Accueil Le projet Les dossiers La base projets2003 réalisations contact
Mémoire Vivante de Picardie - La base
presentation consultation
retour à la liste

Un ouvrier polyvalent à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les accidents de travail

Q1 : Hum. Vous n'avez jamais vu d'accident du travail, comme ça.

R : Accident de travail, j'en ai eu.

Q1 : Oui, vous en avez eu beaucoup ?.

R : J'ai eu la main ouverte là, jusque là, on pouvait mette deux doigts dedans.

Q1 : Dans votre main ?

R : Ah oui, avec le premier le premier tour, le petit tour qu'y avait à l'usine là. Ce petit tour-là, il est dans mon bâtiment.

Q1 : Ça s'est passé comment, ça ?

R : C'était, ça marchait à courroie.

Q1 : Ouais.

R : C'est une courroie, le moteur c'est un moto-réducteur, y avait une petite courroie qui descendait comme ça, du haut y descendait, ça faisait tourner le tour. Pour changer de vitesse, on avait un bâton avec un…, on faisait sauter la courroie, on la mettait sur l'autre et pis on mettait l'autre, y avait plusieurs vitesses, pis après y avait trois autres vitesses, on appelait ça un harnais, on le retirait, on changeait de place et on avait encore trois vitesses, alors là, je faisais du filtage. Les vannes, vous avez déjà vu des tiges de vanne.

Q1 : Oui.

R : Des grosses vannes comme ça. C'était du pas carré que je faisais. Alors, c'est toujours pareil, il entrait dedans, le machin y n'entraînait pas, y avait bien du mal à entraîner…

Q1 : Ça glissait ?

R : Pour pas que mon outil, il casse, je prenais ma courroie, pis je suivais, je suivais, suivais comme ça, jusqu'au bout, t'sais, après je retirais mon outil, alors je recommençais. Et pis une fois au lieu de faire comme ça, ma main elle a descendu, pis elle s'est coincée entre les poulies comme ça, qu'elle m'a coincé ma main comme ça dedans. Heureusement qu'il y avait l'inverseur à côté, j'ai fait marche arrière, oui mais tout ça c'était ouvert jusque là. J'ai été au toubib. Le toubib y m'a, y m'a dit c'est rien ça, il m'a mis une mèche dedans, hop, j'ai pas arrêté de travailler. J'ai toujours travaillé comme ça.

Q1 : Ah oui !

R : A ce temps-là, ah oui , je n'ai fait du panaris…, j'ai eu un panaris. J'attendais la sirène de l'usine, qu'elle sonne…

Q1 : Il me semble être déjà passé devant avec une sirène qui sonnait.

R : Une grosse sirène, cette sirène là, c'est moi qui l'ai fait.

Q1 : Ah bon.

R : Je l'ai faite avec un contremaître, il me faisait voir, il dit, tu vas me faire tourner un disque, un disque grand comme ça, tu vas tracer des ouvertures dedans, le disque, il était rond, il fallait faire des ouvertures, si y avait huit ouvertures, y avait huit fermetures, mettons ça faisait 4 cm, y avait 4 cm de plein, 4 cm de vide et après, il fallait faire les palettes en rapport pour que tout y se ferme en même temps. Alors y en avait qui se fermait tous, ou bien ils s'ouvraient tous. J'ai fait ça à l'usine comme ça. C'était Monsieur, à ce temps là, qui me l'avait fait faire. Il m'avait dit, tu vas voir. On avait déjà fait une petite comme ça. Alors, un copain y passe, il me dit qu'est-ce que tu fais là ? t'as une drôle de pompe, j'ai jamais vu de pompe comme ça qu'y dit moi. Je lui dis c'est pas une pompe c'est une sirène. Il me dit t'es pas fou. C'est Monsieur, Robert et j'ai fait tourner avec mon doigt, j'ai dit écoute ça fait Ouhhh, d'un seul coup, je retire mon doigt, ah mince, mon doigt claque un coup, il me dit oh, c'est rien c'est un pinçon, c'est rien, alors j'ai fait ça on l'a fermé, oui, mais le lendemain, le pinçon, ça me tapait, je dis au contremaître, je ne sais pas ce que j'ai là, regardez. Il dit oh c'est rien, nous ici, un doigt blanc on dit une torgnolle.

Q2 : Ouais.

R : Il me dit t'as une torgnolle. J'ai dit non c'est pas une torgnolle, ça me fait mal jusqu'en dessous d'mon bras, je dis, je vais voir le toubib. Je suis venu voir le toubib ici, le vieux Monsieur, y dit, ben en guise de torgnolle t'as un beau panaris, je vais te l'ouvrir, allez crac, ouvert, il m'a gratté jusqu'à l'os. Il était temps, il était grand temps pour un peu on t'aurait coupé le doigt.

Q1 : Ça aurait pu gangrener en fait ?

R : Oui, pis couper le doigt. Alors en ce temps, j'avais tout ça ouvert, vous voyez ça se voit.

Q1 : Quand même. Vous connaissez des gens qui ont qui ont perdu des membres comme ça à cause d'une machine ?

R : De machine, non.

R : Il habite plus loin, il a le même âge que moi, il est couché même. Il ne se lève plus. Il a eu un accident en revenant d'travailler, il a eu le pied coupé je crois.

Q1 : Il a eu le pied coupé ?

R : Arraché, je ne sais plus quoi.

Q1 : Et il faisait quoi, ce monsieur là ? Il faisait quoi ?

R : Lui c'était un électricien.

Q1 : Electricien. Ouais, donc, vous étiez dans la maintenance des machines, ça devait être quand même assez difficile, assez dangereux, finalement ?

R : Quoi donc ?

Q1 : Ben de maintenir des machines, comme ça assez coupantes et tout ça.

R : Non, quand c'est bien fait, y a pas de danger.

Q1 : Ouais.

R : Et moi, c'était un vieux tour, alors en bas y avait les autres, y z'étaient peinards. Y avait qu'à changer les vitesses, ça va. Appuyer sur les boutons.

Q1 : Quand ça s'est automatisé, c'était plus sûr finalement.

R : C'était mieux après. Moi, je vous parle de ça, c'est vieux c'est avant 50.

Q1 : Oui, et donc ça c'était votre travail pendant pendant les inter-campagnes.

R : Campagnes et inter-campagnes.

nouvelle recherche

votre sélection

ajouter à votre sélection

imprimer
DownloadPlayer