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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

L'installation à Origny et les négociations salariales

R : Parce que je faisais les chantiers, j'étais, disons, nomade comme on dit. J'avais une grande caravane et j'avais toute la famille. Donc…

Q : Pourquoi vous aviez décidé de vivre comme ça ? Vous faisiez tout le temps la route peut-être ?

R : Je travaillais… moi, j'ai j'ai fait mon apprentissage dans les Deux-Sèvres dans une usine Rhône-Poulenc et qui sont les usines de Melle. Donc, moi j'étais… Au départ, j'étais chaudronnier cuivre et alu.

Q : Ouais, vous étiez déjà quand même spécialisé chaudronnerie.

R : Ah oui, oui, oui. J'étais spécialisé chaudronnier. Ensuite, bon, l'alu, ils ont laissé tomber un petit peu quand je finissais mon apprentissage par là. Ils se sont tournés un petit peu vers l'argent et pis l'inoxydable. Donc, ben, j'ai suivi le mouvement. Et quand j'suis revenu de l'armée, on avait tout simplement, après 30 mois… on avait tout simplement supprimé l'atelier. Pour quelle raison ? C'était Rhône-Poulenc, c'était une grosse boîte, parce qu'il faut savoir que cette usine, c'était l'usine de produits chimiques, où il y avait deux ateliers : un atelier d'entretien et un atelier où on faisait que du neuf. Et qu'est-ce qui s'est passé ? Je sais pas. On avait supprimé l'atelier de neuf. On ne faisait plus que de l'entretien. Quand j'suis revenu de l'armée, on m'a dit : bon, ben voilà, vous avez une place de chaudronnier, mais à l'entretien. Ah ! Moi qui avais toujours travaillé du neuf, l'entretien… et pis j'suis parti. J'suis parti et j'suis parti dans dans le Val d'Oise, dans une boîte qui faisait de la chaudronnerie. Donc, là, j'ai navigué pendant un an seul et pis, j'ai dit, c'est pas possible, j'avais ma femme et deux enfants. Alors, j'ai acheté une caravane d'habitation et pis, on est… j'ai emmené tout le monde.

Q : Vous avez sillonné les routes ?

R : On a sillonné les routes et pis, j'le regrette pas parce que j'ai travaillé dans des usines qui étaient fort intéressantes, que ce soit dans les centrales thermiques ou les centrales nucléaires. J'travaillais dans la centrale et je trouvais que c'est… on côtoie des gens qui sont formidables, des gens… moi qui avais mon certificat… le simple certificat d'études, j'ai trouvé des gens qui avaient des niveaux très élevés et avec qui j'ai pu travailler en bons termes et je le regrette pas.

Q : Et ça, ça vous a fait amener ici, mais pourquoi finalement être resté-là ?

R : Eh ben, j'suis venu ici bizarrement. J'suis venu à Origny bizarrement et j'étais à Sablé sur Sarthe à la Laiterie Bel. Si vous connaissez Sablé sur Sarthe ?

Q : Ça me dit quelque chose, oui.

R : Y'a la Laiterie Bel qui est une grosse laiterie, où on fabrique les Babybel et toute compagnie et là-bas, on s'est retrouvé à deux chefs de chantier et le chef de chantier qui qui était venu là, qui a démarré les travaux, il a dû se faire opérer en urgence. Je reçois un fax de mon patron en disant : est-ce que ça vous intéresserait d'aller à Origny Sainte-Benoîte ? Origny Sainte-Benoîte, où c'est ? Et pourtant, j'aurais dû le savoir parce que j'avais j'étais venu travailler en Belgique, à Chimay, à la laiterie de Chimay, donc je connaissais (???), je connaissais tout ça, mais Origny. Alors, j'suis arrivé là en 68 pour reprendre la relève. Le gars, je l'ai même pas vu. Il était parti à l'hôpital. Mon patron, il m'a dit : ben, un mois, le temps qu'il se fasse opérer et qu'il revienne. Et comme il est pas revenu, on était au mois de septembre, la campagne allait démarrer et puis, le patron, qui y avait là, Monsieur , il m'a dit un jour : est-ce que ça vous intéresse de rester avec nous, j'ai besoin de main d'œuvre spécialisée. Alors, moi, ma réponse, sur le moment, un petit peu… un petit peu en forme de boutade, je lui ai répondu textuellement : Monsieur , c'est gentil, je vous remercie de penser à moi, mais au tarif où vous payez vos gens, ça ne m'intéresse pas. Alors, il m'a regardé du coin de l'œil, parce qu'il était un petit peu vicieux aussi. Il me dit : écoutez, les questions d'argent, ça s'arrange toujours. Faites-moi un courrier avec vos prétentions, et pis on verra.

Q : Et vous avez réussi à négocier ça ?

R : Ben oui, parce que, à l'atelier, à l'époque, y'avait deux contremaîtres et ces deux contremaîtres-là, si on se resitue dans le contexte en 68, donc c'étaient les nouveaux francs, il gagnait… donc ça faisait 1.200,00 F, parce que 120.000 F anciens, donc ça faisait 1.200,00 F par mois. Faut jongler avec les chiffres. Alors que moi, ici, en tant que chef de chantier avec mon déplacement, je faisais, disons, 5.000,00 F, 500.000 anciens francs par mois. J'avais quand même 35 personnes ici qui travaillaient. Donc, y'avait une différence, un décalage énorme. Donc, entre les deux, on pouvait trouver un compromis, d'autant plus que mon fils qui était… c'est lui qui a penché qui qui qui a fait pencher la balance de toute façon… il me disait : tu sais, papa, moi, en caravane, les autres, ils me traitent de nomade. Il dit j'aimerais bien avoir une maison comme tout le monde.

Q : Ah, ça vous a poussé à…

R : Alors, ça m'a un petit peu fait réfléchir quand même, parce que, moi, c'était moi, mes enfants, il fallait quand même que je prévois leur avenir. Bon, ben, j'ai envoyé un courrier à Monsieur qui m'a répondu et on s'est mis d'accord. Donc, c'était plus qu'acceptable. Sa proposition était plus qu'acceptable, de toute façon.

Q : Et votre fils, par la suite, il a pas essayé de tenter à rentrer dans la sucrerie ?

R : Ah, ben, je pouvais le faire rentrer dans la sucrerie, parce que quand y'a eu le cinquantenaire de la sucrerie, il était comptable. Il sortait des écoles et il était comptable et bon, moi, j'avais été décoré à la sucrerie, j'avais eu le poireau, comme on dit. J'ai été décoré par Monsieur Colonna qui était, à l'époque… il était pas ministre, mais il était… enfin, il était au ministère et donc, là, ici, ils avaient fait une grande fête, y'avait… y'avait des personnalités, des hautes personnalités.

Q : Ici à… ?

R : A Origny. Et, à la table, en discutant, donc, y'avait des gens qui étaient haut placés, ils m'ont dit : vous êtes père de famille ? Alors, moi, je leur ai dit : bon, mon fils sortait… donc, il était comptable. Ben, si vous voulez, on l'embauche.

Q : Ils étaient partis pour l'embaucher ?

R : Ouais, ouais, ils pouvaient le faire travailler, soit à la sucrerie, même dans des bureaux à Laon, pas de problème.

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