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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Le statut spécifique de la sucrerie et les investissements des agriculteurs

Q : Et vous avez eu ça… enfin, cet acquis-là, vous l'avez gagné comment ? C'étaient des syndicats qui se sont battus ?

R : Ah ouais, ouais, ouais, on avait le syndicat CFDT. Bon, il a fallu plusieurs grèves, mais… dont quelques-unes qui ont été musclées quand même.

Q : Vous aviez participé également à ces grèves-là et tout ?

R : Oui, oui. Mais, je pense que le problème qui se pose aujourd'hui et qui se posait à l'époque, c'est que le directeur ou le patron qui est dans une boîte, si vous voulez, il voit ses difficultés, il voit ses difficultés financières, il voit… et les syndicats qui demandent quelque chose, ils se disent ben, le patron, il gagne, il gagne des sommes astronomiques et on n'a pas de retombée, alors que quelque fois, c'est faux. Quelque fois c'est faux, parce que, si ma mémoire ne me fait pas défaut, en 73, y'a eu de grosses difficultés dans les sucreries, d'ailleurs y'a plusieurs sucreries qui ont fermé à l'époque, et je sais que la question s'est posée de savoir si la sucrerie d'Origny n'allait pas fermer également.

Q : Vous vous êtes déjà posé cette question-là ?

R : Ben, nous, on s'était pas posé, dans l'usine, la question. Maintenant, je le sais parce que je suis resté bien avec des gens qui étaient au conseil d'administration, qui sont des gros agriculteurs du coin et j'ai encore eu l'occasion d'en discuter la semaine dernière avec un. Ils se sont posés la question de savoir s'ils allaient fermer la boîte, parce que… Alors, le statut de la sucrerie d'Origny était un peu spécial, étant donné que c'était un statut coopérative agricole.

Q : Ouais, vous avez déjà les fournisseurs.

R : Voilà. Et, à l'époque, le directeur, Monsieur, a réussi à convaincre… parce que toutes les sucreries de l'époque qui n'ont pas fait l'effort des investissements, ils ont fermé. Ça, y'a pas eu de… y'a pas eu de de… Ils n'ont pas pu faire autre chose que fermer. Il fallait donc investir, investir pour travailler… enfin, pour avoir plus de rendement et moins de dépenses.

Q : Et ça, c'étaient les agriculteurs du coin qui ont fait ça ?

R : Et Monsieur a su convaincre les agriculteurs de laisser une part de l'argent qui leur revenait sur les betteraves, pour faire les investissements et il s'est autofinancé comme ça et il a pu faire des investissements assez conséquents, qui ont permis à la sucrerie d'être ce qu'elle est aujourd'hui.

Q : D'accord. Mais y'a eu quand même un combat à côté de ça, quoi ?

R : Y'a eu un combat, oui, un combat.

Q : Ça a duré longtemps ou…?

R : Ben, un combat, ça dure, oui, ça a duré… ça a duré 4-5 ans quand même de de difficultés plus ou moins importantes. Mais c'est ce que je dis toujours, le problème c'est que… le problème du patron n'est peut-être pas suffisamment connu par les employés.

Q : Donc, les deux parties n'ont pas les mêmes attentes, quoi ?

R : Ah ben non, parce que le le directeur, lui qui est là, lui, il faut qu'il fasse des bénéfices pour payer les actionnaires, parce qu'en réalité, les agriculteurs sont des actionnaires, donc il faut que tout le monde y retrouve ses billes. L'ouvrier, il se dit, lui, moi, ce que je vois, c'est qu'il se paye des ceci des cela et il fait des investissements, mais beaucoup de gens… moi je le vois encore aujourd'hui, des fois, en discutant, les investissements, il faut savoir, qu'une usine qui n'investit pas est une usine qui ferme.

Q : Et quand vous parlez d'investissements, c'est investissements matériels ou… ?

R : Investissements matériels, investissements matériels. Aujourd'hui, la sucrerie d'Origny, si elle était restée au stade… même en augmentant sa capacité, si elle était restée au stade de main d'œuvre qu'il y avait à l'époque, elle ne pouvait plus fonctionner.

Q : Ah bon ?

R : Ça va trop vite. Et les interventions aujourd'hui, quand on sait le prix d'un arrêt, enfin j'ai pas les chiffres, mais un arrêt d'1 heure de l'usine, la dépense que ça engendre, il faut absolument que quand la salle de contrôle détecte une anomalie quelconque, ce soit résolu dans les minutes qui suivent. C'est le seul moyen à la fin du combat d'avoir de la tune, comme on dit. Ça, y'a pas. C'est comme ça qu'il faut… Alors, combien de fois j'ai dit aux gars… parce que je faisais partie du syndicat, j'étais délégué syndical… je disais, moi, le patron qui gagne des sous, c'est mon objectif, parce que s'il gagne des sous, il m'en donnera.

Q : C'est bon signe.

R : Ah non, mais s'il gagne des sous, il va m'en donner. S'il n'en gagne pas, il m'en donnera pas, il me mettra à la porte. Donc, il faut que chacun se mette bien dans la tête qu'une boîte, ça fonctionne avec un patron, ça fonctionne avec des fonds, ça fonctionne avec des ouvriers, mais il faut que les ouvriers, d'un autre côté, ils mettent du leur. Faut pas faire grève pour le plaisir de faire grève.

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