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Vie quotidienne et éducation à Amiens

Quartier Saint-Maurice à Amiens : La confection des pantalons de velours à domicile : un travail difficile

R1 : je suis natif donc du quartier St-Maurice dans lequel je suis né [...], mon père était maçon dans l'quartier, maçon-cimentier, artisan et ma mère travaillait à domicile, faisait des culottes cheval euh, de la confection à domicile de c'qui s'faisait beaucoup à l'époque et ma mère ne faisait que ça à la maison, c'qui était un travail euh aberrant, difficile, prenant euh, euh les gens n'avaient pas de dimanche rien, ça s'faisait beaucoup dans les quartiers populaires, et ma mère donc était culottière à domicile, faisait des culottes cheval, en velours sur une machine à coudre que nous avions à la maison et le lundi elle reportait son travail, à l'époque c'était euh, le, rue Jules Lefebvre aux Ets Fusillier et ça jusqu'à sa mort et je suis sûr que la veille de mourir, ma mère est morte le, le samedi matin et je suis sûr qu'le, le vendredi soir elle a bien travaillé encore jusqu'à 11 heures - minuit euh, et elle est morte le matin, mon père v'nait d'mourir 5 s'maines avant donc euh, la fatigue, l'émotion euh, tout ça, son travail faisaient que 5 s'maines, elle est morte 5 s'maines après mon père. Ça a été une période difficile forcément

Q1 : Hum

R1 : Quand vous vous r'trouvez à 16 ans, tout seul, sans frère ni soeur, ni personne euh, c'est très difficile, c'est très, et moi qu'étais d'une timidité maladive, je crois qu'ça m'a bien passé hein.

Q1 : Hum, hum. Vous avez des souv'nirs euh justement de votre mère en train de travailler euh...

R1 : Oh oui, oui, oui, j'me souviens très bien, d'abord j'étais bercé, j'étais bercé par cette machine à coudre, ces machines à coudre parc'que à l'époque nous avions 3 machines à coudre, c'qui va vous sembler bizarre mais c'est que ma grand-mère cousait déjà ce travail à domicile, et quand euh on passait son certificat d'études à 12 ans à l'époque euh, on vous mettait tout d'suite à travailler et donc le lend'main de son certificat d'études ma mère avait une machine à coudre qui s'app'lait une Singer 31K15 c'était le numéro, j'm'en souviens très bien, donc y'avait ces deux machines à coudre et j'avais une de mes tantes qu'était une soeur cadette à ma mère, qui aussitôt aussi son certificat d'études passé, on l'a mis devant une machine à coudre et donc les trois femmes, ma grand-mère, ma mère et ma tante, cousaient à domicile pour, je ne sais plus quel était le, ce..., ce confectionneur qui se trouvait devant la façade à rénover rue des Jacobins, vous voyez, y'a le porche là et c'était là, c'est pas Vannier Fiquet (???) c'était un nom comme ça et donc les gens reportaient leur travail comme ça le lundi, et ma grand-mère entr'autres, c'est comme ça que ma mère a cousu énormément, toujours, presque, et donc quand je suis né ma mère continuait à coudre et j'étais bercé par ce truc. Et la nuit du dimanche au lundi, ma mère en général ne dormait pas, il fallait finir le travail pour le lundi, c'était de l'esclavage, vous savez, sincèrement c'était de l'esclavage ce travail à domicile. Ma mère reportant son travail, il fallait qu'il soit fini le lundi impérativ'ment. Alors le peu qu'elle eut pris du retard dans la s'maine, il fallait le terminer, y fallait coudre les boutons, y fallait les repasser, vous savez, y'avait pas des fers à vapeur comme maint'nant, c'était des fers que l'on chauffait sur les poêles à la patte-mouille et donc euh ma mère finissait le travail comme ça et même quelquefois mon père lui donnait un coup d'main, surtout dans les dernières années où il était en invalidité, il lui donnait un coup d'main pour finir ses, ses pantalons qu'elle reportait le lundi donc, le, le mardi c'était la lessive et le mercredi c'était reparti pour, hein donc euh, dans une certaine mesure surtout dans les années où mon père était à l'invalidité, nous faisions la vaisselle, nous faisions le plus gros du travail, hein, un p'tit peu à manger, un p'tit peu de trucs comme ça parc'que mon père étant en invalidité ma mère y fallait bien qu'elle rentre de l'argent à la maison donc euh c'était très difficile, c'était l'un des souv'nirs les plus marquants et j'étais bercé par ce bruit de machine à coudre et la nuit du dimanche au lundi, j'pourrais dire que je dormais mal parc'que j'entendais pas le bruit, j'ai été él'vé dans le bruit de, des Singer 31K15.

Q1 : Votre grand-mère habitait aussi euh...

R1 : Oh non ma grand-mère est morte bien longtemps, donc nous avions, ma mère a gardé la machine à coudre de sa mère et de plus sa soeur s'est mise bonne soeur [...], donc euh, ma mère avait les 3 machines à coudre à la maison, donc quand y'en avait une en panne elle pouvait euh aussitôt se jeter sur l'autre, c'était, c'était vraiment, c'était ici hein, c'était ici.

Q1 : Hum, hum.

R1 : C'était vraiment euh, l'travail à domicile c'était... de l'esclavage pour une femme hein parc'qu'y avait pas, et y gagnaient pas des cent et des mille et je me souviens ma mère quelquefois s'endormir, vous savez le soir, s'endormir à la machine à coudre hein, casser les aiguilles tout ça, même dans les doigts, quelquefois elle se piquait les doigts parc'que elle s'était endormie instinctiv'ment bon après c'est r'lancé mais, mais c'était vraiment un travail très très difficile le travail à domicile, c'était difficile, forcément elle n'avait pas de chef euh vraiment, elle n'avait pas, elle, elle comptait pas son temps, bien sûr elle pouvait arrêter pour quelque chose, aller faire quelque chose en ville, aller dans un bureau en ville quand elle voulait mais y'avait pas quand elle rentrait le soir fallait reprendre le travail hein c'était, c'était toujours du vite vite, c'était et pour des salaires qui n'étaient pas toujours évidents hein.

Q2 : Et c'était que les..., y'avait que les femmes qui f'saient ce genre de travail euh...

R1 : Je pense, oui, je pense hein, vous aviez aussi euh des, en bonnet'rie, en bonn't'rie j'ai connu [X] [P1] qui eux faisaient de la bonn't'rie à domicile, y faisaient de la bonn't'rie à domicile mais lui travaillait déjà dans la bonn't'rie je crois qu'c'était à la "Maille picarde" et elle travaillait chez elle mais lui pouvait la remplacer quand elle était /// [P1] hein, j'me souviens très bien d'ces gens qu'habitaient [X]. Mais il existait euh, des, des p'tits métiers comme ça hein qui, qui maint'nant euh pas petits boulots mais en fait euh

Q2 : Hum

R1 : C'étaient des boulots euh hein qui étaient à l'intérieur du ménage, mais c'était très fatigant.

Q1 : Vous savez où votre mère avait les, les fournitures nécessaires euh, les tissus...

R1 : Ah ben quand elle reportait son travail le lundi, on lui demandait combien vous en voulez pour la s'maine suivante ou si y'avait une fête euh par exemple j'vais dire le 14 juillet qui tombait le lundi, fallait reporter le mardi, donc en fonction de ça elle s..., elle disait ben il me faut tant d'pantalons, tout était prêt, on lui vendait les, le fil, on lui vendait les boutons, on lui vendait tout et elle elle avait la confection à faire chez elle. Mais c'était Fusillier qui avait un atelier de réception qui était dirigé par euh [P2] si j'me souviens bien, c'était une grande forte femme et... donc ma mère en reportant le travail a..., pouvait reprendre du travail pour le restant d'sa s"maine hein.
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