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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les tâches des saisonniers bretons et l'entente cordiale avec les ouvriers

Q : J'aurais une autre question. Là, je reviens… je reviens, je passe du coq à l'âne…

R : Non, non, allez-y.

Q : C'est à propos des… bon, pendant les périodes de campagnes, vous me disiez qu'il y avait des bretons qui venaient. Donc, ça se passait comment avec eux ?

R : Ben, les bretons, bon… c'étaient toujours les mêmes. D'ailleurs, il ramenait des amis. Les bretons, c'est des gens qui faisaient que ça, que des campagnes. Ils allaient à l'Ile de Guernesey, je crois, qu'ils faisaient là-bas, c'étaient les tomates. Ils allaient dans le pays nantais pour les poireaux, pour le muguet, ils faisaient que ça ces gens-là et ils gagnaient très bien leur vie, parce qu'ils faisaient beaucoup d'heures. A l'époque, ils étaient pas limités à 8 heures. C'est des gens qui… comme ils couchaient, ils avaient un dortoir, ils avaient un réfectoire, donc on pouvait les appeler à n'importe quel moment, même s'ils avaient fait 12 heures, ils revenaient, ils refaisaient 10 heures. C'est des gens, y'a des semaines, ils avaient… ils se faisaient payer 20 heures par jour. Donc, ils gagnaient énormément d'argent ici. Alors, c'étaient des gens qui n'avaient pas de métier. C'était des… bien souvent, c'étaient des petits agriculteurs bretons, donc la la femme restait sur place à faire sa petite culture avec sa vache ou deux vaches et pis, lui, le mari, il faisait les campagnes comme ça. Entre deux campagnes, ils avaient huit jours, quinze jours, trois semaines, un mois qu'ils restaient à la maison et pis, ils repartaient. C'étaient des gens sérieux, des gens sérieux, sur qui on pouvait compter. Bon, c'était… c'était de la main d'œuvre qui n'était pas du tout qualifiée, mais pour ce qu'on avait à faire… parce que tout ce qui est fait aujourd'hui mécaniquement, se faisait à la main. Ramasser les betteraves, on les ramassait à la main, y'avait pas les engins qu'il y a aujourd'hui et pis, bon, la conception même de l'usine n'étant plus du tout la même, donc y'a y'a beaucoup moins de travail manuel à faire. Donc, ces gens-là, petit à petit, ils ont disparu. On en a pris de moins… la sucrerie en a pris de moins en moins et pis, un beau jour, ils ont dit : bon, ben, terminé, on n'en a plus besoin.

Q : Et comment ça se passait avec eux par rapport… entre ouvriers et tout ça ?

R : Oh, ça se passait très bien, ça se passait très bien. J'ai jamais connu de heurt avec les bretons.

Q : Ouais ?

R : Non, non, c'étaient… c'étaient des gens qui étaient fort sympas. Moi, j'ai jamais connu de problème grave avec eux.

Q : Vous en connaissez qui sont restés dans le pays ?

R : Oh oui, oui, y'en a qui se sont mariés ici, oui.

Q : Ouais ?

R : Ouais, ouais, y'en a plusieurs qui se sont mariés ici.

Q : Et qui sont encore là ?

R : Ah oui, oui, oui. On a… Y'en a un qui s'est marié ici, il est venu faire les campagnes, ensuite il a connu une fille, il était tout jeune… il a connu une fille, il s'est marié, il a fait quelques campagnes et pis après, il s'est installé comme marchand de chaussures.
Y'en a un qui est marié et qui… je sais pas ce qu'il fait lui maintenant, il habite une petite rue-là. Il est toujours là, et pis, dans le coin, y'en a plusieurs qui sont restés. Mais, bon, c'étaient tous des jeunes qui venaient et pis, bon, ils trouvaient une fille et pis, ils se mariaient.

Q : Pis, restaient dans le coin ?

R : Ils restaient dans le coin. Y'en a même… y'en a même qui ont continué et qui se sont faits embauchés à la sucrerie, par la suite.

Q : Ah bon ?

R :Tous tous tous les jeunes qui avaient aucun avenir en Bretagne, ils sont venus ici, ils ont gagné de l'argent. Ils se sont installés, comme on dit. Ils ont tous leur maison. Ils sont… ils sont bien, quoi.

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