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Les déportés dans le camp de Matthausen : état d'esprit, survie et extermination

La libération du camp, le nouveau sort des déportés

Q- Qu'est-ce que vous avez ressenti à c'moment là, vous compreniez c'qui s'passait ou c'était euh…

R- Ah je savais que c'était la fin du monde, j'avais l'impression que c'était la fin du monde…

Q- Puisque vous n'saviez pas c'qu'il y avait à l'extérieur non plus alors///

R- Ah je savais pas///

Q- A l'extérieur du camp du euh///

R- On ne savait pas c'qui s'passait, mais là il s'posait… là ça a été, on avait l'impression d'être dans une marmite où quelque chose était en train de bouillir, c'est tout, vous avez l'impression tout l'monde de là… qu'est-ce qui s'passe on n'sait pas mais… c'est quelque chose qui n'se passe pas tous les jours, il y a pas d'oppression, il y a pas de, de transport colonne, il y a pas de, de problème de transport ou de, de… de capo qui va vous battre, etc., il y en a plus, on s'est senti à l'extérieur, et puis puis c'est formidable, on est à l'extérieur, mais là on veut mourir, même si on doit mourir, on veut mourir à l'extérieur, vous savez ça me… c'est ça qui est formidable, là forcément vous avez, vous avez l'impression que le ciel vous tombe dessus, vous avez, vous avez l'impression qu'une douche vous, vous habille complètement de peur, de crainte, de… de… de questions que vous pourrez vous poser des choses comme ça, tout ça, dans un brouhaha, et dans… l'impossibilité de marcher, d'aller vite ou des choses comme ça, dans une faiblesse du corps, pas d'énergie, il y a tout ça mélangé, ça fait ça, ça fait ça, mais nous étions à l'extérieur, on pouvait arracher de l'herbe, on pouvait faire des choses comme ça, et donc on était pas seuls, on était avec la nature, c'était important, avec au camp on était pas avec la nature, on était avec la mort même, on était avec… euh, on était dans quelque chose où, où à chaque moment on dit c'est maintenant, c'est pour plus tard c'est pour demain, c'est pour après-demain on n'sait pas, tandis que là on sentait qu'il y avait… déjà un air plus pur, on avait on était en contact avec la nature… et c'est ça la nature, c'est ça l'environnement, des fois on dit, l'environnement et la nature… l'espace vert, c'était important, important, très important, alors, et nous sommes partis avec ce jeune… nous sommes partis, nous avons quitté tout ce monde petit à p'tit et la nuit était tombée, et on marchait, la nuit toujours sur ce chemin, un chemin… c'est un chemin de traverse, c'est un chemin tout à fait simple, tout à fait de campagne et… nous sommes partis loin, comme ça, bon sans savoir où on allait je vous dis tout d'suite, on ne savait pas, moi j'avais des chaussures… euh… ces chaussures en dessous c'est en bois c'est du bois, hein c'est du… c'est de la peau qui est clouée sur le bois, des chaussures en bois qu'on avait, et puis comme par malheur j'avais le bout, la planche ça c'est un détail, le bois qui était cassé et puis hein je les avais enlevées, j'avais mis de la paille dedans parce que ça me pinçait la, la plante du pied chaque fois que je marchais, que je revenais à plat, plop ça me pinçait, alors à chaque fois c'était désagréable, et j'avais mis de la paille, j'avais trouvé, il y avait de la paille, avoir de la paille… c'était extraordinaire de trouver d'la paille, enfin de l'herbe sèche disons, pas de la paille de blé mais de l'herbe sèche, alors bon et… lorsque à un moment donné, eh bien… une lampe électrique et l'bout d'une… d'une mitraillette… se sont adressés… euh… se sont… comment dirais-je a relui sur nous et… c'étaient deux soldats américains… deux soldats américains et l'accent j'ai compris, je baragouinais un peu l'anglais, et… ben ils nous ont vus dans quel état on était, forcément il n'était pas question qu'on se présente, qu'on se présentasse (rit) alors finalement et… nous… il nous a conduits un peu plus loin, c'était un p'tit village, c'était le, le… l'arrivée d'un p'tit village, Welz… je pense que j'vous ai parlé, alors euh… là il nous a conduits… dans une maison, une maison d'une petite ferme certainement, et… qu'il a ouverte, et demandé de nous héberger… bon les gens étaient complaisants il y avait… le, le couple et des enfants… mais nous on était plein de poux, je sais pas si j'vous en ai parlé, on était couverts de poux mais à un point où on n'peut pas s'imaginer… alors… moi j'ai… je suis rentré, il y avait un couloir, et puis la maison c'était plus loin… et j'ai demandé à rester là… parce que… plein de poux partout, des, des chapelets de poux, c'est incroyable de voir j'ai jamais vu les poux d'aussi près de ma vie, avez-vous vu un pou dans votre vie, comment il est fait, ah c'est terrible de voir un pou, je vous demande de consulter un dictionnaire, de voir un p'tit peu, un Larousse pour voir un peu comment que c'est un pou, et les conséquences du pou, sa prolifération, c'est incroyable, c'est pour ça que les enfants à l'école quand ils ont un pou c'est toute la classe qu'il faut désinfecter parce que… c'est, c'est terrible, c'est une épidémie épouvantable et ça donne le, le typhus, parce que elle s'infiltre dans la peau, et ça donne la maladie du typhus, alors euh… on était plein de poux j'ai jamais osé rentrer dans cette maison, mais tandis que là l'hongrois lui il est en… il était mieux, il était plus valide que moi… et, et il est rentré lui, mais enfin il s'est fait servir à manger etc., moi on m'a apporté un bout d'pain et… les américains ils m'ont donné quelque chose et je suis resté là près de l'entrée… et j'ai passé la nuit là, j'étais crevé d'avoir marché tant… et le lendemain matin, je… j'étais tout d'suite dans la rue, et je m'suis assis sur un trottoir, là je n'pouvais plus marcher, j'avais les jambes coupées, les genoux coupés, avoir marché et que je n'avais pas l'habitude de marcher tant, et… là c'était la libération de ce village là, alors là c'était un autre spectacle qui s'offrait à moi, un spectacle… formidable, formidable et moi incapable de bouger… j'avais plus que d'yeux pour pour voir tout ça… c'était la libération il y avait les croix rouges internationales qui distribuaient des vivres, des sacs de pâtes, des sacs de riz, des choses comme ça et tous les habitants du village… venaient prendre tout ça, emmener chez eux et puis les russes qui eux… les prisonniers russes qui quittaient les camps, eux qui étaient encore en pleine, pleine santé, et ils transportaient sur eux des postes de… de TSF, des postes de radio des…

Q- Des prisonniers russes, c'est-à-dire des déportés ou des prisonniers de guerre?

R- Des prisonniers d'guerre, et des déportés aussi, russes qui eux ils étaient, déportés depuis pas longtemps, depuis pas trop longtemps, et ils étaient… c'étaient les plus féroces dans les camps même, très très très… alors ceux là ils se baladaient avec des, des… kilos et des kilos de marchandises sur leurs dos, pour ramener chez eux… vous avez qu'à voir, mais des… ils allaient… même piller j'en suis certain, des postes de TSF des choses comme ça de, de radio qu'ils avaient sur eux… et puis… euh… j'en suis sûr qu'ils consommaient de l'alcool et tout ça parce que ils étaient dans des états épouvantables, nous les pauvres déportés je regardais ça, et c'étaient des vrais sauvages, des vrais sauvages parce qu'ils étaient… en bonne santé tout d'abord, je l'dis bien, et puis eux… eux savaient s'venger hein, croyez-moi, parce que…

Q- Donc vous vous êtes retrouvés dans ce village///

R- Je me suis retrouvé dans cette ambiance là///

Q- Village autrichien ?

R- Oui enfin, Welz, W E L Z///

Q- Et vous avez assisté à…

R- J'ai assisté à la libération de ce… de cette chose là, ces allées et venues, distribution de nourriture, distribution de boîtes de conserve, etc… etc…

Q- En même temps dans ce village il y avait beaucoup de déportés, il y avait d'autres déportés…

R- D'autres déportés…

Q- Oui d'accord vous n'étiez pas tout seul euh…

R- Non moi, moi personnellement j'étais tout seul dans ce trottoir après avoir quitté cette maison, mais il y avait d'autres déportés qui se baladaient dans la ville, qui arrivaient d'ailleurs, exactement, peut-être aussi du camp de… Ebensee, peut-être aussi, hein…

Q- Et il y a pas eu de prise en charge des déportés au camp ?

R- Non non non… ils se sont, ils se sont libérés eux-mêmes, c'est-à-dire, ils se sont trouvés libérés eux-mêmes, et ils sont partis… partout, est-ce qu'il y a eu après des camions qui les ont ramassés, moi je n'étais plus là, moi j'étais parti hein… j'avais été vers, vers Welz, alors je me suis trouvé à Welz, donc qu'est-ce qu'est devenu ce camp là, ça je n'sais pas j'peux pas dire, ils ont été libérés comme moi ils… euh ils ont été ramassés, il y a eu suffisamment de… je n'sais, je sais pas c'qu'il y a eu, mais je ne pense pas qu'ils ont été ramassés déjà parce que les… les camions des américains n'est-ce pas se baladaient partout, distribuaient partout, distribuaient des choses, des vivres etc., c'était la première chose qu'ils ont fait, je pense pas qu'immédiatement ils ont dû pourvoir à ces choses là, il y avait pas encore beaucoup d'organisation de la Croix rouge internationale, mais ça a dû venir après à mon avis, à mon avis… mais… il y a moi, qui suit dans ce trottoir et qui regarde tout ça et que je n'peux rien, mais… euh mais on m'a quand même donné des conserves, des boîtes de conserve, des tas de, de conserves comme ça euh… que j'avais quelques unes à côté d'moi mais sans pouvoir en faire quoi que ce soit parce que j'avais pas faim, c'est c'qui m'a sauvé d'ailleurs, c'est vrai je n'avais pas faim euh… j'étais… j'étais fiévreux, j'étais pas bien euh… je transpirais… j'étais très très, très pâle, très maigre et… j'ai vu passer

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