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Récit d'un délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les mouvements de grève des ouvriers et l'intervention des agriculteurs

Q : Vous avez vous avez déjà participé à des mouvements de grève ?

R : Oh oui, oui, oh ben ici, y'en avait eu…

Q : Ouais ?

R : Oh oui, oui, même y'a eu une fois où on a eu un mouvement de grève, mais j'sais pas trop si c'était pas même un mouvement de grève nationale dans les sucreries et on était en train de préparer la campagne. On démarrait. On était en train de tout tourner à blanc et on s'est retrouvé, le personnel d'encadrement, à être obligé d'occuper les postes. Par exemple, moi, j'me suis retrouvé à la chaufferie. J'ai été obligé de conduire la chaufferie, tout ce qui était en route, quoi. Fallait laisser le matériel en route, prêt à démarrer, parce que, bon, si vous voulez, quand il y a un débrayage comme ça du personnel, on sait quand ça commence, mais on sait jamais comment ça finit.

Q : Ouais, c'est sûr.

R : Ça dépend un peu des conditions de négociation, de ce qu'on négocie, y'a des choses qui sont négociables, y'en a qui y sont moins. Alors le temps que les deux parties arrivent à trouver un terrain d'équilibre, on sait jamais combien ça dure. Une grève comme ça, ça peut durer juste pour marquer le coup… des fois, c'est pour marquer le coup, bon c'est une journée, mais des fois, c'est huit jours, c'est… Moi, j'ai vu même des fois une année, les sociétaires eux-mêmes, les agriculteurs, qui sont intervenus parce que le syndicat avait cadenassé les portes de la sucrerie et tout et les agriculteurs sont arrivés en force avec des chalumeaux et tout pour couper les chaînes. Y'a eu des moments où c'était… c'était quand même assez chaud, assez tendu, c'était c'était limite.

Q : Et les agriculteurs, pourquoi les agriculteurs ?

R : Ben, disons que, si vous voulez, dans une coopérative comme ici…

Q : Ah oui !

R : C'est… ce sont eux les patrons. Ce sont eux les… alors, bon, certainement qu'à un moment donné, ils avaient jugé que ça avait duré et ça commençait à durer un peu trop longtemps et que y'avait des choses qui étaient peut-être pas négociables. Je me souviens plus bien à l'époque et à un moment donné, ils ont décidé d'intervenir quoi. C'était… alors là, dans des cas comme ça, c'est délicat, parce que ça peut facilement dégénérer. C'est… là, c'est c'est délicat.

Q : Ouais, j'imagine.

R : Oh la, oui. Parce que, bon, des deux côtés, y'a toujours des fortes têtes. Bon, il est bien évident que ceux qui sont venus couper les chaînes et tout ça avec des chalumeaux, bon, c'étaient des fortes têtes et du côté syndical salarié, y'a y'avait des fortes têtes aussi. Il aurait fallu de très peu de choses pour que ça dégénère.

Q : Mais vous, votre syndicat, vous m'avez dit que vous aviez fait grève, c'était pour revendiquer quoi au juste ?

R : Ah nous, la CGC, on n'a jamais fait de mouvement de grève. Nous, si vous voulez… ça se bon, moi, je me souviens, quand j'étais délégué, ça consistait à, par exemple, envoyer des courriers à des à des députés… des lettres de la CGT pour expliquer… je me souviens qu'à l'époque, y'avait eu un problème de retraite aussi et on avait envoyé des courriers aux députés, à l'Assemblée Nationale, aux gens qui nous représentent, quoi. C'étaient surtout des courriers. D'ailleurs, j'crois que j'ai encore les réponses. Bon, ça se limitait à ça. On n'avait pas le pouvoir de déclencher des grèves. On n'aurait pas pu. C'était pas…

Q : Ça mobilisait beaucoup de monde les grèves comme ça ?

R : Oh, les grèves du personnel, oh oui, oui, c'était quand même fort suivi.

Q : Ouais ?

R : Oh oui, oui, dans les débuts… dans les débuts du syndicat. Après, un petit peu moins, mais enfin, ça a toujours été quand même assez fort suivi. Oh oui, oh oui, oui, ça a toujours été assez suivi.

Q : Ça a provoqué des esclandres parfois non ?

R : Oh, y'a eu… oui, y'a eu des mouvements d'humeur. Notre ancien patron était un homme assez… assez coléreux, alors il piquait… il avait des colères après les délégués, mais, enfin, bon… en général, ça s'est quand même toujours arrangé de manière… je pense que ça s'est quand même toujours arrangé plus ou moins de de manière à ce que les deux parties, quand même, s'y retrouvent plus ou moins.

Q : Ouais ?

R : Ouais, y'a jamais eu vraiment de gagnant et de perdant, ça n'a ça n'a jamais été jusque-là quand même, mais bon, c'est vrai que les syndicats, ça fait quand même évoluer certaines choses. Ça a son bon côté, mais à condition que ça soit pas des revendications trop démagogiques. Mais quand ce sont des revendications justifiées, en général… bon, ça traîne toujours un peu parce que la partie adverse, elle va pas arriver et pis, dire bon, ben les gars, vous savez, bon, vous avez bien fait, même vous auriez dû en demander un peu plus. Bon ça, ça, j'ai jamais vu par contre. Ça, ça, ça n'existe pas. Il est bien évident qu'il faut quand même faire voir que on peut pas donner tout n'importe comment, c'est évident.

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