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Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

La crise actuelle de l'emploi

Q : C'est ce que vous avez ressenti à la fin ?

R : Ah oui, ça, c'est clair. Ça, c'est clair ça c'est clair. Y'a tellement une peur de l'avenir. Y'a une peur de l'avenir, c'est clair, dans toutes les entreprises et en particulier, dans celles qui sont plus ou moins dans une configuration qui les met en… qui les met en… comment… qui les met sur un marché qui est de moins en moins solidaire. Par exemple, si on prend le sucre de betterave avec le sucre de canne, il est certain que la concurrence aujourd'hui, elle existe pas. Ils sont… Le sucre de canne si… Aujourd'hui, si le marché était vraiment libre, le sucre de betterave n'existerait plus. C'est clair. Aujourd'hui, aujourd'hui, à l'instant où on parle, c'est clair que si le marché était bien libre au niveau mondial, le sucre de betterave, il n'existerait plus. Ça, c'est clair. C'est c'est mathématique. Ça, c'est pas… c'est pas une question de sentiment. Ça, c'est clair. C'est c'est impossible. C'est un peu comme dans le textile à l'heure d'aujourd'hui, bon, il est clair qu'en Europe, on ne peut plus faire de textile. Même en travaillant pour rien, on serait encore trop cher. C'est c'est impossible, c'est impossible. Bon, peut-être des textiles vraiment techniques, des choses vraiment techniques, mais le… la grosse cavalerie du textile, un pull, un gilet, un truc qu'on met tous les jours, il est bien évident qu'en Europe, on peut plus, c'est fini.

Q : Ouais.

R : C'est fini, faut pas rêver. Quand on voit la concurrence des pays asiatiques… même… je vous dis, même en travaillant pour rien, on serait encore trop cher. Faut pas rêver, faut pas rêver.

Q : Vous pensez vraiment alors que ce côté alors vraiment donc de la pression de l'avenir vraiment que… vous croyez que c'est par crainte donc de plus avoir d'emploi après, quoi, que les gens ne pensent qu'à eux ?

R : Ah, y'a un égoïsme, ça, c'est certain. Ça, c'est certain, on le ressent de plus en plus. Ça, c'est certain. Moi, je vous dis… d'abord une, bon, moi, je vois, quand j'ai commencé à travailler, bon, en 67 je me suis marié, bon, je suis venu travailler à Saint-Quentin dans une entreprise d'électricité. Bon, si vous voulez, j'ai quand même trouvé assez facilement du travail. Bon, je n'ai pas… je n'ai pas pris la place de quelqu'un, j'ai pas y'avait y'avait de la place, y'avait… y'avait en plus, si vous aviez un petit bagage, vous trouviez facilement du travail à l'époque. Bon, j'ai trouvé dans cette entreprise-là, bon, je m'y plaisais, j'aimais bien le travail, mais le salaire était vraiment une misère. J'ai dit : bon, c'est tout, je peux pas rester. J'ai recherché en sucrerie donc et je me suis retrouvé à Origny Sainte-Benoîte, mais assez facilement, parce que bon… moi, j'avais un peu de bagages, j'avais travaillé sur du matériel déjà un peu sophistiqué, les turbines à vapeur, tout ça…

Q : Ouais.

R : Mais mais… pis, j'avais déjà fait plusieurs postes… j'avais déjà une bonne connaissance, c'était un peu familial, mon père, mon grand-père, tout ça, étaient déjà en sucrerie. Alors, j'avais déjà un peu des notions de… mais, à l'époque, on trouvait du travail. On s'en allait, on trouvait du travail. Aujourd'hui, bon, quelqu'un qui voudrait de lui-même dire j'm'en vais, bon, ben, il va où ?

Q : Ouais.

R : Il va où ? Il va où ? Il va pas traverser la route, pis…

Q : On décide plus comme ça.

R : Et aller travailler à l'entreprise de l'autre côté de la route, c'est… faut faut pas faut être conscient de ça. C'est une évidence aujourd'hui. Faut, faut… si on veut changer de travail, il faut s'y préparer, faut le… faut l'avoir avant de dire j'm'en vais, parce que si on s'en va d'abord, pis qu'après qu'on cherche du travail, on risque de galérer un petit moment.

Q : Ouais.

R : Ça, aujourd'hui, c'est clair, même même avec des bagages, même des gens avec des… avec des grosses têtes, aujourd'hui, ils galèrent. C'est pas… c'est pas un mystère.

Q : Non, c'est sûr.

R : C'est pas un mystère. C'est pas un mystère.

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