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Un ouvrier, délégué syndical à la sucrerie d'Origny-Sainte-Benoîte

Les mouvements de grève. Les propositions et les revendications des syndicats à la direction. Les acquis des syndicats.

Q : Y'en avait… Les mouvements de grève étaient vraiment énormes ou… ?

R : Oui, y'a eu des mouvements de grève énormes, puisqu'on a fermé une année… Une année, on a fermé les grilles de la sucrerie. D'ailleurs, c'est des agriculteurs qui sont venus l'ouvrir. Y'avait 130 grévistes dehors et 200 agriculteurs à l'intérieur.

Q : Ah bon ?

R : Ah oui, oui, ça… Mais ça a servi, ça a servi, ça a servi parce que, finalement, en tant que syndicaliste, on a amené que des points positifs. Si vous voulez, on ne se contentait pas de demander des augmentations de salaire. Avec un collègue, qui est décédé maintenant, je lui disais toujours quand on va demander de l'augmentation, il faut qu'on soit capable de dire au patron, attention si là on fait des travaux comme ça et comme ça, on améliore le travail du gars et on améliore le travail pour la sucrerie, autrement dit on lui fait gagner de l'argent. C'est… c'est le principe, c'est le principe de la boîte à idées dans certaines usines.

Q : Ouais.

R : Vous avez certaines usines, moi je connais une usine à Caen par exemple, qui… c'est vieux puisque j'avais mon beau-frère qui était directeur là-dedans… y'avait des boîtes dans l'usine et l'ouvrier qui avait un poste, tous les mois il avait il avait une feuille et il disait ben si on faisait ça comme ça ou si on changeait ça et il donnait son idée. Et toutes ces idées étaient revues dans une réunion…

Q : C'était pris en compte réellement ?

R : Bon, y'avait des idées qui étaient rejetées, parce que y'a toujours des gens qui ont des idées un peu farfelues, quoi, mais ça c'est normal, ça fait partie du jeu, mais y'avait des idées… des idées qui étaient… Mon beau-frère, il m'a dit, y'a des choses que moi, en tant qu'ingénieur, qu'il n'aurait jamais pensé. Parce que le gars, sur place, qui fabrique, il voit, il est en plaisance.

Q : Ouais, il connaît bien le truc, quoi.

R : Voilà et quand on en tient compte, ben… Moi, je me suis rendu compte… J'avais fait la démonstration à Monsieur à une époque, c'était au sujet des accidents du travail. On avait eu, j'sais plus combien d'accidents, pas d'accidents graves, mais des accidents à répétition un peu dans l'usine…

Q : Du genre ?

R : Ben, un pied écrasé, enfin des trucs comme ça, parce qu'il y avait pas de chaussures de sécurité, y'avait pas de casque, y'avait pas de… et on avait fait le… avec un collègue là, qui travaillait à la Sécurité Sociale, on avait fait le bilan, un peu, de ce que ça coûtait à la société tous ces accidents.

Q : Ah bon ?

R : En arrêt de travail et tout ce qui s'ensuit et on avait dit, ben, si on achète des chaussures de sécurité, des gants et des casques au personnel, ça coûte tant. On s'est aperçu que ce qu'on achetait représentait même pas le centième de ce que ça coûtait à la société les arrêts de travail.

Q : Et vous avez proposé ça après ?

R : Et on a proposé ça et on l'a obtenu.

Q : Directement ?

R : Euh, oui, bon, y'a eu une petite discussion, mais y'a pas eu de… parce qu'on amenait la preuve. On amenait des preuves. On amenait des chiffres.

Q : C'était appuyé, quoi ?

R : C'était appuyé, parce qu'il était évident que quand vous avez une personne qui fait un travail bien déterminé dans l'usine, qui a l'habitude, sur qui on peut compter, qui a un accident et qui est arrêté trois mois, il faut le remplacer. Bon, vous le remplacez, vous le remplacez par une personne, souvent qui connaît pas le travail, donc il faut qu'il se fasse au poste. Vous avez une perte de temps, vous avez une perte de beaucoup de choses. Donc, si vous faites le calcul de tout ça, vous vous rendez compte qu'il est plus rentable de payer une paire de chaussures, un casque et des gants et on a réduit les accidents à la sucrerie de plus de 90 %.

Q : Grâce à… grâce donc à…

R : Aux quelques… aux quelques sécurités qu'on a pu mettre en place.

Q : D'accord.

R : Comme quoi, un syndicat n'est pas toujours négatif.

Q : Et y'avait d'autres syndicats ?

R : Non, on était le seul syndicat. Le syndicat CGT n'a jamais réussi à s'implanter.

Q : Ouais.

R : Pourquoi ? Pourtant y'avait des gens qui étaient là Cgtistes, mais ils n'ont jamais réussi à faire une section, parce qu'ils partaient pas sur les mêmes bases que nous. Ils étaient là pour le fric.

Q : Et vous aviez plus d'adhérents peut-être aussi ?

R : Ben, oui, ben du fait qu'on avait obtenu quand même beaucoup de choses, puisqu'on avait obtenu quand même… après quand l'usine a commencé à refaire des bénéfices, on avait obtenu une prime d'électricité, une prime de chauffage, une prime de logement pour tout le monde.

Q : Une prime d'électricité ?

R : Ouais, ouais, ouais.

Q : Et même logement ?
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