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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les différents postes à la sucrerie et l'évolution du matériel et des techniques

R : C'est l'année où on a installé ce qu'on appelle les filtres doroliver ( ? ? ?), autrement dit tous les jus étaient filtrés dans des filtres à tambours, c'était… c'était moderne, parce que ça évitait les filtres à main, où il fallait un tas de gens pour les nettoyer en permanence, mais là, les filtres tambours se nettoient tout seul.

Q : D'accord.

R : Donc, c'était une économie de main d'œuvre phénoménale. En 68, si j'ai bonne mémoire, on travaillait disons 2 800 tonnes de betteraves par jour.

Q : Déjà en 68, y'avait 2 800 tonnes ?

R : 2 800 tonnes de betteraves par jour.

Q : D'accord, et vous, c'est la… donc c'est l'année où vous êtes arrivés dans la sucrerie ?

R : Oui, c'est l'année où j'suis arrivé à Origny… arrivé à la sucrerie d'Origny.

Q : D'accord et vous êtes resté combien de temps ?

R : Je suis resté, ben, jusqu'à il y a dix ans, puisqu'il y a 10 ans que j'suis en retraite, donc en 95 et en 95, quand j'suis parti, on faisait… on travaillait 16 500 tonnes de betteraves/jour et là, en 2005, ils sont à 19 500-20 000 tonnes.

Q : Ils ont encore augmenté leur production en 10 ans ?

R : Ouais, le seul moyen de faire baisser les coûts, c'est de produire plus avec le même matériel.

Q : Oui. Ça leur revient moins cher, quoi ?

R : Oui, parce que, si vous voulez, la fabrication du sucre… dans la fabrication du sucre, y'a un point qui est capital, c'est la vapeur et quand on sait que la vapeur… puisque l'évaporation des jus pour obtenir le sucre se fait en… la vapeur qu'on récupère dans les premiers caissons sert à chauffer les caissons suivants et ainsi de suite, c'est une chaîne, disons. Donc, si vous passez très peu de jus dans un caisson, bon ça va un peu plus vite, mais vous perdez beaucoup de vapeur, mais si vous passez beaucoup de jus dans les caissons, vous produisez beaucoup de sucre avec la quantité de vapeur nettement inférieure. Donc, c'est… c'est ça le but finalement, c'est d'économiser sur le fuel qui chauffe pour faire la vapeur. Donc, on économise un peu tout et puis, bon, y'a eu… y'a eu quand même pas mal de points qui ont été pour augmenter la production. A l'époque, on travaillait avec une diffusion horizontale qui s'appelait la RT2, qui était faite pour 2 000 tonnes/jour et on faisait 2 400 tonnes. On passait donc plus que sa production initiale par des petites modifications apportées par la maison Fives-Lille à l'époque, qui était une grosse boîte.

Q : Ça appartenait à Lille ?

R : Oui, qui était de Lille et ensuite, y'a eu, j'sais plus en 76-78, j'sais même plus quelle année exactement… y'a eu un diffuseur qui a été installé et qui s'appelait le RT4 qui, lui, produisait beaucoup plus, qui était toujours un diffuseur horizontal et ensuite, y'a eu un diffuseur vertical.

Q : D'accord.

R : Et aujourd'hui, ils travaillent avec trois diffuseurs.

Q : Tout est en vertical maintenant.

R : Une en vertical et deux en horizon horizontal.

Q : OK.

R : Et bon, ben, ils arrivent à… et puis alors, ce qui a changé beaucoup, c'est les… ce qu'on appelle les coupes racines, puisque la betterave est découpée en petites cossettes, de façon à… il faut savoir que la betterave, c'est un nombre de cellules intérieures qui renferment le sucre, donc le but c'est de couper… d'avoir un maximum de cellules ouvertes…

Q : Oui.

R : Pour extraire le maximum de sucre de la pulpe qui va sortir. Donc, les coupes racines qui étaient des coupes racines maniens qui allaient très bien, mais qui avaient une petite capacité, ont été remplacés par des coupes racines automatiques qui sont énormes.

Q : Et moins… y'avait moins de personnes dessus ou… ?

R : Ah ben, oui. Y'avait moins de personnes, dans la mesure où, bon, les coupes racines… la conception du coupe racine n'était pas du tout la même, donc ça permettait de couper beaucoup plus de betteraves avec un nombre de couteaux moindre. Tout était fait, disons, pour…

Q : Avec moins de couteaux ?

R : Ben, si vous voulez, y'avait y'a un nombre de couteaux à respecter avec des normes. Ça, y'a un nombre. Mais de la conception même du coupe racine, on obtient plus de rendement. Donc, comme les coupes racines étaient beaucoup lourds et conçus d'une façon différente, y'avait beaucoup plus de rendement. On découpait plus de betteraves qu'au début. Tout ça fait que c'est tout un ensemble qui fait qu'on produit beaucoup plus avec pratiquement plus personne.

Q : Y'a moins de… y'a moins de salariés dedans que… ?

R : Oh oui, en 68, quand j'suis arrivé, y'avait, dans la sucrerie même… on était une centaine de personnes à l'entretien, à un peu tout et pendant la campagne de betteraves, y'avait 100-120 bretons.

Q : Ah oui, ouais, y'avait les bretons qui venaient en plus.

R : Les saisonniers. Aujourd'hui, y'a plus un seul saisonnier.

Q : Y'en a plus du tout ?

R : Plus du tout. Plus du tout, plus du tout. On prend y prennent quelques personnes pour faire le nettoyage, donc ils sont… des gens du coin qui sont plus ou moins chômeurs, à la recherche d'un emploi, enfin… pour faire le nettoyage. Sinon, bon, ben, faut dire qu'avant, à chaque poste, y'avait quelqu'un qui était là pour surveiller, pis il avait souvent un aide parce que c'était pénible. Aujourd'hui, y'a les salles de contrôle. Y'a trois salles de contrôle principales qui sont… y'a une salle de contrôle qui, elle, vise toute l'usine, elle peut arrêter n'importe quel coin d'usine, voir dans n'importe quel coin de l'usine tout ce qui se passe, ça c'est… Ensuite, vous avez une salle de contrôle qui est à la cuisson du sucre et la personne qui est là, bon, elle n'a plus … elle est dans sa elle est dans sa salle climatisée avec les ordinateurs. Il a plus le travail qu'il avait à effectuer avant. Avant, il fallait qu'il surveille son malaxeur… enfin, il fallait qu'il surveille ses malaxeurs, qu'il surveille… il avait des tas de choses à surveiller. Aujourd'hui, tout se fait, disons, par ordinateur.

Q : Et ils étaient combien à la surveillance de la machine de cuisson ?

R : Alors, au cuiseur, y'avait toujours deux cuiseurs.

Q : Deux ?

R : Oui, minimum deux cuiseurs. Là, aujourd'hui, bon, la personne, elle est toute seule, qui s'occupe de tout. Et pis, ensuite, y'a une salle de contrôle qui assure les… la déshydratation des pulpes, puisqu'à la sortie, faut bien utiliser les pulpes, donc… Au départ, c'étaient des pulpes humides que des cultivateurs venaient chercher pour leurs bêtes et ensuite, on a fait la pulpe sèche et maintenant, on fait des petits bouchons, comme ils disent… de la pulpe sèche qui…

Q : Vous les faites avec la pulpe ?

R : Oui, oui. Alors, dans la pulpe, bon, il faut savoir qu'il y a une certaine quantité pour qu'elle se maintienne bien et pis que les bêtes en soient friandes, on leur met un petit peu de mélasse dedans et pis, ça permet d'éliminer de la mélasse en même temps. Et tout ça se fait, disons, rapidement dans des conditions qui sont quand même plus agréables que… ne serait-ce qu'à l'alimentation… l'alimentation en betteraves… L'alimentation en betteraves, à l'origine, se faisait… c'étaient des ponts. Les tracteurs montaient sur les ponts, ou les camions et ils bennaient comme ça. Bon, c'était pas sans risque. C'était quand même… y'a jamais eu d'accident grave, mais y'avait toujours quelques petits pépins et les gens qui alimentaient en betteraves l'usine, ils avaient ce qu'on appelait la mitrailleuse et c'étaient des mitrailleuses… alors, le gars, il était là avec sa mitrailleuse à main. Il faut savoir qu'il y avait beaucoup de pression sur la mitrailleuse et pis que c'était tout… pendant 8 ou 12 heures qu'il était là…

Q : Pour repousser les betteraves ?

R : Il fallait alimenter dans le caniveau, faut pas en mettre trop. Selon la demande de l'usine, il fallait qu'il aille plus vite, moins vite. C'était un réglage qui était un petit peu compliqué à faire. Bon, avec l'habitude, les gens, ils avaient l'habitude de voir les niveaux. Pis alors, le gros problème qu'il y avait à l'époque, c'est la tare, autrement dit la quantité de terre qui rentrait à la sucrerie. On a connu des années où il y avait 50, même plus de 50 % de terre dans un camion.

Q : Ah bon ?

R : Ah oui, oui, y'a eu des années humides, où…
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