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La vie et le travail d'un ouvrier polyvalent à la sucrerie d'Abbeville

La formation professionnelle et le paiement des salaires et des retraites

Q1 : Pourriez-vous nous raconter votre premier jour à l'usine ?

R2 : A l'usine ?

Q1 : Oui, à la sucrerie.

R2 : Oui, ben oui, je peux vous raconter que j'ai été embauché aussitôt la guerre, l'usine a été reconstruite, reconstruite provisoirement, on a travaillé sans couverture dans l'usine, on a travaillé cinquante jours, parce qu'il n'y avait pas de betteraves de plantées assez, et pis, on ne pouvait pas le travailler. J'étais, c'était en 46, aussitôt la guerre. On a récupéré les vieilles machines qui étaient brûlées, mais enfin qu'on a pu mettre en route, on a travaillé avec des vieux matériels et après on a fait la reconstruction l'année d'après. Grâce à Monsieur Legène, on avait réussi à la mettre en route pour pouvoir avoir l'usine qui reste sur Abbeville, parce qu'autrement elle partait ailleurs. Enfin, cette journée-là, c'était rien que des pannes toutes les heures, ça on s'en rappellera et pis les blessés, parce que les machines qui y avaient, ils cassaient, on voulait réparer en vitesse et pis on s'esquintait, il y a eu un pied d'arraché, mais enfin, c'était une triste journée, mais on a été content de remettre en route l'usine. C'est tout ce qui s'est passé le premier jour et après on a nettoyé et puis on a rebâti. Là, on a commencé à rebâtir.

Q1 : OK.

R2 : Après bon l'usine a tourné de plus en plus moderne, puisque à la fin, moi j'étais, j'ai appris mon métier à la sucrerie même, parce que, à cette époque-là, on pouvait apprendre sur place, mais jusque 68, c'était une direction, on peut pas dire, pépère, surtout des gens qui ne voulaient pas qu'on sache comment qu'on faisait du sucre. En 68, on a eu un ingénieur qui sortait de polytechnique, qui a passé directeur après. Alors lui, il a commencé par nous apprendre à faire du sucre, à tous les services et moi, ils m'ont envoyé à l'école à Paris pour faire de l'électronique. J'ai fait de la régulation jusqu'à la fin de ma carrière. Mais grâce à la nouvelle direction. Tous ceux qui ont voulu apprendre un métier l'ont appris. Il a envoyé tout le monde à l'école. Moi, j'étais à Paris et puis au lycée technique à Escarbotin, j'ai été à Chevrières, j'ai été à l'école des Mines à Douai, envoyé par mon patron, et tout ça frais payés, j'ai appris un métier, je suis sorti avec une qualification, j'étais pas malheureux et je ne suis pas encore malheureux, parce que ma retraite, ma retraite, elle équivaut à mon salaire, parce que pourquoi ? Parce qu'on a eu une direction, je vous dis comme ça.

R1 : Moderne.

R2 : Moderne. On a eu un patron, là, on était tous à l'usine, on avait tous une spécialité, on était tous qualifiés sur le salaire, mais en prime, pas en qualification.

R1 : Du temps de Monsieur Legène.

R2 : Oui, jusqu'en 68. L'ingénieur est arrivé, il a fait grève avec nous en 68 et il s'est intéressé à l'usine avec nous, à la porte dehors, on parlait de services, on parlait de travail, ce qui allait, ce qui n'allait pas, et quand il a passé directeur, tout le monde a été qualifié, c'est-à-dire que sur votre fiche de paie, y avait marqué votre qualification. Tandis qu'avant c'était tout le monde C2, C3, manœuvre spécialisé, c'est tout. Tandis qu'après on a eu un salaire et tous, hein, y a pas que moi, c'est tout le monde.

R1 : (???) pour la retraite, ça ne marche pas.

Q1 : Hum.

R2 : Comme la retraite, elle est payée sur l'échelon, pour les caisses complémentaires, je parle, si vous avez un échelon bas, c'est calculé sur l'échelon bas, tandis que si vous avez votre qualification, rien que de marquer sur la fiche de paie, c'est là-dessus qu'on verse. Voilà. On a eu la chance, je vous dis, d'avoir cet ingénieur. Et lui, n'a pas eu de chance, malheureusement, il a perdu sa femme. Mais ça, on peut dire merci à Monsieur Laure. Ça j'ai toujours pensé comme lui. Lui, il a fait un travail à l'usine, on a refait une usine entière. On a commencé par bâtir la diffusion.

R1 : Vous connaissez la sucrerie, non ?

Q1 : On est passé devant.

R2 : Maintenant c'est une usine tellement moderne, que, il n'y a plus personne. Quand j'y ai été l'année dernière visité, je l'avais emmenée, elle avait jamais vu l'usine . Mais, moi, je la reconnaissais encore, mais heu, il n'y a plus de personnel. On ne voit plus le sucre. Le sucre, il est disparu. On a pas le droit d'y approcher, parce que pour la propreté, soi-disant, alors, on ne voit pas. Vous allez voir une sucrerie, vous voyez des machines qui tournent, mais vous ne voyez pas ce qu'il y a dedans. On a eu un directeur qui nous a fait visiter, mais lui, il n'y connaissait pas grand chose. Alors, je lui posais des questions, il me répondait pas. Non, tandis qu'avant, remarquez, là, ils ont peur qu'elle ferme, parce que par rachat d'usine en usine, pis, maintenant, ils vont se remettre avec des sucreries de la maison, c'était Béghin Say, avant cette époque, ils vont se remettre avec des sucreries comme Connante, qui sont toujours dans le groupe, alors on ne comprend pas. Les ouvriers, ils ont peur. On a eu des moments comme ça, avant, je ne sais plus en quelle année. On a eu, quand on a eu monté la diffusion, on s'est aperçu qu'on avait une belle machine pour diffuser le jus de betterave, on avait pas le reste, on n'avait pas de carbonatation, il nous manquait un four à chaux, il nous manquait du gaz. La direction, à Paris, ne voulait pas. Elle ne voulait pas que l'on fasse de travaux plus. Alors, on ne pouvait pas aller plus vite, ni bien, parce qu'on était limité derrière. La diffusion, ça allait bien, mais après c'était fini. J'étais secrétaire du comité d'entreprise, à cette époque, j'ai pris deux délégués, et pis j'ai été voir Monsieur le Maire d'Abbeville, Monsieur Max Lejeune. Il m'avait toujours dit quand quelque chose ne va pas dans l'usine, il faut le dire. Lui, il est intervenu à la direction centrale à Paris et la réunion du comité d'entreprise après, c'était plus le même directeur, c'était Monsieur Vilain, il nous a dit, ça y est, on a notre carbonatation, mais j'ai été aidé. Il ne nous a pas dit pourquoi, mais…, et à partir de cette époque-là, on a eu la carbonatation, le four à chaux, après on a tout modernisé. L'usine est tellement moderne que je vous dis, on ne la reconnaît pas. Elle marche, je crois qu'elle marche à ce moment-ci à, dans les 10.000 tonnes/jour de betteraves lavées. A c'est un paquet de betteraves. Oui, mais on ne voit pas le sucre sortir. Voilà, pis pourtant, il sort.

R1 : Mais avant, quand ça a commencé, combien, ils en faisaient par jour ?

R2 : De quoi ?

R1 : De betteraves.

R2 : Ah ben oui, c'étaient 800 tonnes/jour, parce qu'on avait à la sucrerie d'Abbeville, on avait quatre râperies qui tournaient. Y avait Saint-Riquier, Crécy en Ponthieux, Martainneville et Quesnoy le Montant…

R1 : Et le jus, il arrivait ?

R2 : Le jus arrivait arrivait dans la tuyauterie dans, à l'usine, on travaillait le jus en même temps. Ça faisait beaucoup de personnel. On était en campagne huit cent personnes avec les râperies. Y avait les bascules de betteraves aussi, dans les champs. On posait les betteraves dans les champs, pis après les grues venaient les chercher. C'est ce que j'ai commencé à faire en 46, en 47, grutier, dans les champs. Et puis après j'ai passé comme mécanicien à grue, pis après, je vous dis, la direction est arrivée, il m'a dit on supprime les grues, je vous envoie à l'école, si ça vous intéresse. J'avais 40 ans, hein. Ah oui. J'ai refait avec l'ingénieur de l'usine, deux fois par semaine, quatre heures de math, ah oui.

Q1 : En effet.

R2 : Apprendre un peu l'allemand, parce qu'on avait tout le matériel allemand. Il a fallu s'occuper de tout ça. On m'a dit que j'étais fou, parce que j'étais vieux, mais oui…

R1 : 40 ans, c'est pas core vieux, moi je trouve.

Q1 : Non, franchement.

R2 : Non, mais à cette époque-là, pour aller à l'école.

R1 : Maintenant, on se forme quand même plus qu'avant.

Q1 : Oui beaucoup.

R1 : Que dans le temps.

R2 : C'est-à-dire que moi, celui qui m'a remplacé quand j'ai parti en retraite, il avait deux BTS, un d'électronicien tout ça, mais il ne connaissait pas le travail. C'était impossible, il n'avait jamais vu une usine tourner. Il croyait qu'il allait réparer comme ça, il allait le démonter dans son bureau pis le réparer, mais non, l'usine faut qu'elle tourne. Alors donc, il fallait dépanner sur place. Ça c'est autre chose, mais enfin, c'est une bonne…, moi j'ai aimé mon métier après 68, parce qu'on était récompensé.

R1 : Mais là, vous faites une machine comme ça dessus, mais moi je serais vous je téléphonerais à la sucrerie pour avoir le droit de visiter, vous avez le droit de visiter.

R2 : Ah oui.

R1 : Il y a des jours de visite.

R2 : Il y a des jours de visite. C'est bien à voir.

Q1 : Ça doit être intéressant.

R2 : On s'adresse au secrétariat, il vous donne le jour.

R1 : On est pas beaucoup pour visiter.

R2 : Non, jamais plus de quinze.

R1 : Nous, quand on y a été, on n'était même pas à quinze.

R2 : Je me rappelle plus. Les inscriptions qui y a…

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