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Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les revendications et les apports obtenus par les syndicats (surtout au niveau de la sécurité)

Q : Qui sont apparus pour y revendiquer… y'avait bien… enfin, quand ils ont décidé de le créer, même si on s'dit que c'était naturel, donc l'intention de ces syndicats-là, c'était quoi ?

R : Ah, ben c'était… disons de de s'affirmer en tant que les délégués du personnel, d'avoir, si vous voulez, un support quand même, pour pouvoir revendiquer éventuellement, parce que des délégués du personnel, y'en avait déjà, mais bon, ils n'étaient pas vraiment… comment, désignés par les salariés, c'était un peu confus avec la direction… c'était un peu confus.

Q : C'était pour prendre le…

R : Alors, disons que, du jour qu'y a eu un syndicat affilié à un syndicat national, ça permettait quand même d'avoir un support un peu plus conséquent pour pouvoir aller revendiquer.

Q : Ouais.

R : Et pis, en même temps, bon, pour les… pour les délégués syndicaux, ça leur permettait aussi d'avoir des retombées nationales pour avoir une base aussi de négociation, parce que ça marche un peu dans les deux sens. Il faut un support pour revendiquer au niveau de l'entreprise, mais en même temps, les délégués syndicaux, eux, c'est pareil, ils ont des renseignements qui viennent de… du syndicat national pour faire tout et n'importe quoi non plus, faut pas… ça leur permettait d'avoir quand même des bases de négociation, un peu, si on veut, quoi, au niveau… parce que… bon, à l'époque, comme on comme on était qu'une sucrerie, il fallait savoir un peu ce qui se passait dans les autres sucreries pour négocier. On pouvait… on pouvait pas faire n'importe quoi n'importe comment, alors ça permettait de savoir un peu, bon… les salaires, les primes, tout ça et essayer déjà dans un premier temps d'harmoniser un peu entre les sucreries et essayer d'avoir les mêmes… les mêmes comment… les mêmes primes, les mêmes… toutes ces choses-là, quoi et ça permettait de se renseigner à travers le syndicat national. Ça permettait d'avoir des renseignements, d'avoir des bases de négociation.

Q : Et quelles ont été alors ces premières négociations ? C'étaient quoi ?

R : Oh, ben, les premières négociations, ça a surtout beaucoup touché au niveau des salaires… des salaires, des primes… des primes de tonnages, des choses comme ça, mais bon, ce sont des choses assez classiques en sucrerie, c'étaient des choses assez classiques en sucrerie. Bon, les salaires, c'était un peu quelque chose qui revenait à chaque fois qu'il y avait une négociation, mais, en fait, c'était pas forcément la négociation la plus importante. C'était plutôt sur des détails, des indemnités, des logements, chauffage, éclairage, d'augmenter un peu plus ces primes, c'était surtout ça.

Q : Et selon vous, y'aurait eu un apport… je veux dire, dans dans dans le travail en lui-même, enfin, je veux dire, dans le confort pour travailler, est-ce qu'il y a eu un apport de… ?

R : Oui, et alors, après, après, les syndicats ont beaucoup négocié justement après sur les horaires de travail. Comme je vous disais, bon, on était en 12 heures, après on est passé en trois/huit et après bon, nous, quand on est passé aux 35 heures, alors là, c'était une négociation qui a duré plus d'un an, parce qu'il a fallu harmoniser déjà entre les sites qu'on avait rachetés, après il a fallu voir avec l'état, ce que l'état proposait avec le passage aux 35 heures, en harmonisant avec des contrats passés avec l'état justement pour les problèmes de licenciement, pour éviter de licencier, mais, en contrepartie, il fallait apporter autre chose, quoi.

Q : Il fallait apporter quoi ?

R : Ben, disons, les salaires ont été bloqués, parce que, si vous voulez, bon, la direction, elle voulait bien garder un peu plus de personnel qui n'était prévu, mais la direction voulait après s'y retrouver au niveau de la masse salariale. Alors, autrement dit, d'ailleurs c'est expliqué là-dedans, les salaires ont été bloqués pendant deux ans avec l'accord, justement, des syndicats, justement, pour éviter des licenciements trop importants.

Q : Et quelle a été la réaction des… des employés à la fin des ouvriers et tout ça, ils en ont pensé quoi de ces mesures-là ?

R : Oh, disons que, bon, ça a quand même été pas trop mal accueilli, parce que y'a quand même eu pas mal de personnes qui ont été reclassées. Bon, alors, si vous voulez, au départ, bon, les gens, ça les inquiète toujours un peu, parce que, bon quand on voit qu'on rachète des entreprises et qu'on les ferme, bon, tout ça c'est toujours un peu inquiétant, parce que, bon, aujourd'hui, ça va quand même assez vite. Du jour au lendemain, on ferme une entreprise. Alors, eux, ils ont surtout vu cet aspect-là, mais après, l'aspect reclassement, bon, les gens, ils ne pouvaient pas s'insurger contre les reclassements, ça n'aurait pas été logique, ça n'aurait pas été logique. Bon, bien sûr, ils ont grogné un peu quand on leur a dit que les salaires allaient être bloqués, des choses comme ça, mais on pouvait difficilement passer à côté. Y'avait quand même une certaine logique dans tout ça. C'était… par contre, les augmentations individuelles n'étaient pas complètement bloquées. C'était bloqué pour l'ensemble de la masse, mais, par exemple, s'il y avait quelques personnes… parce que, bon, moi, j'ai assisté souvent… enfin, j'étais même… ben, j'faisais partie du maître d'œuvre de ces augmentations annuelles… bon, y'en avait très peu, mais c'était pas bloqué complètement. Si vraiment y'avait des personnes particulièrement méritantes et qui méritaient quelque chose, c'était pas complètement bloqué.

Q : Ça aurait été quoi la personne vraiment méritante ?

R : Oh, ben, disons que… bon, des fois, on avait… moi, j'ai eu des cas, par exemple, de personnes qui n'avaient pas eu d'augmentation depuis pas mal d'années et que, si vous voulez, ça ça tombait un peu qu'ils se trouvaient dans la période où ils auraient mérité une augmentation. Alors, ça tombait mal pour eux, mais ça s'est quand même débloqué, parce que ç'aurait quand même été profondément injuste pour eux.

Q : Ouais et euh… y'a eu un petit truc aussi quand je réécoutais l'entretien, vous m'aviez dit un truc qui m'a marqué, comme quoi, y'avait fallu que les syndicats demandent pour avoir des chaussures de sécurité et des blouses de travail ?

R : Oui, oui, ça… ça…

Q : Et des gants.

R : Oui, par exemple, ça a été une demande. Ça a été une demande qui est venue un peu aussi avec le renforcement des mesures de sécurité au niveau de la médecine du travail et tout ça, parce que, maintenant, bon, par exemple, une entreprise qui a un peu trop d'accidents du travail ou des choses comme ça, bon, ils se trouvent pénalisés par des primes, ils sont pénalisés. Alors, bon, bien sûr, aujourd'hui, ils réfléchissent quand même à deux fois quand ils ont… quand ils peuvent donner, par exemple, une paire de chaussures, un casque ou… bon, les vêtements, c'est un peu différent, les vêtements, mais la paire de chaussures de sécurité et le casque, par exemple, et des gants, surtout des gants par exemple. Bon, ça c'étaient des moyens de sécurité qui évitaient quand même d'avoir des pénalités au niveau des caisses de sécurité sociale et de la médecine du travail.

Q : Et euh, ça s'est fait… du moins… ça s'est fait pourquoi ça concrètement ? Parce que, bon, on aurait pu croire que déjà, depuis l'ouverture de l'entreprise, on aurait pu croire qu'il y avait déjà ces mesures de prises ?

R : Oui, ben, par exemple, bon, les… bon, je dis les gants, les gants ça existait déjà un peu, les gants. Mais c'est vrai que les chaussures, les casques… si vous voulez, ça existait, mais c'était pas systématique. Les gens ne s'en servaient pas systématiquement. Alors, en fin de compte, ça a été… ça a été un peu une double… une double demande, aussi bien de la direction que des syndicats, d'exiger que les salariés utilisent aussi bien les casques que les chaussures de sécurité.

Q : Mais ils étaient à disposition auparavant ?

R : C'était… les casques étaient à disposition. Ça, ça a toujours été à disposition, mais les gens ne l'utilisaient pas, n'en trouvaient pas l'utilité de l'utiliser.

Q : Par contre, chaussures de sécurité, c'était pas dès le début ?

R : Par contre, ça, c'est arrivé après. Y'avait, par exemple, des chaudronniers, ils l'utilisaient. Ils avaient les chaussures spéciales, et les maçons, ils avaient des chaussures avec des semelles surtout… les maçons, par exemple, ils marchaient dans des planches ou des coffrages où y'avait des clous, des choses comme ça… eux, ils avaient déjà ça. Mais, c'était pas systématique à tout l'ensemble du personnel. Après, c'est devenu systématique à tout l'ensemble. Ça a été exigé, tandis qu'avant, bon, c'était un peu… le casque, c'était bon… c'était un peu celui qui voulait bien le porter, mais après c'est devenu obligatoire.

Q : Mais comment ça se fait que c'est devenu obligatoire ? Y'avait des accidents à cause de… ?

R : Sous la pression… sous la pression des services sociaux quand il y avait des accidents, quand il y avait des… pour essayer de diminuer à tout prix les accidents.

Q : Est-ce qu'il y avait beaucoup d'accidents alors ?

R : Oh, peut-être pas plus qu'ailleurs, mais c'est devenu un peu un… une politique nationale.

Q : Ouais.

R : On a suivi la politique nationale et c'est les syndicats qui ont alerté un peu, en même temps que les services sociaux, les médecines du travail et tout ça, et puis, bon, ça s'est fait progressivement, mais y'avait des entreprises… des entreprises nationales qui étaient bien en avance sur ces problèmes-là. Bon, peut-être qu'ils avaient des raisons plus importantes que chez nous, mais c'était quand même… c'est venu progressivement, c'est venu...

Q : Et vous avez acquis quoi encore d'autres comme euh… comme… comme progrès d'un point de vue sécuritaire, si on pourrait dire ça comme ça ?

R : Oh, ben, point de vue sécuritaire, bon, l'ensemble des moyens de sécurité, bon, c'était quoi ? Les gants, le casque, les chaussures, les ceintures de sécurité, les harnais éventuellement, s'attacher quand on travaille, enfin, par exemple… bon, ça, ça a été plus difficile à faire accepter, parce que, c'est vrai que, quand on est sur le terrain, c'est pas toujours évident de travailler en étant attaché à un harnais. C'est pas toujours évident. C'est pas toujours facile ça, mais bon, c'est… et pis là, récemment, maintenant, y'a eu des nouvelles normes qui sont sorties. Y'a certains travaux qu'on n'a plus le droit de faire à l'échelle, par exemple. Par exemple, boulonner des… bon, de la grosse boulonnerie avec des grosses clés et tout ça, ben, ça, on n'a plus le droit, par exemple, de le faire à l'échelle. Il faut soit des échafaudages, soit des nacelles, des choses comme ça. Ça, c'est récent, c'est… je dirais que c'est depuis cinq six ans, c'est arrivé sur le marché.

Q : Parce qu'avant, ça se faisait à l'échelle et… ?

R : Ben, avant, ça se faisait beaucoup à l'échelle avec des moyens un peu… enfin, des échafaudages un peu aussi… avec les moyens du bord, si on peut dire, quoi. Alors, forcément, des fois, c'est…

Q : Ça risquait ?

R : C'était un peu risqué. Le travail était quand même un peu risqué. Un échafaudage, c'est quand même mieux que, de par exemple, mettre deux planches entre deux appareils ou… les gens, ce qui font pas attention souvent, c'est la distance qu'il y a entre les deux points de… les deux supports.

Q : Ouais.

R : Alors, quand la personne, elle travaille en plein milieu et pis qu'elle fait un effort quand même important, bon, la planche, elle peut casser, ça c'est sûr.

Q : Ouais.

R : Tandis qu'un échafaudage, c'est toujours plus ou moins limité à 2 mètres de large ou c'est des travées de 2 mètres, c'est quand même déjà plus sécurisant. Les nacelles, par contre, c'est encore mieux même, c'est encore mieux, parce que là, les… bon, les nacelles, on va vraiment travailler l'endroit et pis, en plus, ça fait gagner du temps, les nacelles. Ça fait gagner beaucoup de temps, parce que, bon, y'a pas l'échafaudage à monter. Bon, une nacelle, ça se loue, bien sûr ça a un coût, mais aujourd'hui, même les échafaudages avec les nouvelles normes de sécurité… un échafaudage, maintenant, faut des spécialistes pour les monter. Alors, faut faire venir une entreprise pour monter un échafaudage, enfin tout au moins d'une certaine taille. Dès qu'on arrive à une certaine taille d'échafaudage, faut faire venir des spécialistes pour monter l'échafaudage. Faut qu'il y ait une traçabilité. Faut que ça soit des… comment… des entreprises agréées. Ils sont agréés pour monter les échafaudages.

Q : Mais finalement, on perd… on perd du temps ?

R : Ben, là, le problème, c'est que les échafaudages, quand ils arrivent à une certaine taille, ça n'est plus forcément comment le le salarié lui-même qui le monte, c'est les entreprises spécialisées. Alors, forcément, ça a un coût, mais ça n'est plus nous qui le montons. Mais, bon, ça a un coût. C'est…

Q : C'est plus ou moins…

R : C'est pour ça que, en fin de compte, on en vient plus facilement aux nacelles, parce que, maintenant, on est obligé de louer les échafaudages et de faire venir une entreprise. Alors, en fin de compte, on vient plutôt aux nacelles, même s'il faut un chauffeur agréé, bon… par exemple, à la sucrerie à Origny, on a des grutiers, des gens comme ça, qui sont agréés en même temps pour conduire les nacelles. On a quelques personnes qui ont fait des cours à la… où ils vendent les nacelles, et ils font des formations, des formations spécialisées et ces gens-là sont formés et y'a qu'eux qui ont le droit de les conduire.

Q : Tout ça pour aller plus vite, quoi, au final ?

R : Ben, pour aller plus vite et puis, pour améliorer la sécurité. Bon, c'est… c'est vrai qu'il y avait des accidents dus aux échafaudages… ça, y'en a toujours eu un peu.

Q : Hum, ouais.

R : Ça a toujours existé. Bon, on essaie d'avoir la sécurité totale, mais bon, des fois, c'est difficile, mais on essaie, on est obligé d'essayer.

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