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Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les accidents mortels et l'augmentation des normes de sécurité à la sucrerie

Q : Vous avez déjà vu la gendarmerie se déplacer, non ?

R : Ah oui, ben, c'est arrivé… c'est arrivé quand ce sont des accidents graves, quand il y a mort d'homme, les gendarmes viennent sur place.

Q : Y'a eu mort d'homme à Origny ?

R : Ah, y'a eu… y'a eu… moi, j'ai connu un cas… un cas d'un personnel de la sucrerie, une personne de la sucrerie, un mécanicien d'ailleurs qui était dans la même équipe que moi, en en en 68 ou 69. Y'avait eu une passerelle qui avait été démontée pour faire des travaux, mais la protection pour empêcher les gens de circuler sur cette passerelle-là avait pas été bien faite et pis, cette personne-là s'est déplacée entre midi et une heure et demie. A l'endroit où la passerelle était démontée, entre midi et une heure et demie, c'était assez sombre, c'était pas éclairé pendant… et elle s'est… elle a voulu enjamber les… les moyens de protection qu'on avait mis, mais malheureusement, elle a glissé, pis elle est tombée, je sais pas, 20 mètres de haut. Alors, nous, on l'a retrouvée à une heure et demie. En arrivant à une heure et demie, y'a eu une personne qui est passée et pis elle l'a trouvée par terre qui gisait. Pis après, y'a eu surtout, c'étaient des accidents par des entreprises. Y'a eu… quand on a construit les silos, y'a eu une personne qui démontait les grues autour… c'est dommage, en démontant, il avait fini, il allait descendre de la grue, un coup de vent et il a basculé, il est tombé la tête en avant, il a été tué. Et pis, une autre personne de l'entreprise… comment c'était. Ils étaient en train de monter une nouvelle déshydratation. Il était en haut du bâtiment, il était en train de monter le bâtiment, pis il a voulu sauter sur une toiture en fibrociment.

Q : Ouais.

R : Et bon, la tôle a cassé et il est passé à travers. Il est retombé, je sais pas, 8-10 mètres plus bas. On dit un accident, c'est toujours un peu imprévisible, mais enfin, bon euh… c'est vrai qu'à force de marteler dans la tête des gens qu'il faut faire attention… les gens font quand même un peu plus attention aujourd'hui.

Q : Et qu'est-ce que cette personne-là faisait entre midi et une heure et demie… la personne qui était morte ?

R : Ah, mais il était à son travail.

Q : Il travaillait ?

R : Ah oui, oui, parce que, c'est dans les débuts qu'on a commencé à faire du conditionnement de sucre et cette personne-là avait été nommée dans ces ateliers-là. Alors, il faisait la la jonction entre les silos à sucre… il envoyait donc le sucre à l'atelier d'empaquetage et c'était sur son chemin… sur son chemin habituel et comme…

Q : Mais y'avait une barrière quand même ?

R : Et… ben, c'était une passerelle qui était à 10-12 mètres de haut à peu près et c'était son chemin habituel et il passait… c'était une passerelle en métal déployé, mais on avait été obligé d'en démonter une partie pour passer du matériel, du matériel nouveau. On faisait des travaux à cet endroit-là. Mais, ça avait été indiqué que la passerelle était démontée. Y'avait des tubes qui avaient été mis en travers, tout ça, pour ne pas pouvoir passer, mais il a voulu enjamber et manque de pot, il a glissé. Enfin, on a supposé qu'il avait glissé parce que à un endroit, on avait vu qu'il avait été coupé à la main par la bande transporteuse métallique. On a supposé qu'il avait monté sa bande transporteuse… bon, bien sûr, des choses comme ça, on est jamais sûr de rien, c'est…

Q : Mais là, ça n'incombait pas à la sécurité réellement ?

R : C'est… ben, disons que…

Q : C'est une erreur de discipline plus ou moins ?

R : Oui, c'est à la fois une erreur de discipline et puis, ça revient toujours quand même sur la sécurité, parce qu'on finit on finit toujours par vous dire que vous n'avez pas fait assez de sécurité. Il aurait peut-être fallu barrer à un autre endroit et vraiment empêcher, qu'on ne puisse pas passer à cet endroit-là. Vous savez, la sécurité c'est ça. C'est toujours… vous ne faites jamais assez de sécurité.

Q : Ouais.

R : Ça, c'est clair. C'est clair. Quand il y a mort d'homme, c'est grave.

Q : Et cet accident-là, il a été là avant le comité et les syndicats ou après ?

R : Ah, c'était… c'était un peu avant, il me semble.

Q : Un petit peu avant ?

R : Oui, c'était un peu avant, oui, c'était un peu avant. Oui, oui. Ça a dû être en 69 ou 70, et je pense que les syndicats, ils ont pris vraiment… ils ont été déclarés vraiment, la CFDT en particulier, je pense que ça a dû être en 72, 71-72, j'ai plus bien en tête l'année, ça dû être dans ces années-là, je pense.

Q : Ouais. Ce qui est curieux, c'est que ils aient pensé à d'abord se lancer sur les… tout ce qui est les augmentations et puis les conditions salariales finalement...

R : Oui, c'était…

Q : Plutôt que sur ça, quoi !

R : Oui, mais, je vous dis, à l'époque, on n'était pas sensibilisé comme après. C'est venu après tout doucement et pis, bon, y'a eu aussi des mesures… des mesures nationales qui ont été… par l'Etat, qui ont été décrétées et bon, c'est devenu une cause nationale un peu, la sécurité. C'était un peu… bon, c'était un peu normal, parce que… bon, y'avait quand même des secteurs d'activités, en particulier le bâtiment, je dis pas forcément chez nous, mais le bâtiment et tout ça, c'était quand même des secteurs qui étaient… où y'avait beaucoup d'accidents. Alors, quand on décrète un règlement, on le décrète pour toutes les entreprises. On va pas dire uniquement le bâtiment. Bon, dans le bâtiment, ils sont de plus en plus surveillés, mais tout le monde en a fait partie. Tout le monde a été obligé de se mettre aux normes de sécurité.
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