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Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Le mode de vie plus rudimentaire des ouvriers

C'était… comme je vous disais la dernière fois, bon, moi, au village, je vivais à la cadence des campagnes. Les commerçants, ils attendaient que la campagne démarre, parce qu'ils savaient qu'il allait y avoir des moyens complémentaires et les familles attendaient la campagne pour faire des gros achats. Quand on faisait 12 heures en particulier, bon, les salaires étaient, vis-à-vis de l'inter-campagne, il était quand même beaucoup plus important et quand on avait quelque chose d'important à acheter, c'était en campagne et tout le village vivait, même les commerçants, tout ça… tout le village vivait en campagne. Ils faisaient leur chiffre d'affaires, je suis sûr qu'ils le faisaient à plus de 50 % en trois mois de temps, parce que c'était là qu'il y avait les moyens.

Q : Mais ça marche plus comme ça maintenant ?

R : Oh, moins, encore un peu quand même, mais beaucoup moins, beaucoup moins, beaucoup moins parce que les les salaires se sont un peu uniformisés entre l'inter-campagne et la campagne.

Q : Ouais, vous me l'aviez expliqué.

R : Y'a moins d'écart, y'a moins… la campagne est moins un enjeu qu'avant.

Q : Ouais.

R : Y'a encore une différence, parce que sinon, ça n'aurait ça n'aurait plus de sens. Bon, les primes de tonnages, par exemple, ces choses-là, bon ça, ça existe toujours, mais ça a moins d'influence qu'avant quand on faisait 12 heures et qu'on avait en plus les primes de tonnages… bon, le salaire, il était plus du double de l'inter-campagne, plus du double, c'était énorme, c'était… c'était énorme. Aujourd'hui, c'est moins. La proportion est moindre.

Q : Vous pensez que c'est mieux ou moins bien ?

R : Oh, c'est… bon, c'est mieux… Je pense que c'est mieux, c'est mieux, parce que ça donne un pouvoir d'achat toute l'année aux gens. Ça leur donne un pouvoir d'achat toute l'année. Ils peuvent prévoir… ils peuvent prévoir des choses, ils peuvent prévoir des dépenses peut-être plus facilement que quand la durée est limitée à la campagne.

Q : Parce qu'en fait, on a l'impression que c'était un système avant… enfin, du moins pour ma part, j'aurais plutôt eu tendance à croire que, avant, y'avait une période d'allégresse financière et puis, hop, un autre moment où on serrait la ceinture finalement.

R : Oui, on serrait la ceinture. Bon, c'est peut-être un grand mot, mais c'est sûr que par rapport à la période de campagne, on pouvait avoir l'impression de se serrer la ceinture, parce qu'on on vivait tout simplement, tandis qu'en campagne, on achetait ce qu'on avait besoin, des choses importantes.

Q : C'était pas un peu frustrant ?

R : Ben, bof, non. Si on y repense aujourd'hui, bon, on pourrait avoir l'impression… quelqu'un qui n'a pas vécu ça, on pourrait avoir l'impression aujourd'hui que ça pouvait être frustrant, mais non, c'était plutôt l'inverse. C'était plutôt… on attendait la période de campagne avec impatience. On savait qu'on allait pouvoir s'acheter quelque chose qu'on avait envie, quelque chose d'important, j'sais pas une chambre à coucher, changer un matériel ménager, éventuellement pour certains qui avaient des salaires un peu plus importants, bon, peut-être acheter une voiture ou… c'était… y'avait tellement une différence importante entre… on attendait avec impatience. C'était c'était une vie comme ça, c'était comme ça.

Q : Et vous pensez que ça vous motivait ça ?

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