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La libération des camps : prise en charge et rapatriement des déportés à Paris

Le rapatriement des déportés à Paris, les conditions d'accueil à l'hôtel et les démarches administratives

R- les, les gens qui étaient dans le dernier camion, il m'dit alors qu'est-ce que tu fais tu restes là, viens, allez viens, ils m'ont appelé comme ça, ben donc j'ai donné la main, je suis monté dans le camion, puis je suis parti avec eux… mais pas dans le camion de […], dans le dernier camion… nous arrivons dans un champ d'aviation… où il y avait un monde fou, alors là, c'était la tour de Babel, on entendait parler toutes les langues du monde qui on veut, si on veut dire, alors tout l'monde attendait le rapatriement, dans les différents pays, et il y avait donc… le rapatriement avec des avions de transport américains vers la France, mais il fallait remplir une fiche de transport… et sur cette fiche, il fallait mettre c'est-à-dire ses origines, faut, faut donner son identité… et comme c'étaient des prisonniers d'guerre il fallait stipuler le régiment, le bataillon et tout ça… et moi, je n'avais, de tout ça je n'avais qu'un costume, je n'avais que le complet de… de soldat hein, la tenue de soldat avec le calot puisqu'on me l'avait changé à c'moment là, puisque les habits, les habits je, on les a jetés, et le déporté que j'étais, j'étais devenu un soldat d'occasion, alors là, je n'sais plus comment faire pour rentrer moi aussi en France ou ailleurs, je n'sais pas comment il fallait faire, mais comme c'était la langue que j'connaissais l'mieux, et je m'suis rapproché des français… des centaines et des centaines de, de… Jacques […] je le voyais plus, c'est fini il était… perdu dans la masse, je le rencontrais plus, et puis moi j'étais encore pas capable de, de dire j'vais aller chercher après quelqu'un, j'étais…

Q- Vous aviez toujours le typhus de toute façon ?

R- J'étais atteint du typhus toujours, je portais le typhus sur moi, mais je n'voulais pas qu'il se déclare… qu'il se déclarasse…

Q- C'est-à-dire que vous n'étiez pas vous n'aviez pas encore la maladie ou…

R- Mais c'était en… en incubation j'avais terriblement de fièvre… etc., mais la maladie elle était déjà là, croyez-moi.

Q- Mais ils vous avaient donné quand même quelques médicaments mais de toute façon vous étiez quand même///

R- Quelques médicaments là-bas mais moi je, j'ai, je n'avais plus de médicaments quand je suis arrivé au champ d'aviation, euh j'étais en train de guetter comment j'vais faire pour m'en sortir, les avions euh… partaient, après avoir appelé les gens qui s'étaient faits inscrire par le micro par la radio, on entendait… euh… le numéro untel, monsieur untel, monsieur untel, monsieur untel, il fallait tous se préparer et s'embarquer dans l'avion qui les ramenait vers la France, vers le Bourget exactement, les avions ont… ont débarqué à au Bourget, alors l'idée m'est venue, j'dis il y a pas, il faut absolument que j'fasse quelque chose et j'avais un… un prisonnier d'guerre à côté d'moi qui remplissait sa fiche, moi je remplis, je mets mon nom, mon adresse, mon, mon ma provenance, et je mets 13 rue de Bagnolet, à Vincennes, 13 rue de Bagnolet à Vincennes et… je regarde le numéro du régiment, je m'en rappelle plus exactement, je mets, tel bataillon tel ( ???)

R2-- Je vais vous redemander l'enveloppe…

R- Alors, je j'ai copié donc le restant de c'qu'il y avait là, et j'ai donné ma fiche, bon et puis peu d'temps après j'ai été appelé… de prendre place de l'avion de transport untel, en en bout du quai, et voilà que je suis parti, mais, mais avec beaucoup de regrets parce que… les, les prisonniers d'guerre n'avaient l'droit à 5 kilos de poids à prendre, 5 kilos de bagages, pas plus, alors c'était vite fait, et il y avait… une montagne de conserves, de boîtes de conserve… des, des plus belles, des conserves de viande, des conserves de tas d'choses, des, des, boîtes que l'on, on tirait un bout le, le chose, on mettait une allumette ça chauffait… on l'ouvrait et ça chauffait en dessous avec de l'alcool solidifié qu'il y avait en dessous, ça chauffait, donc il y avait comme un p'tit réchaud en dessous, des boîtes comme ça, des milliers de boîtes comme ça, ah j'dis oui mais si j'pouvais en emporter quelques-unes, pourquoi j'vous dis ça, parce que j'en ai fait une maladie, et j'en ai fait une maladie des boîtes de conserve, parce que j'avais le typhus, et, et j'enregistrais toutes ces choses là à un point, tout c'qui était nourriture ça s'était imprégné chez moi extraordinaire… alors j'avais ramassé quelques boîtes de conserve, euh que ça devait faire à peu près 5 kilos, comme je n'avais pas d'bagage, j'avais l'bagage, j'ai pris un sac que j'avais trouvé là, je l'ai rempli, des conserves que j'voulais amener… là où j'allais, je pensais que j'aurais eu à manger… vous savez j'en étais là, l'esprit il était tout petit, il était devenu tout petit du point de vue nourriture etc., j'ai pas dit moi je trouverai là-bas ou quelque chose, je n'savais pas où j'allais, je n'connaissais pas la France et et… je me disais… la nourriture j'en trouverai pas, comme j'ai eu tellement faim et ça c'est, c'est très important, alors je ramasse mes boîtes de conserve, et je cours vers le, l'avion, où on m'avait appelé, et j'embarque… bon on a pesé mes bagages, ça faisait le poids qu'il fallait et je suis rentré, et j'avais plein de conserves, alors que les autres n'en avaient presque pas… parce que ils avaient eux des bagages… n'est-ce pas, moi j'avais plein de conserves… alors tout l'monde était assis et puis moi j'étais couché… j'en pouvais plus, c'était… ça, la fin arrivait, j'en pouvais plus, et j'ai voyagé couché par terre, les gens étaient très complaisants, les prisonniers de guerre avaient un esprit de camaraderie que je n'oublierai jamais, ah oui, oui… j'étais donc… le, le protégé un p'tit peu de tout l'monde, partout où j'allais j'étais le protégé, j'étais le vilain petit canard si vous voulez, euh… et ça, ça m'émuait, j'étais ému terriblement parce que… ça m'faisait tellement plaisir d'avoir autour de moi un entourage avec beaucoup de… de déférence, beaucoup d'amitié etc… alors nous sommes arrivés, la première fois que je prenais l'avion, de ma vie, de ma vie… parce que bon on ne prenait pas l'avion, moi j'avais pas les moyens de prendre l'avion et puis j'en avais pas besoin, chez moi… tout est vacances chez moi… alors on est très bien chez soi on aime pas… on avait pas l'esprit d'aller voyager… et c'est pour ça que j'dis à chaque fois c'est… par ce moyen malheureux mais que je dis aussi heureux quelque part, euh que j'ai eu l'occasion de, de voir tout ça que j'ai l'occasion aujourd'hui d'vous en parler, que j'ai l'honneur aujourd'hui de, de guider cette association qui me tient à cœur, etc., il y a des tas d'choses que je dis heureusement… j'ai connu une picarde, bon on en parlera si vous voulez après, parce qu'il y a toute, toute la vie toute la suite qui vient après, toute la suite, ça c'est le côté déporté mais il faut voir la suite qui est, beaucoup plus importante… du point d'vue importance réelle… et puis du point d'vue aventure, du point d'vue roman, c'est, c'est formidable, c'est formidable… et c'est pour ça que j'dis, malheureusement bien sûr mais heureusement aussi, parce que après il y a… une, une telle compensation, une telle… bonté qui peut vous… vous étreindre, vous a vous habiller, moi je suis heureux, moi j'ai un cœur qui est habillé de, de toute bonté que j'ai trouvé autour de moi, en luttant, en travaillant bien sûr, mais j'ai trouvé quelque chose d'extraordinaire, j'ai… on apprend à aimer l'autre, on apprend à aimer tout c'qu'on a autour… quand on a, quand on a vécu toutes ces choses là, et… je ne souhaiterai jamais à personne qui qui… de telles choses, mais des fois je m'dis… on devrait s'en imprégner, on devrait avoir un tout p'tit peu de quelque chose, qui leur permette d'apprécier c'qu'ils ont tous les jours, la vie de tous les jours, comment l'apprécier, comment voulez-vous voir, le blanc si vous n'avez pas de noir à côté, et comment voulez-vous apprécier une couleur si vous n'en avez pas une autre… c'est toujours par pleine comparaison c'est, il faut un point de repère dans la vie… et tout est comme ça, alors euh… ce point de repère pour moi, eh bien a commencé à c'moment là, lorsque je suis arrivé au Bourget, du Bourget… il y avait des trains qui nous ont emmené à Paris… et c'était la première fois que je prenais le train vers la liberté, parce que celui que j'ai pris, c'étaient des trains… je vous l'ai dit, c'étaient les trains de la mort… donc on n'savait pas c'que c'était, tandis que là, c'était déjà un train avec des banquettes et… et des gens qui mangeaient autour de vous… ces soldats qui avaient tellement faim des, des brouts qu'ils avaient amenés… gros pains allemands et puis des fermes où ils étaient, parce que eux ils avaient l'droit de côtoyer les fermes qui étaient autour de leur stalag… et donc avaient des relations avec les, les autrichiens, avec les allemands des choses comme ça, tandis que nous c'était pas pareil, nous c'étaient des camps, tout à fait d'extermination, alors, et… une fois que on a pris ce train et… alors là je crois que je commençais déjà réellement à être malade, réellement parce que tout me dégoûtait… j'voyais tous ces gens là qui coupaient l'pain, qui cassaient les œufs, euh… qui épluchaient les œufs qui… qui ouvraient les boîtes de conserve et tout… et moi, avec mon sac de conserves… que j'tenais précieusement, j'y tenais, ça devenait déjà une… une maladie chez moi, il faut pas que j'perde les… le sac de conserves, j'commençais à n'plus avoir confiance, je sais pas moi je manquais de confiance, autour, bien que les gens autour de moi ils étaient… tellement libéraux, tellement gentils etc., je n'pouvais pas comprendre qu'une telle gentillesse pouvait exister, c'est ça, j'appréciais pas… bientôt, vous voyez je le sentais, mais je je ne pouvais pas penser que ça existait que les gens pouvaient être aussi libre, aussi gentils… aussi… généreux je dirais, eh bien à partir de là, nous avons été… nous sommes arrivés par des camions depuis, depuis l'aéroport, de Paris… et nous sommes, nous avons été dirigés vers… l'hôtel Lutécia, rue du Bac à Paris, l'hôtel Lutécia avait été transformé à cette époque là en maison d'accueil pour les déportés… c'était un immense hôtel, avec euh des, des douches chaudes qu'ils avaient improvisées et des, des salles de désinfection, mais alors là ce n'était plus le, le grésil que l'on nous mettait sur la tête et sous les bras…

Q- C'était, pardon excusez-moi pour les déportés et prisonniers d'guerre ?

R- Prisonniers d'guerre, c'était pour les prisonniers d'guerre…

Q- Vous êtes dirigé à l'hôtel Lutécia…

R- Hôtel Lutécia là et… la désinfection a été beaucoup plus douce et c'était de la poudre, de la poudre qu'on nous mettait sous les bras, aux endroits vulnérables, contre le pou, ça doit être du DDT à mon avis euh bon, la douche était chaude et… bon j'ai repris mes habits, bien sûr, toujours mes habits de soldat français, avec mon calot… et… on m'avait donné… une carte d'alimentation, des points d'alimentation, et je je me souviens bien… bien sûr euh un détail c'est que parmi… dans la douche parmi les prisonniers d'guerre, je tranchais, encore une fois là, beaucoup terriblement, j'étais tout seul… vous voyez c'était quand même unique malgré tout///

Q- Mais autour de vous on était pas dupe sur votre enfin… de… on savait que vous n'étiez pas prisonnier de guerre ?

R- Mais, mais tout l'monde s'en doutait mais mais vous savez on y faisait pas attention si vous voulez, très peu, tout l'monde le savait mais, mais, on s'disait lui c'est pas possible que ça soit un prisonnier de guerre, tatoué sur le bras… ça s'voyait puisqu'on était tous nus, hein tatoués sur le bras, maigres comme un… un fil de fer et euh bon ben euh… il y a un problème, tout l'monde le voyait, mais personne osait chercher c'qui s'passait, on avait pas l'temps… c'est c'est…

Q- ( ???) c'était précipité aussi…

R- Tout est précipité, chacun se débrouille, chacun etc., vite vite… c'est très, tellement, tellement de monde à régler, à vérifier, à donner des cartes à toutes ces choses là, il y avait des centaines et des centaines de personnes qui rentraient dans cet, dans cet hôtel et qu'il fallait évacuer rapidement parce qu'il y en avait d'autres qui venaient etc., donc c'est un détail, mais mais on n'pouvait pas s'y attarder au… bien sûr, comment on n'a pas fait attention, bien sûr le médecin qui m'a fait passer une scopie… qui a ausculté mon cœur, etc… et… certains mots qui me tiennent encore, qui me sonnent à l'oreille, euh… parce que moi j'étais… vous savez, l'agressif un p'tit peu parce que j'avais peur d'aller en prison, Jacques Joly m'avait dit tu vas finir en prison, j'avais peur d'aller en prison, et, et j'étais un p'tit peu… je ne me livrais pas beaucoup j'étais réticent à chaque fois hein, alors quand on me disait mon p'tit d'où tu viens etc… ben je suis français, je viens, vous avez bien vu ma fiche, je suis français etc., je j'étais déjà psychasthénique un p'tit peu, vous savez quand on est maigre comme ça, on, on n'parle pas gentiment, on n'peut pas parler gentiment, on est, on veut avoir raison tout d'suite, alors j'vous dis vous avez bien vu j'habite 13 rue de Bagnolet etc., bien, bien, bien, d'accord, d'accord, ils étaient tout d'suite d'accord, on osait pas///

Q- Et, il l'a vu le médecin que vous aviez le typhus ?

R- Il a vu que j'étais atteint du typhus, ah oui oui oui, il l'a vu puisque vous allez voir, il l'avait vu, mais il avait vu, il avait pu exactement, non il avait pas pu analyser que c'était le typhus, mais il avait vu que j'étais dans un état de faiblesse euh… notoire, et toujours dans un état… euh… psychasthénique c'est-à-dire j'étais dans un état trop énervé… et, et je n'voyais pas l'moment de voir… la suite… de c'que j'allais devenir, ça c'était important ça, ça m'a toujours tenu, alors et quand ils m'ont posé la question ben tu habites où… tu es français mais tu habites où, j'habite 13 rue de Bagnolet, ah bon ben c'est très bien, c'est étonnant etc., un peu comme ça, bon ça s'est arrêté là, j'ai senti que qu'ils étaient pas tout à fait sûrs… et que… mais leur bonté passait avant tout hein, leur indulgence passait avant tout, et c'est ça qui m'a frappé à chaque fois, mais cer, certainement que il y avait là un truc… ils ont vu que j'étais un clandestin qui passait, bon, vous savez ils ont fermé un œil à mon avis, ils ont dit, bon ben ce… puisque il sait où il habite etc., alors tu sais où tu habites tu prends le métro euh tout ça, euh oui oui oui oui oui, je n'attendais même pas qu'on me l'dise, imbécile que j'étais, j'aurais pu dire bon ben qu'est-ce qu'il faut que j'fasse etc., mais j'avais peur de me… de me dévoiler… qu'on comprenne qui je suis… vous voyez j'ai eu, ça m'a tenu longtemps cette affaire là alors j'ai dit oui oui oui, bon ben j'ai… bon alors on m'a donné ma carte, j'ai pris mon sac, parce que mon sac j'y tenais… avec les conserves, eh bien… je les ai quittés, je descends les… les trois marches de l'hôtel Lutécia, et je me retrouve sur le trottoir avec plein d'monde qui vont et qui viennent… et c'était le soir, la nuit tombait, alors… j'ai dit qu'est-ce que je fais, alors là… inquiet, tu vois, première personne qui passe quand je lui dis monsieur je dois aller à… à Vincennes, par où il faut aller, comment il faut faire… etc… eh bien les gens, tu prends le métro là, tu prends le métro, tu changes à ceci… tu fais ceci… ah bon… et j'ai rien compris, métro je n'avais jamais vu d'ma vie un métro, comment il fallait faire, mais rien… rien, je tombais vous savez du ciel comme ça, c'est, c'est, c'est dur, eh bien petit à p'tit à force de demander, à force de, alors le métro c'est là-bas, bon j'y suis allé, j'ai vu que il y avait des trains qui s'en allaient à droite et à gauche, eh ben j'dis j'ai pris le premier, bon combien d'fois j'ai fait demi-tour parce que la station était passée, ou bien… c'était pas la ligne, etc., etc., j'ai mis un moment pour comprendre, et à force, on finit par le comprendre, à force, vous savez///

Q- Mais dans votre état c'était quand même///

R- Ah oui oui oui, ah oui mais dans mon état j'avais l'esprit toujours, c'est c'qui ne m'a pas quitté, c'est c'qui m'a sauvé… mais j'étais… je transpirais, j'étais bien sûr pâle comme un mort, mais j'devais transpirer, j'avais… je transpirais de faiblesse, vous savez comme quelqu'un qui est très faible je transpirais, habillé en militaire, et la preuve, dans le métro, dans le métro qu'on rencontre des officiers et des supérieurs, et qu'on vous demande de saluer, et que moi je ne sais même pas comment il faut saluer, et que je n'suis même pas capable de dire qui je suis, toujours pareil… alors eh bien voyant mon état, les gens tournent les yeux et n'insistent pas, n'insistent pas, voyant mon état… mon état, ils voient qu'il y avait, quelque chose qui n'était pas normal, mais, mais c'est pas l'moment de, de faire le procès de quelqu'un ou dire qui vous êtes, ou vous êtes pas non, c'est vous savez c'est la libération c'est la libération, c'est pas maintenant, maintenant ça sauterait aux yeux hein, on appellerait la police, il y a un gars suspect là-bas posez lui la question qu'est-ce que c'est etc., là et pas du tout là… c'était…

Q- C'était quand exactement, puisqu'on parle de déportation ?

R- Alors là… c'était, ça va me revenir… ça c'est… c'est rien…

Q- Oui c'était quel moment de l'année, c'était au mois de…

R- Alors euh bon janvier, c'était l'offensive, donc février, oh ça devait être… avril, le mois d'avril///

Q- C'était juste…

R- Ah oui oui oui, avril, mai euh… 45 vous voyez… en 45 ah ben oui… ah il faut, ça il faut que je cherche des dates, ça je m'suis jamais attardé à toutes ces choses là hein, donc en janvier 45… l'offensive etc., ah oui c'est 45, 46, début 46 certainement, fin 46, fi 45.

Q- Fin 45.

R- Fin 45 certainement, certainement parce que… le séjour à Gouzen… depuis l'offensive russe en janvier 45… début de l'offensive russe… Gouzen, Matthausen, Ebensee… et puis mon séjour au stalag… tu vois, tout ça bon oui mais… une partie de l'année qui est passée hein…

Q- Oui oui, donc vous pensez que vous étiez à Paris fin, vers fin 1945…

R- 45, ah oui, j'étais à Paris fin 45… alors voilà.

Q- Vous étiez dans le métro là…

R- Je prends le métro après mille péripéties qui m'ont fatigué terriblement, terriblement, toujours, toujours poursuivi par cette peur d'aller en prison… toujours poursuivi par cette peur là et que j'ai mis ben d'ça, à chaque fois que je sentais que je vais être coincé dans, je sais pas que les gens à moi-même ils m'posaient des questions ou des choses comme ça, je m'détournais… je toujours, jusqu'au moment où j'ai trouvé la station… la station Bérault, pour trouver la rue de Bagnolet, c'est la station Bérault, vous savez ça, ça m'est resté dans la tête hein, Bérault, porte de Vincennes hein… et… ça va jusqu'à la porte de Versailles… le métro qui va à la porte de Versailles, alors donc métro Bérault, j'arrive… et puis je, je vais chez un commerçant, un coiffeur exactement, et je lui dis… la rue Victor Basch s'il vous plait, ça n'existe pas, connaît pas… ah… déception, c'était l'ancienne rue de Bagnolet, mais… dans les lettres dans la correspondance que Jacques [J…] recevait d'sa femme, c'était rue Victor Basch, alors rue Victor Basch personne connaissait dans l'quartier, personne, et le facteur… nous a éclairé, mais c'est la rue d'Bagnolet, c'est là, qu'il fait, elle a changé d'nom… c'était un résistant… Victor Basch…

Q- Et là tout ça ça s'passait le soir euh…

R- Le soir même, le soir… quand j'avais quitté là-bas… c'était le soir oui… tant que j'me rappelle… attend attend attend… j'ai quitté là-bas, j'ai pris le métro, c'est ça, c'est ça…

Q- Vous êtes arrivé directement à///

R- C'est ça, à la tombée d'la nuit c'était… c'était l'soir… oui oui, je suis arrivé là-bas, donc je sonne… sa porte, il y a un escalier tout d'suite, je me rappelle, un escalier de bois… escalier, et c'est en haut l'appartement… et c'est la porte, c'est la rue trottoir, vous ouvrez la porte il y a un escalier, et je vois toujours… je rentre, sa femme ouvre, je rentre… elle a ouvert d'en haut, la porte s'est ouverte et je rentre… et c'est sa femme, alors je lui dis je suis… je suis… Nisso… ah mais j'te connais rentre rentre… bien sûr il y avait eu des correspondances, son mari l'avait mis au courant et tout ça, donc… et… son mari n'était pas encore rentré, j'suis arrivé plus vite que lui, parce que lui il a eu des formalités administratives, de militaire, c'est différent, il fallait qu'il passe dans des… dans des bureaux etc… il n'était pas encore rentré, d'ailleurs lui il est rentré dans la nuit, dans la nuit, il était minuit quand il est rentré, moi j'étais déjà… accueilli par sa femme… alors, alors ils m'ont donné une chaise longue j'me suis assis tout d'suite là… alors… et je m'suis découvert, mis à l'aise, et ils m'ont apporté une tasse de tisane une tasse de chose, t'as soif, t'as ceci, cela, sa femme elle était charmante… Mathilde elle s'appelait, charmante, et je suis impardonnable, je devrais m'en occuper, elle a dû bien vieillir déjà comme moi… elle doit être à Paris actuellement, ça m'fait penser qu'il faut que je prenne de ses, de leurs nouvelles hein, parce que son mari est mort… euh Jacques [J…] est décédé lui, euh… mais sa femme vit encore… et je devrais, je devrais, je manque à tous mes devoirs, ah oui voilà comment que c'est, on s'oublie comme ça et puis c'est vrai, c'est gênant, je vais, je vais me mettre en rapport, alors je suis resté là, oui j'avais je suis arrivé là avec ma carte de ravitaillement que j'avais touchée et bon j'étais, [J…] est venu, alors c'était un peu la fête, mais moi j'étais très très malade, je souriais plus j'ai…

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