deux côtés du col… du bas là, parce que moi y avait pas encore le collant, ah oui, quand j'ai travaillé c'était encore les, les… les bas.

Q- Et c'étaient des…, c'étaient des boîtes comment, c'était euh…

R- C'était en sachet.

Q- En sachet. C'était comme ça qu'on voyait…

R- Qu'on voyait ce que la couleur, qu'on voyait la… la qualité, parce qu'il y avait quand même plusieurs, plusieurs modèles.

Q- C'était pas en boîtes.

R- Non j'ai pas fait en boîtes, il y en a un qui faisait en boîtes, oui j'ai vu en boîtes aussi, quand c'était des… vraiment du premier, premier choix. Ça c'était mis en boîtes.

Q- Et c'est en quelle année quand vous êtes rentrée au Bourget pour situer un peu…

R- J'ai rentré au Bourget en… cinquante euh… quarante-huit, quarante-neuf par là, oui quarante-huit, quarante-neuf.

Q- Comment ça se passait les relations dans… sur le lieu de travail avec les autres euh…

R- Oh c'était bon, l'ambiance était bonne.

Q- Y'avait une bonne ambiance entre les ouvrières…

R- Entre ouvriers c'était bon.

Q- On pouvait discuter ou…

R- Ah pas tellement non parce que on avait… par exemple moi j'étais une table comme ça, et devant il y avait un grand… un grand ( ???) avec une lampe qui vous éclairant directement sur la table, donc euh… vous pouviez pas causer avec la personne qu'il y avait devant, ou d'temps en temps on se penchait sur le côté de la table pour bavarder…

Q- Mais il y avait quelqu'un à côté de vous quand même.

R- Non on était on… en, en ligne

Q- En ligne, en ligne donc c'était peut-être voulu égal… sans doute voulu également pour empêcher euh… pour la rentabilité

R- Oh oui mais comme on était payées aux pièces, je pense que la rentabilité c'était… c'était nous qui la faisions, c'était nous qui la faisions la rentabilité, parce que c'était plus rapide là.

Q- Mais vous étiez au pliage, mais les autres femmes étaient… dans d'autres pièces séparées de toute façon.

R- Ah ben dans la même salle y avait le pliage et le, l'appérage( ???) et puis comment qu'on appelait ça le contrôle la révision, parce que il y avait une révision qui se faisait, si le bas était mal formé, ça repartait. Parce que après nous, si quand on était en révision, il fallait voir qu'il reste pas de maille, qu'il y ait pas un bas qui ait une couture, parce qu'il y avait encore le bas couture, que la couture soit bien droite, il fallait tout, tout bien contrôler.

Q- Et vous aviez des relations également avec votre patron euh…

R- Ah non il passait…

Q- Enfin vous le voyiez…

R- On l'voyait oui…

Q- On l'voyait quand même

R- Ah oui, oui, il traversait l'usine, deux ou trois fois par jour, il traversait l'usine euh… il venait même à votre dos hein quand vous étiez en train de travailler…

Q- Il faisait des remarques ou…

R- Non, non.

Q- Non jamais, il disait jamais rien.

R- En tous cas moi j'en n'ai pas eu.

Q- Mais dans chaque salle vous étiez surveillées par euh…

R- Ah oui, dans chaque salle il y avait une contre-dame, ce qu'on appelait une contre-dame.

Q- Une contre-dame.

R- Nous c'était une contre-dame.

Q- Et ça se passait comment avec euh…

R- Pas toujours bien, parce que quelquefois on disait bon sang elle exagère parce qu'il y avait des, des séries qui étaient meilleures les unes que les autres, alors il y en avait qu'y avait des bonnes séries qui faisaient une, des journées formidables, mais alors quand vous tombez sur une mauvaise série…

Q- Qu'est-ce que c'est une, une bonne série, une mauvaise série ?

R- Ben une bonne série, c'est des bas qu'ont été bien formés, qui ont été bien réalisés, alors quand c'est bien réalisé, bon quand vous pliez, vous n'avez pas de… pas de déchet,

Q- Et puis ça va…

R- Ça va plus vite, ça va très vite quand vous tombez sur une ils appelaient ça des planches que c'est mal formé, vous travaillez pas, vous, vous renvoyez tout, vous avez passé votre temps à trier, et c'était renvoyé, bon maintenant ça se fait à la machine vous avez plus ce problème là.

Q- Puisque vous étiez payées au ren…, aux pièces.

R- On était payées au rendement euh… c'était pas évident hein.

Q- Mais bon si elle vous faisait une remarque euh…

R- Ben on l'acceptait.

Q- Il y a jamais eu des problèmes de…

R- Ah non, non, non, non.

R- Elle m'énervait un petit peu de temps en temps mais enfin, c'était pas des gros problèmes parce qu'à force on disait bon sang c'est toujours les mêmes qu'ont le mauvais boulot mais… c'était dit comme ça, pis c'est tout, on allait plus loin.

Q- Mais elle était pas particulièrement dure///

R- Ah non, non, non, non non on s'dit c'est toujours moi qui prend, mais les autres c'était l'même point, c'est pas… Quand on tombait deux, ou trois fois, dans une passe mauvaise ils appelaient ça une passe mauvaise bon ben c'est tout, c'était pas de sa faute elle, les, les trucs arrivaient, elle voyait pas ce qu'il y avait dessus.

Q- Et vous aviez un uniforme, enfin, un uniforme pour travailler ?

R- La blouse, tout le monde la même blouse, la même couleur de blouse.

Q- Pour le pliage ou…

R- Chaque salle avait une couleur de blouse, y avait les bleues, y avait les roses, il y avait les vertes.

Q- C'est comme ça qu'on vous reconnaissait…

R- On savait où vous travailliez, on savait dans quel service vous étiez, avec la couleur de la blouse.

Q- Et c'était pour quoi…

R- Ben la blouse était fournie par le patron, ben ouais alors on… il exigeait qu'on les… mettait.

Q- Enfin quel intérêt à savoir qui travaillait ou…

R- Je ne sais pas, peut-être pour eux, j' n'sais pas quand on était toutes dans la cour, peut-être qu'on arrivait à travailler… ils voyaient…

Q- Pour savoir qui…

R- Ça lui permettait peut-être lui en étant dans son bureau, voir celle qui arrivaient à peu près toujours à la dernière seconde ou… il voyait plus facilement pour surveiller… la surveillance devait être meilleure, voir qui… qui travaillait plus l'un que l'autre.

Q- Vous travailliez combien d'heures par jour ?

R- 8 ou 9 heures, et on travaillait du lundi au samedi midi.

Q- Ça faisait quand même des journées euh… importantes

R- Oui, oui, quand j'ai démarré, parce que j'ai, j'ai démarré, j'ai arrêté, puis j'ai repris après, là j'ai été sur des métiers à faire des, des chaussettes, alors là c'était… poste, posté hein, 5 heures, 1 heure, et une heure, 9 heures, il y avait eu un coup de bourre, qu'il fallait travailler, travailler, travailler, alors là on s'mettait en route à 4 heures, 4 heures - 1 heure, et 1 heure - 10 heures, alors ça c'était long heureusement ça a pas duré longtemps.

Q- C'était, c'était un… pas les trois huits mais c'était les…

R- Les deux huits parce que les femmes n'avaient pas le droit de faire les trois huits. Maintenant c'est autorisé, pour certains cas, mais nous on avait pas le droit. Donc ils avaient eu le droit de nous faire faire une heure de plus, mais pas, pas la nuit, donc on faisait une heure de plus mais pas la nuit, mais enfin ça a pas duré longtemps parce que… c'est dur hein.

Q- Hum, hum, ça a pas t'nu euh…

R- Non, non, ça a du se débrouiller autrement, ils ont fait rentrer des métiers et puis…

Q- Et vous aviez des pauses euh…

R- On avait une… * d'heure de pause pour le casse-croûte, parce qu'on était obligées là hein, quand on partait à 5 heures de la maison euh…

Q- Un quart de pause seulement ?

R- Hum.

Q- C'était un bon moment pour vous…

R- Oh oui, oui, c'était vraiment la détente parce que… enfin les machines continuaient de tourner hein, oui les machines continuaient de tourner, mais enfin si on était absent au moment qu'ils passaient bon, c'était la pause c'est tout.

Q- Et la pause se faisait où…

R- Ben… dans la salle où on était. On allait prendre l'air deux secondes quoi.

Q- Entre 8 heures ou 9 heures de travail vous faisiez un quart d'heure de pause.

R- Un quart de pause oui.

Q- C'était quand même un travail assez fatiguant.

R- Ah oui c'était fatiguant, mais enfin c'était une routine on y pensait pas.

Q- Et vous étiez bien payées euh… côté salaire, ça allait ou…

R- Ben à ce moment là oui moi je… je trouve que oui parce que, moi j'ai fait 10 ans alors euh… alors c'est pas moi qui, qui vais détourner la maison, enfin si ça allait…

Q- Parce que ça avait une bonne image quand même, les entreprises Le Bourget

R- Ah oui, oui.

Q- Mais après quand vous avez eu une vie de famille que vous…

R- Je, j'me suis mariée, j'ai eu un garçon, là j'ai repris le travail mais quand j'ai eu la fille après, j'ai, je me suis arrêtée. Et quand j'ai eu le troisième, j'ai retravaillé il avait, oh il avait 10 ans, parce que je me suis dit mon Dieu, qu'est-ce que je vais faire quand ils vont aller à l'école, parce que l'aîné je l'ai perdu, il est mort, hein à 10 ans et demi là j'ai perdu l'aîné, alors je dis, si je veux que les autres ils aillent à l'école, avec que un salaire c'est pas possible, alors j'ai, j'ai retravaillé, mais dans un magasin, alors là j'étais vendeuse caissière, c'était pas… c'est plus le même genre.

Q- Et quand vous travailliez encore à, au… à l'entreprise, vous arriviez à bien concilier le… en faisant des journées aussi longues euh…

R- Ben oui.

Q- C'est pareil, ça ne posait pas de problèmes.

R- Ça posait pas de problèmes, on avait, on avait un rythme hein. Ça décalait pas hein, c'était tel jour la lessive, tel jour le repassage, tel jour telle chose.

Q- Il y avait parfois un partage comme ça des tâches ménagères.

R- Non parce que mon mari lui était de journée, alors lui, il partait le matin, il rentrait le soir, lui il était à la Thomson, là c'est pareil, c'était quelquefois des journées très longues.

Q- Il travaillait où chez…

Q- C'est une usine de textile…

R- Non c'est une câblerie, c'est une câblerie là.

Q- Parce que Bohain on dit toujours le textile…

R- Oui, du textile, mais lui c'était une câblerie, alors lui, c'est pareil, il partait le matin, il revenait que le soir, on revenait pas manger le midi, parce que, les moyens de locomotion n'étaient pas comme maintenant, c'est surtout des problèmes de de déplacement. Bon on sortait pas parce que on avait pas de voiture, non on avait pas de voiture, on allait pas se promener pareil, donc le dimanche on sortait, c'était dans la famille c'est tout, on allait pas loin.

Q- Et pour les congés, on partait ou on restait plutôt chez soi.

R- Nous on allait… quand on a été mariés, j'allais chez ma belle-mère, parce que ma belle-mère elle était dans l'Yonne, donc on, moi j'ai parti en vacances quand j'ai été mariée.

Q- Et aussi parce que vous aviez un point de…

R- On avait un point, un point d'attache.

Q- Un point d'attache quelque part, parce que les gens ne partaient pas facilement à l'époque où… disons la notion des distances…

R- Bon il y avait 310 kilomètres bon ben… on y allait qu'une fois l'année hein, bon il y en a toujours qui le font à l'année mais enfin.
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