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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

L'organisation des grèves, les revendications et les acquis des syndicats

Q : Et quand vous faisiez vos grèves… Ils étaient là les bretons quand vous faisiez grève ou c'était pas… ?

R : Non, non, on a jamais fait grève pendant la fabrication, parce qu'on savait que c'était la perte de l'usine.

Q : Ouais.

R : Fallait être conscient qu'une grève pendant la fabrication, c'était à peu près la fermeture assurée de l'usine parce que quand vous faites grève dans une usine, c'est pas grave dans la mesure où vous pouvez l'arrêter et la faire repartir. Une sucrerie, vous pouvez pas l'arrêter et la faire repartir. Si vous l'arrêtez, faut tout nettoyer, parce qu'il est évident que le sucre que vous allez laisser dans les appareils va colmater, il va se coller…

Q : Fermenter.

R : Il va boucher, il va… vous pouvez pas. Il faut donc que tous les appareils à l'arrêt… quand vous arrêtez, il faut que tous les appareils soient nettoyés. Ça, fallait être conscient de ça. Moi, j'ai eu le problème avec des gens qui voulaient arrêter pendant la campagne plusieurs fois. J'ai dit : moi, je ne prendrais pas la responsabilité d'organiser une grève pendant la fabrication, parce qu'une moindre grève, même de 12 heures…

Q : Ça saborde tout.

R : Voilà. Donc, il faut… quand on fait grève, faut pas saborder saboter son outil de travail. Faut… enfin, c'est mon point de vue. Il est peut-être pas bon, mais c'est le mien.

Q : Non, ben, c'est sûr qu'après, bon…

R : Il vaut ce qu'il vaut. Il vaut ce qu'il vaut. Non…

Q : Quand on débloque une grève, il faut savoir quand la reprendre… quand la finir aussi.

R : Moi, je pense quand on a… chaque fois, qu'on a fait grève, on avait eu des discussions qui n'avaient pas abouti et on a fait grève pour appuyer ces discussions?là.

Q : Ah bon ?

R : Mais, on faisait pas grève comme ça de but en blanc pour dire on fait grève pour obtenir… quand on demandait quelque chose, souvent, on apportait la preuve que c'était normal. J'me souviens dans une des premières grèves, il faut savoir que dans l'usine, à l'époque, y'avait pas de toilettes, y'avait pas de douche.

Q : Ouais.

R : Donc, on allait faire… les gens, ils allaient aux toilettes, y'avait une espèce de petit bâtiment qui était au-dessus la rivière, si vous voulez, un trou et pis hop… bon, c'était quand même… on approchait quand même l'an 2000, ça devenait quand même catastrophique.

Q : Et vous revendiquiez ça ?

R : Alors, bon, on avait demandé à avoir des toilettes et des douches correctes. On nous les avait refusées. Faut savoir que les gens n'avaient pas de vestiaires dans l'usine. Ils se déshabillaient un peu n'importe où, alors quand on sait que l'eau qui est utilisée pour transporter les betteraves, c'est de l'eau boueuse, puisque la densité pour transporter une betterave, si on veut la transporter avec de l'eau, il faut que l'eau soit plus lourde que la betterave. Donc, l'eau n'étant pas plus lourde que la betterave, faut que ça soit de l'eau boueuse. L'eau boueuse a une densité bien supérieure à la betterave, donc on peut transporter la betterave.

Q : Ouais.

R : Mais de l'eau boueuse, ça veut dire de l'eau qui sent mauvais. Donc, quand vous enlevez vos habits que vous avez pour aller chez vous, vous les pendez dans l'usine et que vous les reprenez 8 heures après, eh ben…

Q : Ça sent ?

R : Vous, vous sentez pas parce que vous avez l'habitude, mais quand vous arrivez chez vous, c'est… vous empestez la maison. Ça n'était quand même pas tout à fait normal. Donc, on avait fait grève un petit peu pour ça et j'me souviens d'un accrochage que j'avais eu avec des agriculteurs. Je les avais emmenés aux toilettes. J'ai dit : maintenant, dites-moi ce que vous en pensez ? Ah ! Y'en a un il était outré, un agriculteur par là, de l'autre côté de Guise.

Q : Investisseur ?

R : Investisseur. Il était un petit peu outré. Il dit : c'est pas possible. J'ai dit : si. J'ai dit : je vais vous montrer les vestiaires dans l'usine et pis de là, ça a démarré, si vous voulez, parce que, à partir du moment où on avait un agriculteur… les autres qui étaient là n'ont rien dit, c'est le seul qui a parlé. Et à partir de là, quand on est allé en réunion, là, la situation s'est débloquée. Mais c'était pas utopique ce qu'on demandait, c'était pas… Donc, on avait fait grève pour obtenir et on a obtenu. Après je l'ai dit à Monsieur … je lui dis : écoutez, Monsieur, suite à nos discussions qu'on avait eues, si vous aviez voulu faire un tant soit peu, vous n'auriez pas eu de grève. Faut être logique.

Q : Ouais.

R : Mais, bon, il voulait montrer qu'il était le patron, quoi. Comme j'ai dit… comme j'ai dit : de toute façon, un patron, il en faut un.

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