Accueil Le projet Les dossiers La base projets2003 réalisations contact
Mémoire Vivante de Picardie - La base
presentation consultation
retour à la liste

Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Un travail de plus en plus stressant

Aujourd'hui, c'est plus stressant. Il y a plus l'obligation de résultat, y'a plus… on parle beaucoup plus de rendements. Ces choses-là, on en a toujours parlé, mais pas comme aujourd'hui. Aujourd'hui, c'est devenu… c'est devenu stressant, c'est devenu et pis vu qu'il y a de moins en moins de personnels… bon, ces obligations-là retombent sur le dos de quelques-uns seulement, tandis qu'avant chacun avait son poste dans l'usine. Bon, s'il y avait une défaillance à un endroit, bon, c'était cette personne-là seulement à la limite qui était… qui était visée, tandis qu'aujourd'hui, bon comme l'entreprise est gérée dans une salle de contrôle par deux, trois personnes, il est bien évident que, quand il y a une défaillance quelque part, aussitôt, la direction, tout le monde arrive là et pis ils sont, ils sont… c'est les principaux responsables, quoi, y'en a pas 36, y'en a…

Q : Et ils font quoi ? Ils les alpaguent plus facilement qu'avant ?

R : Oh, ben oui, les obligations de résultats, comme je vous dis, parce que, comme on va se trouver en concurrence avec le sucre de canne, il est bien évident, il est bien évident que le sucre de betterave… les sucreries de betteraves en Europe, on peut parler de l'Europe… on va être obligé de réduire les coûts de production de manière vraiment drastique. Il faut diminuer le coût de production par deux, même plus que par deux et c'est c'est énorme, c'est énorme. Alors, il est évident qu'il y a une pression énorme, énorme, énorme et on n'aura pas le choix. Si on n'y arrive pas à diminuer les coûts de production, soit qu'on protégera le marché, il n'y a pas de mystère, soit qu'on disparaîtra, ça aussi c'est clair. Le sucre disparaîtra, peut-être au profit de l'éthanol, peut-être qu'on fera de l'alcool à la place, mais si on n'arrive pas à diminuer les coûts de production pour se rapprocher du sucre de canne, il est bien évident qu'on disparaîtra. Ça, c'est clair. Là, y'a pas… y'a pas 36 solutions.

Q : C'est quelque chose que vous ressentez déjà avant de partir à la retraite ?

R : Oh oui, oui, oui, c'est quelque chose qu'on ressent depuis… depuis 10-15 ans, qu'on ressent qu'on ressent une pression. On nous disait sans arrêt que la maintenance, il fallait diminuer les coûts de maintenance. Il fallait diminuer les coûts directs, il fallait diminuer, diminuer, diminuer. Y'a une pression depuis plus de 15 ans, qui devient de plus en plus importante au fur et à mesure qu'on se rapproche de l'échéance que là, bientôt, le marché européen ne va plus être protégé. Alors, il est bien évident que ça devient… ça devient un problème vraiment crucial, crucial. Et ce qui est dommage dans tout ça, c'est que les marchés à l'exportation. Y'a des pays, les marchés existent, les débouchés, mais ce sont des pays qui n'ont pas les moyens d'acheter. C'est là… c'est là qu'il y a quelque chose de… je dirais pas d'inhumain, mais enfin presque. C'est là qu'il y a quelque chose d'anormal. Parce que y'a des marchés qui existent, y'a des pays qui ne demandent pas mieux que d'acheter du sucre, des céréales, des choses comme ça, mais en fait, ils n'ont pas les moyens, faut leur donner. Alors, faudrait leur donner l'argent pour qu'ils puissent nous acheter après. Bon, c'est… c'est vraiment débile ces trucs-là. Y'a des débouchés, mais ces gens-là n'ont pas les moyens d'acheter.

Q : Mais la pression, vous la ressentiez comment ? Vous la ressentiez… c'était vous qui vous la mettiez ou c'étaient les supérieurs vraiment qui…

R : Ah non, c'étaient les supérieurs qui exigeaient d'année en année. Par exemple, on nous fixait des objectifs, dire les coûts de maintenance, par exemple, d'une année sur l'autre, fallait qu'ils diminuent de 10 %. Bon, c'était un objectif. Bon, 10 %; c'est beaucoup, mais… Alors, par contre, nous, on avait une forme de réponse, c'est-à-dire que, en disant à la direction, qu'il fallait choisir des matériels qui avaient moins de coûts de maintenance. Fallait mieux choisir les matériels pour avoir moins de coûts de maintenance. C'est clair que… bon, nous, on avait un peu une influence au niveau du choix des matériels, mais très peu, parce que, en fin de compte, bon, les matériels, quand il fallait changer un matériel, il est bien évident que la direction, déjà, faisait des demandes de prix. Bon, les demandes de prix, c'est limite à partir du moment où le matériel, après, il ne devient plus assez performant. Si on se contente d'acheter un matériel à bas prix, après on se retrouve avec une maintenance importante et alors, il fallait trouver un équilibre entre ces deux choses-là, entre les choix de la direction pour le matériel et pis après, la responsabilité d'avoir de la maintenance importante, si on n'avait pas choisi le bon matériel. Alors, c'est c'est là que…

Q : Ça vous incombait à vous particulièrement ?

R : Ben, la maintenance, oui. La maintenance oui et quand il y avait eu un matériel qui avait été mal choisi, ben, il est bien évident que nous, qu'est-ce qu'on pouvait faire ? On ne pouvait que le tenir en l'état. Pour le tenir en l'état, fallait faire des frais. C'était c'était… y'avait pas 36 solutions, y'en avait qu'une, surtout qu'en plus, on exigeait d'avoir un rendement maximum pendant la campagne. On n'a pas droit à la panne. On n'a pas droit à la panne. Y'a que depuis deux ou trois ans qu'on accepte d'avoir des pannes un peu plus longues qu'avant, parce qu'on sait très bien que si on ne fait pas ce qu'il faut quand on achète le matériel, on aura des pannes inter-campagnes. On aura des pannes en campagne. Alors ça, on commence à accepter un peu… d'être un peu d'être un peu plus large à ce niveau-là, mais c'est clair que tout ça, c'est lié. C'est un peu comme une voiture. Bon, ben, il est bien évident qu'une voiture, si vous voulez faire la même chose avec une 2 CV, puis avec une voiture haut de gamme, bon, la 2 CV, elle va rendre l'âme avant la voiture haut de gamme.

Q : Oui.

R : C'est clair. C'est logique, c'est mathématique, c'est logique, c'est tout ce qu'on veut. Bon, alors, la voiture… si vous gardez la 2 CV, il est bien évident qu'il va falloir la remettre en état, y'a pas de mystère, c'est… c'est c'est logique, c'est c'est une logique c'est tout.

Q : Ouais.

R : C'est pas… c'est pas des conditions qu'on voudrait… c'est logique. Le matériel, s'il est mal choisi au départ, vous allez avoir des coûts de maintenance. Les coûts de maintenance vont se répercuter sur les coûts de production et puis, c'est une chaîne.

Q : Un cercle vicieux.

R : Oui, c'est un cercle vicieux, c'est…

Q : Donc finalement, pour résumer un peu ce que vous m'avez dit aujourd'hui, vous êtes passé d'un travail fatigant à un travail stressant ?

R : Ah oui, oui, pis même, les… bon, les conditions de travail si vous voulez c'est, c'est sûr c'est moins physique aujourd'hui. D'abord, une, on a des matériels qui existent pour aider, pour… bon, c'est… mais d'un autre côté, c'est plus stressant. Avant, c'était surtout physique. En campagne, c'était physique. C'était… y'avait plus de monde, chacun avait son poste, mais c'était du travail physique. C'était, comme je vous disais, bon, aujourd'hui, on a des vannes de régulation, on ne s'en occupe plus. Il viendrait pas à l'idée d'aller ouvrir, fermer une vanne, c'est fini, sauf si le matériel tombe en panne, mais enfin, ça, c'est un cas de figure un peu exceptionnel, quoi. C'est…

Q : Quitte à choisir, vous choisiriez quoi ?

R : Le ?

Q : Entre le travail stressant et le travail fatigant ?

R : Oh, de toute manière, je suis pas sûr qu'on ait le choix, parce que, comme je vous le disais, comme on est obligé de réduire nos coûts de production, on ne peut plus avoir le personnel qu'on avait dans les années 50. C'est clair qu'aujourd'hui, l'usine, il y a longtemps qu'elle serait fermée, c'est clair. Alors, on a été obligé d'automatiser et l'automatisation, on peut on peut pas y échapper, c'est impossible, c'est impossible.

nouvelle recherche

votre sélection

ajouter à votre sélection

imprimer
DownloadPlayer