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Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Le prêt des maisons et l'indemnité logement/électricité/chauffage accordée aux ouvriers

Q : Je vais passer du coq à l'âne. Egalement, y'a un petit point que j'aurais aimé discuté avec vous, c'était à propos des maisons.

R : Oui.

Q : Puisque j'en ai parlé avec Monsieur, également avec Monsieur. Tous deux me disaient que, en fait, la sucrerie revend petit à petit ses maisons.

R : Oui, oui, ça, c'est… ben, c'est-à-dire que… bon, par exemple, moi, quand j'suis arrivé ici, bon, j'avais… bon, j'avais un contrat, un salaire d'inter-campagne, un salaire de campagne et des avantages et ces avantages-là, si vous voulez, y'avait logement, chauffage, éclairage et le logement, on me donnait une prime de logement et cette prime-là, donc, on me la reprenait pour être logé. C'était comme ça. Mais, par contre, le chauffage, éclairage, bon ça, ça c'était payé par l'entreprise, ça c'est clair. Et, aujourd'hui, comme… je pense que le nouveau patron, comme il donne des indemnités de logement, chauffage, éclairage à tout le monde, il juge certainement que ça n'est plus nécessaire de gérer un patrimoine immobilier, alors qu'il donne des indemnités. Je pense que ça fait un peu double utilité pour lui. Il lui faut du personnel pour gérer ça et ça n'est plus nécessaire. Alors, il préfère les revendre. Par exemple, moi, quand j'suis parti, juste derrière moi, la maison a été revendue à un personnel de la sucrerie d'ailleurs, à une personne de la sucrerie. Et, en général, d'ailleurs, la plupart de celles qui ont été revendues, c'était à des personnels de la sucrerie.

Q : Quand quand vous, on vous a proposé de… d'utiliser la maison, ça se passait sous quelles conditions, en fait, l'obtention de sa maison ? Fallait correspondre à quelque chose de bien précis ?

R : Bon, disons que… oui, si vous voulez, les maisons étaient quand même données à des… je voudrais pas avoir l'air, mais… c'était donné à des postes, si vous voulez, importants, à des personnes… j'sais pas comment j'pourrais dire ça, mais des personnes difficilement contournables, par exemple, à des à des premiers mécaniciens, à des à des gens qui étaient nécessaires, quoi, qui étaient… bon, je veux pas que ça soit péjoratif, mais, par exemple, on n'aurait pas logé un… un manœuvre, vraiment une personne de base, quoi. C'étaient quand même des personnes qui avaient une certaine utilité, une certaine importance dans le personnel de la sucrerie, quoi.

Q : Ce qui explique un peu que Monsieur a acheté sa maison et que ça n'a pas été à Origny…

R : Oui, par exemple, oui, par exemple. Au début, au début, tout au moins. Après, il aurait peut-être pu prétendre, parce que, bon, c'est une personne qui était quand même… qui savait faire beaucoup de choses. Il était vraiment…

Q : De la polyvalence !

R : Oh, oui, oui, polyvalent. C'était c'était vraiment…

Q : Mais, par rapport à ces maisons-là, y'a jamais eu de discorde justement, le fait qu'on dise : ah, lui, il a une maison, c'est prêté par Origny, et moi non ?

R : Non, moi, personnellement, quand j'suis arrivé ici, on ne m'a jamais, par exemple, reproché que j'étais logé. Ça, franchement, non, non. Non, j'ai jamais entendu parler de… non, c'était j'allais dire une logique, c'est peut-être un grand mot, mais ça faisait quand même parti d'une logique au niveau de notre patron, quoi. Il… si vous voulez, bon, comme je vous disais, c'était peut-être un moyen aussi de nous avoir... Par exemple, je vais vous citer quelque chose. Y'avait une personne, un autre contremaître comme moi, qui était logé et pis, un beau jour, il a voulu aller habiter à Saint-Quentin, mais il voulait se faire payer des indemnités de…

Q : Déplacement.

R : De déplacement pour venir travailler ici. Alors, le patron lui a répondu : bon, j't'ai jamais obligé à aller habiter à Saint-Quentin, étant donné que l'entreprise te fournissait une maison. L'entreprise lui fournissait une maison sur place. Donc, personne ne l'a obligé à aller habiter à Saint-Quentin. Alors donc, il n'avait aucun droit à demander des indemnités kilométriques, ça c'était clair. C'était de lui-même qu'il avait déménagé, alors donc l'entreprise n'avait rien à voir là-dedans.

Q : Oui, mais pourquoi lui, il avait le droit à ces maisons-là, alors que d'autres n'avaient pas le droit ? Ceux qui n'avaient pas le droit, ils pouvaient prétendre à une indemnité de déplacement comme ça ?

R : Ah, ben, ça existait… Ah non, indemnité de déplacement, ça, y'en a jamais eu.

Q : Y'en a jamais eu ?

R : Non, non, ça, c'est c'est le genre de choses que la direction a toujours refusé, ça. Les indemnités de déplacement, ça, ils n'ont jamais voulu négocier là-dessus. Pourquoi, je sais pas. Bon, c'est vrai que c'est… en en sucrerie, si vous voulez, c'était un peu une atmosphère un peu familiale et fallait que les gens qui travaillent en sucrerie, tout au moins les gens qui dépannaient, par exemple des choses comme ça, qui faisaient beaucoup de maintenance, des choses comme ça, on aimait bien les avoir sous la main, disponibles. Et, pour les avoir disponibles, par exemple, pendant la période de campagne, on faisait tout pour les avoir disponibles toute l'année.

Q : Ouais.

R : Vous voyez, on leur apportait de quoi être disponibles et les avoir sous la main. C'était… c'était un peu comme ça, c'était ça l'idée.

Q : Du moins, on les empêchait de partir.

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