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Le retour à la vie quotidienne d'un photographe après sa déportation

L'état d'esprit et la vie des français à la libération

Q- Une question que je vous ai pas posée, quand vous êtes arrivé en France///

R- Oui…

Q- Après la libération est-ce qu'à un moment vous avez pensé que vous alliez retourner à Rhodes ou…

R- Euh… j'ai pensé que je retournerai, mais je n'pouvais plus retourner, je ne voulais pas retourner dans l'état où j'étais, c'est-à-dire, redevenu pauvre… euh… je dirais même misérable… et puis bon… du point de vue physique très déprimé, et je n'voulais pas euh… rentrer au pays dans ces, dans cet état là et dans ces conditions là non, non je m'étais promis déjà… dans ma vie j'avais dit, il faut absolument que j'arrive à me rétablir, et repartir à Rhodes en touriste… tu vois alors pas comme un nécessiteux… absolument pas.

Q- Il fallait remonter pour euh… il fallait remonter pour euh///

R- Ah oui tout à fait, je voulais remonter même… je ne voulais pas me donner en spectacle comme ça, arriver là-bas passer pour ceux qui ont été déportés, misérables, etc… attirer la pitié sur moi, pas du tout, ah non non l'envie, j'ai toujours voulu attirer l'envie sur moi, ah oui absolument, et ça encore maintenant… encore maintenant, ah oui oui oui, je, j'aime bien toujours être… à, en position où, où je suis envié, alors là c'est sûr et certain et… je n'sais pas si j'ai une spécialité mais… ma spécialité c'est attirer des jalousies autour de moi, n'est-ce pas parce que… j'aime bien montrer c'qui est beau, je n'aime pas montrer c'qui est misérable, j'aime pas me plaindre, je… de caractère je suis comme ça, j'aime pas… pleurnicher etc… je suis pas, il faut bien faire voir c'que je suis, et puis que j'peux aller encore plus loin… c'est, c'est mon caractère foncier absolument.

Q- Et sinon comment vous avez ressenti cette période d'après-guerre en France ? les gens, les gens au niveau d'état d'esprit et de…

R- On avait, l'état d'esprit ah moi j'ai trouvé autour de moi des gens extraordinaires… qui justement, justement, sachant qui j'étais eux exerçaient l'action de… d'une un peu de pitié peut-être, un peu de prise en charge, un peu de pitié, des choses comme ça, eh bien j'ai trouvé en France vraiment l'amitié, la preuve que j'ai dédié toute ma vie, et en France puisque bon… ça va venir dans c'que je vais vous dire par la suite puisque je… j'ai épousé une fille… une picarde, et puis j'ai eu de charmants enfants, et aujourd'hui à l'âge que je… que j'ai, j'en suis je pense que j'ai, j'ai retrouvé un pays, j'ai retrouvé une nouvelle vie… j'ai retrouvé une vie beaucoup plus chaleureuse etc… ah oui, vous savez malgré que c'est un, un pays beaucoup plus grand que le mien… c'est un continent, eh bien moi j'ai trouvé en France vraiment beaucoup, beaucoup de soleil, j'vous le dis en toute franchise, ça aurait autrement je l'aurais dit tout pareil, mais non mais là franchement euh… quand j'vais chez moi je… je n'sais pas oui, je revois l'pays etc., mais je n'me sens plus chez moi, c'est curieux comme tout hein, c'est l'pays, bon j'aime beaucoup, je, les souvenirs sont là, les souvenirs d'enfance, d'adolescence, de jeunesse, de première jeunesse puisque je fus déporté assez jeune mais… d'ailleurs pour, pour les, les personnes que je rencontre là-bas, pour les personnes, très âgées maintenant bien sûr que j'ai connues très jeune, que j'ai vécu avec, bien sûr on considère que je suis un expatrié, quelqu'un qui est parti à l'extérieur et puis qui vient de temps en temps etc., et je ne suis pas lié au pays comme ceux qui sont revenus et qui sont, qui demeurent encore maintenant, et qui finiront leur vie là-bas certainement, notez bien à ce point d'vue là, ça ne veut pas dire que je ne finirai pas ma vie à l'île de Rhodes, peut-être je partirai peut-être me faire enterrer là-bas, peut-être, puisque nous avons, nous avons nos familles et nous avons nos parents et tout alors… oui là je réponds à votre question, voyez voilà, j'ai trouvé beaucoup d'amitié en France, une amitié beaucoup plus solide… que… autrement…

Q- En c'qui concerne le niveau de vie, est-ce que les gens pouvaient reprendre un… un rythme et de vie normale au niveau financier, pour acheter c'qu'on, c'qu'on avait besoin ?

R- Où…

Q- En France…

R- En France, nous sommes en France oui, ben écoutez à c'moment là c'était les pénuries hein, au début c'était la carte de ravitaillement, c'étaient les difficultés… et toutes ces choses là, mais enfin moi… euh je n'peux pas dire que j'ai ressenti beaucoup cette chose là, parce que bon… je me contentais de peu, je me suffisais de peu, d'ailleurs je ne comprenais, je ne comprend pas encore maintenant euh que les gens demandent beaucoup à la vie, ils se sont créés des besoins et n'peuvent plus s'en passer, vous voyez c'que j'veux dire et ça c'est vraiment… moi j'trouve qu'en la France est un pays extraordinaire, pour ceux qui ont connu la misère… attention, pour ceux qui sont nés en France et qui n'ont pas connu autre chose, forcément, ils demandent toujours plus, et c'est légitime d'ailleurs, c'est normal… mais… pour ceux qui sont nés dans un pays pauvre, qui sont habitués à vivre dignement si vous voulez, mais d'une façon mesurée, à n'pas demander de la vie des choses extraordinaires, et à se contenter attention… on était pas miséreux chez nous, au point de dire, c'est dommage qu'on a pas ceci, c'est dommage qu'on a pas cela, pas du tout, on a été élevés de telle façon on ne connaissait pas d'autres besoins, on se contentait bien, on était bien, on vivait dans un pays où le soleil est toujours présent où les plages sont toujours là à portée de main… nous on s'plai… on moi j'me quand j'ai eu une enfance et une adolescence vraiment extraordinaires, ah oui oui, vivant comme ça au bord de l'eau, faisant mes études euh… avec des amis avec des copains, avec des, des copines, avec des amis… on a été élevés comme ça, à la plage de façon libre, d'une façon tout à fait… extraordinaire et… on était très comment dirais-je, très imbus de notre personne, vous savez il fallait être beau, il fallait être toujours bien coiffé, et puis ah… ah ça c'était important, c'était important, la personne, des fois///

Q- En France

R- Hein des fois maintenant j'me dis, je n'suis plus comme autrefois, autrefois c'était, c'était… ah là là… un poil il fallait, et c'était la mode, aujourd'hui c'est plus la même chose on a… c'est la mode des coiffés fluides, des, des choses comme ça, c'est beaucoup plus, mais autrefois c'était très il fallait… ah là là… impeccable, il fallait jamais… se montrer autrement que parfait, pour moi ça avait une importance extraordinaire, les, les filles que je fréquentais, ah il fallait que ça soit, il fallait que je soit… impeccable etc., je pensais que j'étais l'art, l'art de, de, je n'sais pas de séduire, mais je ne le pense pas maintenant, pas du tout, non il y a une autre façon de séduire, il faut être grand à l'intérieur et il faut avoir beaucoup de qualités intérieures, que extérieures, mais à l'époque on soignait beaucoup l'extérieur, beaucoup, beaucoup… être beau, c'est important…

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