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La vie quotidienne et le métier d'un menuisier à Etreillers

Les débuts du métier : artisan menuisier

Q- Et sinon pour euh… au niveau de l'apprentissage du métier de menuisier ça se passait comment ?

R- Eh ben… moi j'ai jamais appris mon métier en somme, hein justement un beau jour, je… faisais, j'étais artisan, inscrit au registre du commerce, après au registre des métiers, j'portais le numéro 85 pour le département de l'Aisne, j'étais installé avant, mais un beau jour ils ont changé, le plaisir d'changer, ça servait à rien, alors le registre des métiers a été supprimé, ça s'est appelé le répertoire des métiers, alors, j'ai fait mon dossier, ( ???) mais voulez-vous nous dire, où vous avez fait votre apprentissage, où vous avez été salarié, j'ai répondu, jamais d'apprentissage, jamais salarié, alors j'ai sorti de l'école et… l'école primaire d'ici, au lieu d'aller à l'école j'ai traversé la, la cour pour aller à l'atelier, pis j'ai appris sur l'tas, ça ne s'appelle pas un apprentissage. On a pris des cours par correspondance quand même, mais par tout même, mais c'était pas l'apprentissage, et puis j'vous assure que je connaissais mon métier, la preuve c'est que installé en 1930, j'ai pris ma retraite en 73 et à ce moment là, j'avais 8 ouvriers, j'étais capable de faire n'importe quoi, que ce soit un meuble ou… ou une menuiserie quelconque, escalier ou autre hein, enfin j'étais fils de patron, j'ai fait voir comment que ça se passait, maintenant vous avez des… des jeunes j'en ai embauché, ils avaient leur CAP, mais ils savent pas grand chose hein, et je, en même temps que j'embauchais quelquefois un, un gars avec son CAP, j'embauchais un type qui sortait de l'école, ben au bout de quelques années ils étaient au même niveau l'un que l'autre hein, euh, l'apprentissage sur l'tas il est bien supérieur à l'apprentissage euh… dans les écoles spéciales.

Q- Souvent on dit que, il y a pas beaucoup de menuisiers en fin de compte qui savent faire un escalier, vous pensez que c'est vrai ?

R- Voilà oui, eh oui, ben oui mais c'est ça, c'est ça.

R2- Ben on avait… un ancien ouvrier qui s'était mis un peu à son compte, il était retraité des… la SNCF après, et… il v'nait lui commander des escaliers, il faisait///

R- Quand il y a eu la crise que j'vous cite là, en 33 j'attendais après lui quand il est rentré du régiment, il était d'mon âge, il a travaillé deux, trois ans pour moi, avant il avait travaillé pour mon père, pis après j'ai été obligé de le renvoyer, c'était un brave gars pis on était copain, alors après il a été… employé aux chemins de fer hein, et quand il a pris sa retraite, là-bas ils ont la retraite de très bonne heure, il dit… il a… fait l'artisan, mais quand il avait un escalier à faire il venait me voir.

R2- Oui des escaliers c'était spécial sans doute oui.

Q- Et vous avez euh… toujours voulu faire ce métier ou vous auriez bien aimé faire autre chose ?

R- Ben écoutez, j'étais le sixième de la famille, alors j'avais bien compris qu'il fallait… dégager, hein, je pensais faire ma… faire ma carrière dans l'armée coloniale, pis après rester peut-être par là, pis les événements ont tourné autrement. J'ai… qu'à la maison, quand on a commencé à construire la maison, c'était pour huit personnes hein, et pis quand elle a été finie, j'étais resté le seul, le fils avec mes parents, il y en a trois qui se sont mariés en peu de temps, pis, deux, deux qui sont morts, l'un à 23 ans de… de l'appendicite décelée trop tard, pis l'autre à 21 ans, en faisant son service militaire, il a attrapé la méningite cérébro-spinale hein, alors, donc, au, au lieu de… m'engager ou autre, j'ai devancé l'appel pour rentrer plus tôt parce que mon père après ça, il était complètement abattu et, même avant que je n'parte au régiment il faisait plus grand chose, c'était moi qui m'occupait de beaucoup de choses, ça m'a mûri beaucoup.

R2- Oui il a perdu deux fils en deux ans, un de 21 puis un de 23 ans j'crois hein.

R- Oui, oui.

R2- Malheureux là ça ne marchait plus.

R- Alors je suis devenu menuisier mais enfin ça n'me déplaisait pas, parce que je travaillais déjà, une fois sorti de l'école, jusqu'à l'âge, du service militaire, et voilà. Alors quand… après 40 hein, j'ai été fait prisonnier, en juin 40, le 16 juin 40, blessé, fait prisonnier, mais j'ai réussi à m'faire… ah par mes parents, par une de mes sœurs qui était dans la Nièvre, j'ai été affecté dans une ferme là-bas, travaillé en travaux agricoles, ils détachaient facilement des prisonniers pour ça, et puis un beau jour j'ai appris qu'on pouvait… et qui… les allemands libéraient les personnels sanitaires parce que d'après la convention de Genève, bon ben ils n'avaient pas l'droit d'les garder prisonniers, alors, j'ai été à la Kommandantur à Clamecy, j'ai expliqué au type, ça d'vait être un français comme il m'a répondu, que j'avais été affecté, c'était pas vrai mais n'importe, au groupe sanitaire divisionnaire, le 14 juin, fait prisonnier le 16, c'était pas inscrit sur mon livret

R2- ( ???)

R- Qu'est-ce que vous voulez que j'y fasse ? Qu'est-ce qu'il faudrait comme inscription, alors là affecté au GSD 3 à telle date et puis bénéficié de la convention de Genève, alors après, mon beau-frère était clerc de notaire, ils inscrivent ça en rouge sur mon livret et pis j'ai été libéré fin octobre, ça s'est bien passé, il fallait être culotté un peu, il y avait pas besoin de faire d'acte d'héroïsme à c'moment là, alors comme ça que en rentrant on bricolait, mais tout de suite j'ai été travailler à volonté, il fallait remettre en état, toutes les maisons d'Etreillers et des villages voisins, ça avait été saccagé, peut-être, peut-être pas par les allemands, mais par les réfugiés qui passaient, remplacer des carreaux, des serrures tout l'bazar, il y avait du boulot à volonté et.. après j'ai participé à St Quentin, il y a… ici il y a pas eu de dégâts de bombardements, très peu, mais à St Quentin il y avait pas mal de démolitions alors il fallait soumissionner, j'ai eu du boulot, j'ai, j'ai pu embaucher un ouvrier ou deux, mais quand ça a été fini, ben je m'suis mis à faire du meuble, j'ai fait du meuble de cuisine, que ça, au début c'était du meuble en bois vert verni ou laqué, c'est comme ça que j'suis arrivé à embaucher du personnel.

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