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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Le système de formation interne à la sucrerie et l'ambiance générale au travail

R : Le problème est toujours… existe toujours, parce que… dans tous les domaines. Y'a des gens, ils veulent pas faire l'effort d'apprendre un métier. Moi, j'y peux rien. J'connais un gars en ce moment-là qui qui est au chômage, il veut travailler à l'extérieur. J'ai donné toutes les conditions pour qu'il passe son permis poids lourd parce qu'il sait conduire les tracteurs, les moissonneuses-batteuses. J'ai dit : nous, on a besoin d'un chauffeur qu'on peut avoir confiance, qui boit pas, qui fume pas, qui sera… qui est dans les chemins toute la journée, on peut pas être derrière lui. On a besoin d'un chauffeur comme toi. Il est jeune, il a 30 ans, j'ai dit : passe ton permis poids lourd, on t'embauche. Il veut pas. Qu'est-ce que vous voulez faire ?

Q : Ah bon ?

R : J'ai dit, moi : tu vas à l'ANPE, je peux même te donner des organismes qui sont prêts à te payer ton permis.

Q : Ben oui.

R : Oh, non, non, non. Qu'est-ce que vous voulez faire ? Vous pouvez aider les gens que dans la mesure où ils veulent. Ils ont la volonté de faire quelque chose.

Q : Et en ce temps-là, y'avait aussi des… des gens qui souhaitaient… enfin, qui ne souhaitaient pas forcément être aidés ou… ?

R : Moi, j'ai vu à la sucrerie, j'sais plus en quelle année, c'était dans les trois-quatre premières années que j'étais à la sucrerie, y'avait des gens, ils me disaient : ben moi, j'aimerais bien souder, j'aimerais bien ceci. Bon, j'disais : écoute, c'est pas compliqué. Je vais organiser au sein de l'AFIDA des cours de soudure. Bon, y'a des gens qui sont venus une fois et pis, sont pas venus deux fois. Au début, on a démarré, on avait 12 personnes. Au bout de la quatrième séance, y'avait… il restait 3 personnes parce que les gens, ils disaient : oh, la soudure, c'est ça, ça m'intéresse plus.

Q : Des gens de la sucrerie qui… ?

R : Ouais, ouais, ouais.

Q : Mais qui venaient volontairement ou… ?

R : Oui, oui, oui, qui étaient venus volontairement, parce qu'ils étaient manœuvres, ils étaient balayeurs, ils étaient… Ils pensaient que la soudure, il suffisait de prendre une baguette et pis, de souder ou de prendre un chalumeau… Ah non, c'est pas ça la soudure. La soudure, ça s'apprend, c'est comme tous les métiers. Si on veut faire un mécanicien, c'est pas dire : ah, je l'ai vu démonter la pompe, je vais la remettre en place. Non, la pompe… non, la pompe, ça se met pas en place comme ça. Il faut l'ajuster, faut ajuster les pièces, il faut… comme chaque métier.

Q : Et y'en avait beaucoup comme vous qui proposaient d'expliquer un peu le métier ?

R : Oui, ben… Bon, vous verrez… Enfin, Monsieur , vous voyez avec lui, il est très bien, et il a sorti des gens, lui aussi… des mécaniciens, auxquels il a appris le métier, auxquels il a appris le métier.

Q : Et euh… volontairement, enfin du moins…?

R : Volontairement, volontairement, de lui-même. Moi, j'ai appris le métier de chaudronnier à un gars qui travaille toujours là. Je l'ai eu apprenti, enfin, apprenti, il avait déjà… il avait déjà fait l'armée. Il est venu travailler avec moi. Je lui ai dit : est-ce que ça t'intéresse ? Il me dit : oui. Ben, j'dis : je vais t'apprendre la chaudronnerie. Je vais pas te l'apprendre comme on l'apprend à l'école, parce que c'est trop compliqué. Tu vas pas faire du dessin géométrique. Moi, j'vais t'apprendre la chaudronnerie avec les astuces, parce que quand on fait un développé de pièces, par exemple, on peut la faire à la géométrie, qui est logique, mais on peut la faire d'une autre façon. Et ça, c'est des astuces du métier pour aller plus vite.

Q : Et vous aviez…

R : Et ce gars-là, il est resté trois ans avec moi et au bout de trois ans, il avait sa caisse à outils, il est chaudronnier et depuis ce temps-là, il fait de la chaudronnerie.

Q : C'est formidable ça quand même de… de pouvoir s'aider comme ça.

R : J'ai formé… Au cours de ma carrière, j'ai formé trois personnes comme ça, trois gars qui voulaient… qui voulaient s'en sortir.

Q : Et qui à la base étaient euh…

R : A la base, ils n'avaient rien.

Q : Ouais.

R : A la base, ils n'avaient rien.

Q : Ah donc, c'est… Et en fin de… A la fin de votre carrière là-bas, y'avait encore ce genre de système où… ?

R : Ben, euh… je sais pas si ça existe toujours. Quand j'suis parti, ça pouvait encore se faire, mais ça devient de plus en plus difficile, parce que les les horaires, les gens travaillent de moins en mois et pis, l'ambiance au travail n'est plus la même. Y'a plus l'ambiance camarade qui y avait à l'époque.

Q : Ah bon ?

R : Mais je pense que l'ambiance dans les usines n'est plus du tout… y'avait un côté entraide.

Q : Oui.

R : Dans les usines. Je pense qu'il a complètement disparu. Bon, y'a tout eu… y'a toujours eu, si vous voulez, dans un groupe une brebis galeuse. Ça, ça a toujours existé, ça existera toujours. Y'a toujours des gens pour essayer de fiche la pagaille. Mais, bon, ces gens-là, il suffit de pas en tenir compte ou de les éliminer et puis… Moi, je me souviens de l'entraide qui y a eu à la sucrerie, qui était vraiment sympa, quoi, parce que…

Q : Et c'était une entraide formation ou y'avait encore d'autres choses ?

R : Oui, dans tous les domaines. Vous aviez quelqu'un dans la panade, ben, c'était… c'était… vous aviez toujours quelqu'un pour venir, lui donner un coup de main. On essayait… On essayait toujours de… Celui qui était un petit peu dans l'embarras, quoi, de le sortir de là.

Q : Et maintenant non ?

R : Ben, je pense que c'est beaucoup indivu individualiste.

Q : Ah bon ?

R : Oui. C'est beaucoup chacun pour soi.

Q : Ouais.

R : C'est… enfin, d'après ce que j'entends, parce que je le vis plus, mais j'entends les gens quand ils parlent, ils se méfient toujours de celui qui est à côté, alors que ça, bon, dénoncer… Y'avait toujours des gens, moi, j'pourrais citer des cas, de gens qui sont encore vivants d'ailleurs, un jour, qui sont allés dénoncer à mon patron certaines choses sur mon dos et d'ailleurs, j'avais été appelé au bureau à cette époque-là et ça avait… j'avais pris une bonne engueulade, comme on dit. Mais j'avais laissé dire et ensuite, j'ai donné l'explication au patron. J'ai donné l'explication. Il m'dit : vous êtes sûr de ce que vous me dites. J'dis : non seulement j'en suis sûr, mais je vous l'affirme. Et, une huitaine de jours après, il était repassé à l'atelier, il s'arrête et me dit : je vous donne confirmation de la discussion qu'on a eue. J'dis : je vous remercie. Donc, il avait fait sa petite enquête par quelqu'un d'autre et il s'est trouvé que la personne qui voulait me… c'est elle qui a été… qui s'est fait avoir.

Q : Ouais ?

R : Ah ben oui, quand on veut entasser quelqu'un, il faut être blanc. Si vous avez quelque chose à vous reprocher, y'a quelqu'un qui le sait.

Q : Ouais. Ça se sait toujours.

R : Ah oui. Alors, c'est ça le problème. Mais, bon, des cas comme ça… des cas
comme ça, y'en a toujours.
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