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Le travail de menuisier dans la chaiserie

La menuiserie dans les années 30 et la fabrication de clayettes de pomme de terre

Q- il y a un autre événement aussi... votre père met en route l'atelier...

R- Ah oui, mon père a mis l'atelier en route en 36, et puis, bon il a eu cette mobilisation en 39 et puis il est revenu en 42, et en 43 il a repris son activité, et puis comme je vous disais, euh... vous savez il avait commandé un tour bon pour faire du manche, et ce tour a été détruit à Tergnier, je vous l'ai dit je crois la dernière fois ça.

Q- Et que faisait-il avant 36 ?

R- Pardon ?

Q- Avant, avant 36 que faisait-il, avant d'avoir euh...

R- Ben avant 36, eh beh... il était cultivateur, il travaillait chez ses... ses beaux-parents ma grand-mère, à St Maxent, et il avait été élevé... chez ses parents bien sûr, à Biencourt, il était originaire de Biencourt, alors là, bon il a fait toute sa jeunesse dans l'agriculture et, et puis il a continué chez, chez ses beaux-parents pis alors, comme ma mère avait un frère, eh ben il fallait que... et ce frère était destiné à rester dans la maison familiale, bon beh... il avait toujours envie de faire le métier du bois, et... puis il s'est... il s'est orienté vers le métier du bois, et alors là, il a acheté une machine à vapeur, scie à grumes et puis il s'est mis à scier///

Q- Il avait déjà une expérience dans le métier du bois ?

R- Aucune.

Q- Aucune, il s'est improvisé euh... en 36 comme ça dans...

R- Ah oui oui.

Q- Il a suivi des formations ou...

R- A c'moment là ça n'existait pas, ah non non non bon, il s'est entouré de gens qualifiés, et qui l'ont, qui l'ont initié, non non, ça c'est passé comme ça.

Q- Il, il a tout appris sur le tas en fait.

R- Tout appris sur le tas.

Q- Donc en 1936 il décide d'acheter euh... cette fameuse machine à vapeur, qu'on appelle euh...

R- Oui, une locomobile.

Q- Une locomobile ?

R- Oui.

Q- Et qui était destinée en fait à scier ou///

R- Mais c'était c'est, en somme c'était le moteur.

Q- C'était le moteur.

R- C'était le moteur euh cette machine à vapeur qui produisait il produisait de l'énergie et... après bon il a acheté une scie à grumes, il a monté sa scie à grumes, et puis il s'est mis à scier des arbres, puis alors enfin du matériel qui va avec quoi, oui.

Q- Une scie, une scie à grumes c'est quoi exactement ?

R- C'est, ben c'est une scie qui permet de scier des arbres, hein cette scie c'est une scie verticale, il y a un volant en haut, un volant en bas, une lame avec des dents, hein, alors la machine à vapeur bon lançait la... la scie, et puis faisait avancer un chariot sur lequel était posé l'arbre, alors il y avait une division, on faisait des, les planches, on faisait des plots de différentes épaisseurs.

Q- Au départ son objectif c'était de, en fait monter comme une scierie.

R- Oui, c'était une scierie.

Q- C'était une scierie ?

R- C'était une scierie.

Q- Donc c'était de la production de planches///

R- De la production de bois scié.

Q- De bois, de bois scié.

R- Après ils s'est mis à faire des clayettes de pommes de terre, il est... il a fait du... des des enfin... il fournissait du bois de charpente pour tous ceux qui///

Q- Et il travaillait pour des particuliers ou///

R- Particuliers, particuliers, même des professionnels, quand ils sont venus demander des lattes, des lattes à ardoises, des lattes à tuiles.

Q- Donc il avait une activité qui était liée aussi à l'architecture de l'époque puisque ça correspondait au bois de charpente et///

R- Oui de la charpente du... oui, ben il sciait du bois pour faire des hangars, il sciait du bois pour, pour tous ceux qui lui demandaient, que ce soit des professionnels ou... ou des particuliers... mais, on faisait beaucoup soi-même, aujourd'hui bon, c'est, c'est différent, des entreprises bâtissent des hangars complets, avant non, les particuliers ils faisaient scier leur bois, ils utilisaient leur bois, ils... aujourd'hui il faut des permis de construire pour tout ça, à c'moment là, bon il y avait pas besoin de tout ça, hein, c'était beaucoup plus libre, ça avait un côté avantageux et ça un côté négatif, c'est que aujourd'hui, ben il faut bâtir selon certaines normes, et puis ça coûte cher, puis c'est normal aussi parce que on bâtirait n'importe quoi, il faut pas bâtir n'importe quoi, il faut savoir quand même que, les bâtiments des des... que l'on veut construire pour différentes choses, il faut qu'elles soient, il faut qu'ils soient, il faut que ça soit rationnel quand même, à c'moment là, on bâtissait n'importe quoi, n'importe quand, n'importe où mais, bon, il y avait, y'avait pas les mêmes euh... les mêmes directives et puis les mêmes utilités, on avait pas du tout les mêmes optiques, la même façon de voir les choses.

Q- Il avait un statut de... d'artisan.

R- Ouais il était artisan oui.

Q- Comment on disait artisan euh...

R- Artisan, scieur, scieur oui, oui, c'était une scierie.

Q- Il avait euh bon, il a, quand il a repris pendant la guerre, donc il a... il avait des, du personnel des///

R- Il avait deux employés oui.

Q- Dès la première année ou c'est///

R- Ah euh... non il s'est mis en route après la guerre mais, il y en a un copain d'enfance qui, qui revenait de captivité, puis il est venu travailler avec lui, puis un autre qui lui n'avait pas été, il n'avait pas été prisonnier, qui, qui habitait bien... qui habitait Biencourt, c'est des gens de Biencourt, son village, son village natal.

Q- Et c'est des personnes qualifiées ou il leur a appris le métier ou///

R- Ah, ah là euh... l'un d'entre eux avait travaillé dans une scierie, euh l'autre non mais en 36, quand il a commencé, il s'est entouré d'un... d'un ouvrier charpentier... et puis... bon ils ont démarré ensemble, le... l'un avait les moyens puis l'autre avait les connaissances, alors euh... ils sont... ça marchait comme ça, et puis il a travaillé là jusqu'au moment où il est mort, il est mort dans les années... cet homme là... je n'sais plus dans les années 50.

Q- Ils ont été associés en fait, pendant pas mal de temps...

R- Comment ?

Q- Ils ont été associés jusqu'au décès de...

R- Ah ils n'étaient pas associés non, c'est un ouvrier qui qui... c'est lui qui a même fait la charpente de l'a... de son atelier, euh... il a donné… mais il l'a, il l'a aidé oui oui, il l'a aidé à mettre en route, cet homme là est mort dans les années 50 mais il a cessé de travailler avec lui, peut-être en 46, 47, environ.

Q- Est-ce que au niveau de la reproduction votre père attendait une demande en fait qui n'existe plus aujourd'hui, est-ce qu'il y a des choses qu'il fabriquait qu'on, ne pourrait plus...

R- Ce qu'il faisait euh par rapport à c'qu'on fait aujourd'hui ?

Q- Oui.

R- Euh savoir si les produits qu'il faisait on les retrouverait aujourd'hui ?

Q- Justement si... il répondait à une demande en fait qu'on n'peut plus avoir aujourd'hui quoi il y a certaines choses que... qui étaient très courantes à l'époque///

R- Ben c'est-à-dire qui étaient courantes à l'époque oui, et qui le sont moins aujourd'hui, par exemple il faisait les clayettes à pommes de terre, aujourd'hui///

Q- C'est quoi ça, parce que...

R- Euh... ben c'est des clayettes de pommes de terre bon, vous avez vos pommes de terre, vous les mettez dans ces petites, dans des cageots sans ça, c'est un peu ça des cageots.

Q- Et ça s'appelait des clayettes ?

R- Oui, des clayettes oui, clayettes, cageots, mais il y avait des pieds, qu'aujourd'hui, c'est du bois qui est euh... qui est déroulé et coupé en lamelles, lui c'était des barrettes, c'était des planches, c'était plus solide, aujourd'hui d'ailleurs ça vaudrait trop cher, aujourd'hui euh... c'est vous savez c'est des petites lattes qui sont montées avec des... des agrafes, lui il faisait ça avec des pointes, c'était solide, il y avait un manche pour porter, qu'aujourd'hui, d'abord ça coûterait trop cher c'est plus possible.

Q- Donc en fait, il coupait le bois pour les, pour les clayettes, et après il faisait euh....

R- Il faisait monter les clayettes oui oui oui. Il a fait tout un tas de choses comme ça, enfin qui se demandaient à c'moment là, qu'aujourd'hui bon c'est fini.

Q- Parce que ça correspondait aussi la fabrication des clayettes à, à... un statut de l'agriculture à l'époque ?

R- Oui de de la région.

Q- De la région.

R- Oui oui oui, de la région, on demandait///

Q- Donc là il livrait des... des cultivateurs ?

R- Oui mais ça ça allait... chez des, chez des cultivateurs oui. Il faisait ça que pour eux, on lui demandait de... je sais plus combien, je m'en rappelle plus, enfin, il, il était connu pour faire des clayettes, pis après ça, ça a évolué euh... vous savez, avec le bois déroulé, c'est, c'est du bois qui fait des planchettes, c'est pas des planchettes, c'est du bois déroulé qui fait un millimètre d'épaisseur, hein c'est déroulé, c'est coupé en lamelles, et puis alors c'est agrafé, alors donc aujourd'hui, avec la même quantité de bois qui lui utilisait pour faire une clayette, on en fait, je sais pas, 5 ou 6 ou peut-être plus avec le procédé de maintenant, et le temps passé et différent.

Q- Donc il a dû s'adapter également à l'évolution euh...

R- Euh non il s'est pas adapté.

Q- Il s'est pas adapté.

R- Non non non non.

Q- Non c'était pas encore l'époque où...

R- Oui, et puis bon euh... vous savez il a commencé ça dans les années 40... 43, 44 si vous voulez, alors il... il avait déjà un certain âge à c'moment là, il avait 40 ans, hein c'est... alors bon donc euh, il a vieilli, et puis le progrès venant, lui n'a pas voulu suivre, il a pas voulu, il a dit bon ben maintenant, c'en est fini pour moi, parce que il y a déjà quelques années, il est mort il y a 18 mois, mais il y a déjà des années qu'il... a vécu ses 87 ans, donc non, il n'avait pas intérêt à... à aller plus loin quoi dans son, dans son travail.

Q- Mais s'être installé en 1936 comme il l'a fait avec une machine à vapeur, c'était quelque chose de marginal ou c'est quelque chose qui était assez répandu ?

R- Quelque chose qui était ?

Q- Qui était marginal pour l'époque, c'était une situation///

R- Marginal ? non///

Q- On commençait à voir arriver des machines dès 36 euh...

R- Oh oui, non, c'était, c'était pas marginal du tout non non, non non non. Euh il y avait des scieries à, à Blangy, la scierie Quénot, la scierie De Blangermont euh...

Q- Qui étaient équipées de la même façon ?

R- C'était équipé de la même façon, Madrière aussi, elles étaient équipées de machines à vapeur, non non, ben le Quénot il y a pas bien longtemps qu'il ne l'a plus hein, après, ils ont eu la machine à vapeur qui tournait un alternateur, on produisait leur courant, mais lui il se servait de la machine à vapeur pour actionner sa scie à grumes.

Q- D'accord.

R- Ah oui euh... il y avait, au début du siècle vous savez la machine à vapeur qui actionnait les batteuses aussi, on battait dans les champs avec une machine à vapeur, ah oui, j'ai des photos de ça, ça du début du siècle.

Q- Donc la machine à vapeur, c'était encore la machine la plus répandue quoi///

R- Oui c'était le... le moteur à vapeur pis hein.

Q- C'était la plus moderne

R- Oui le moteur à vapeur oui, après bon ça s'est... ça n'est que dans les années... attendez c'est en 53... que que mon père a acheté un moteur électrique, pour euh... pour actionner la scie à grumes, il avait déjà des moteurs électriques pour autre chose, mais pour la scie à grumes, ça n'est qu'en 53, qu'il, qu'il a acheté son... parce que, c'était économique hein, tous les déchets euh... on chauffait, on chauffait la chaudière et on produisait, on produisait de l'énergie, c'était économique, on transformait de la sciure, les copeaux, le bois, en... en énergie, euh... c'était... il y avait la roue à eau, avant celui qui était, qui était basé, placé à proximité de rivière, ben il se servait de la roue à eau, pour tourner euh... le moulin de vis... ben il travaillait encore comme ça.

Q- Et il y a beaucoup de... scieries qui étaient justement placées près de l'eau...

R- Beaucoup étaient dans les vallées, oui.

Q- Et c'était lié directement à la traction euh...

R- Ben oui euh... à la... à la roue... la roue à eau... et puis après, il y en a d'autres qui ont fait... euh il y avait même des entreprises, il y avait les verreries, il y avait euh... par exemple aussi à Monchaux, la maison Merquerel, eh ben, ils travaillaient avec une roue à eau, ils produisaient une partie de leur courant avec la roue à eau. Ah c'était... c'était le moyen de l'époque hein.

Q- Au niveau investissement, quand euh... quand votre père a commencé à mettre en route euh... la boîte, il a eu des aides financières ou euh...

R- Des aides, la sienne, ça n'existait pas hein, à c'moment là, c'est... c'est venu beaucoup plus tard hein les aides financières, de... des prêts bancaires tout ça, non ça n'existait pas.

Q- Donc en fait il a, il a tout monté avec ses propres... économies euh...

R- Avec ses économies, son, sa patience et son courage. Ah oui non non là... c'était, c'était l'époque héroïque mais aussi j'veux dire... on vous imposait pas des mesures euh qu'on propose aujourd'hui, des mesures d'hygiène, des mesures de... enfin on n'exagère un p'tit peu dans certains domaines, quand on est à proximité des villes, on comprend que... il faut pas indisposer son voisin, euh... ici on est quand même pas à c'point là, hein mais enfin, il faudra venir certainement à des... à des mesures euh plus, plus précises dans l'avenir, parce que avec les accords, qui sont passés au niveau de l'Europe, on devra maintenant limiter le bruit, limiter la poussière, limiter... j'en sais rien c'qu'il y a encore à limiter, je peux pas vous dire je sais pas tout, mais, je sais qu'on... il va y avoir beaucoup beaucoup de mesures qui seront prises pour... pour rendre la vie peut-être plus agréable dans un côté, mais aussi plus gênant d'un autre parce que ça va imposer de lourds sacrifices.

Q- Le travail à l'époque était plus dur mais moins contraignant finalement.

R- Le travail de, de c'moment là était plus dur, moins contraignant, et... comment j'pourrais vous dire... oui mais je sais pas, vous savez le tempérament des gens était fait comme ça, aujourd'hui quand on parle du travail qui était fait autrefois, on a l'impression de dire que, c'était des martyrs, c'était, c'est pas vrai, tout le monde était comme ça, vous voyez, il y a, il y a une chose, on parle d'un film Germinal actuellement, alors, quand on, on passe ce film, on le regarde avec les yeux d'aujourd'hui, c'est affreux, mais c'est faux, parce que, il faudrait, pour voir Germinal, arriver à se placer dans le contexte de l'époque.

Q- A la place… bien sûr.

R- Les ouvriers qui travaillaient dans les mines, avaient une situation bien sûr, difficile, ça n'est pas pour dire que ça n'était pas facile hein, mais, dans tout le monde agricole, c'était comme ça, on se levait à 6 heures, 5 heures, 6 heures du matin, on travaillait jusqu'à 10 heures du soir, c'était, c'était comme ça, personne n'en souffrait, c'était tout le monde pareil, c'était un état de un état commun à tout le monde, dans les usines, on vivait de la même façon, la vie en général était identique, plus, chez les mineurs, je ne dis pas que c'était pas... plus dur, c'est certain que c'était plus dur, mais la différence n'était pas aussi importante qu'on veut la faire voir quand on compare 80 ans d'écart hein on voit des mineurs qui travaillent dans des conditions… affreuses c'est vrai, mais on les regarde avec les yeux d'aujourd'hui, alors on a l'air de dire que à c'moment là, euh les patrons c'était des ma… c'était des bourreaux, des tortionnaires, je n'dis pas qu'il y en avait pas, croyez-vous, il y en a encore aujoud'hui. Il y en a encore aujourd'hui, c'est vrai euh quand vous entendez parler, euh… les ouvriers du, du textile, alors là il faudrait regarder avec les yeux d'aujourd'hui, il faut comparer ce qui est comparable, mais pas comparer euh… une époque par rapport à l'autre vous savez pour… au moins euh… je sais pas si vous me comprenez hein c'que j'veux vous dire hein euh… j'essaie de, de comprendre que… qu'il faut, enfin, il faut analyser, analyser une situation mais euh… sur la même époque. Quand on regarde je vous dis cette chose là avec des yeux d'aujourd'ui, ben c'est c'est c'est faux, c'est faux mais… euh... on veut, y'a il y a une orientation hein dans ces propos là, alors... il... il y a des gens qui y pensent à ça, qui regardent quand même avec les yeux de la vérité, mais il faut pas lui donner le sens... qui n'existe pas.
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