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La vie et le travail d'un ouvrier polyvalent à la sucrerie d'Abbeville

L'évolution technique de l'usine et la réduction du personnel et sa formation

d'abord, tu as visité l'usine avec moi, t'as vu, on n'a pas rencontré personne.

R1 : Non, mais c'est drôle.

R2 : C'est une usine fantôme. Le peu qu'il y a, ils sont enfermés dans une cabine devant un ordinateur, parce que maintenant, si on marche, je parle en automatique, la diffusion, on lui demande 200 tonnes/heure, tout y doit suivre derrière, la vapeur, si on veut, si on veut faire tant de tonnes, il faut que ça suit, tout y suit, alors la vapeur, faut qu'elle soit faite par la chaufferie, donc la chaufferie faut qu'elle suive l'ordinateur, tout le monde est enfermé. On ne voit personne. Moi, j'ai fait mes dernières années la nuit, la nuit, on était à douze. Hein, il y avait deux mécaniciens, deux électriciens, pour la régulation, il y avait un surveillant, et pis après, il y en avait un qui se promenait aux cuites. Y avait personne, c'est une usine triste !

R1 : Comme partout !

R2 : Partout pareil. Dans le jour, forcément, vous avez des gens qui viennent en plus, parce que dans le jour c'est au moment que l'on fait le nettoyage de certaines choses, quoi. Alors, il y a du monde un peu qui se promène, quoi, qu'on voit, mais autrement il n'y a personne. Vous avez un garde laveur, où il y a du monde, c'est pour affûter les couteaux, par exemple, ils sont à deux, avant ils étaient à six, maintenant c'est une machine qui les affûte. Ah oui, avant, il y avait tout le monde aux petites meules, et pis, des journées entières à affûter. Je vous dis, ça, on ne reconnaît plus son travail du tout. Moi, je me suis reconnu parce que je connais la marche de l'usine, mais quelqu'un qui n'a jamais vu une usine, il n'a rien compris quand il a sorti. Tel que j'ai été visité avec le directeur qui y avait il y a deux ans, on n'a rien compris, personne. Ils sont restés sur leur faim. Son fils, il était venu, pis son petit-fils, eux, ça les intéressait, mais ils n'ont rien compris. Ils ont vu des tuyaux, ils ont vu des machines, ils ont vu tout ça, mais…

R1 : Oh ben, il l'avait vue avant déjà du temps de son père.

R2 : Oui, mais là, il n'a rien vu.

R1 : Non.

R2 : Il l'a bien dit.

R1 : Non, on ne voit personne.

R2 : Avant, je vous le dis, il y avait du monde. Mais ça diminuait tous les ans, quand on a parti en retraite, en 83, on a parti, je ne sais plus si ce n'est pas une vingtaine, enfin vingt et quelque chose, et qui c'est qui a été remplacé ? Moi. C'est tout. Les autres n'ont pas été remplacés. Alors celui qui m'a remplacé, forcément, il avait ses deux BTS. C'était pour venir à ce poste-là qu'il a été embauché. Il a fait six mois avec moi. Le patron, il m'a dit, vous restez encore jusqu'à la fin de la campagne. Je lui dis non, le premier juillet j'arrête, terminé, au revoir Monsieur ! Il a bien fallu que l'autre, il s'y mette. Ah oui, il avait été à l'école, pis alors, l'autre jour, on l'a vu, vous pouvez lui demander, il m'estime bien, je l'ai appris à travailler un peu. Ce que je savais, en sucrerie, parce que tout ce qu'il avait lui, c'était l'électronique, c'était l'électricité, c'était tout ça, mais il ne connaissait pas une marche de l'usine. C'est pour ça que là…

R1 : Avant de commencer votre travail, n'importe qui, ou alors il faut faire des stages avant. Et pis, vous avez des personnes qui ne veulent pas vous mettre en route, maintenant les jeunes.

R2 : Oh ben non. Ben, quand j'ai mis en route, c'était ça, moi. Quand j'ai mis en route, y avait pas un ouvrier qualifié dans l'usine, les anciens qui y étaient d'avant-guerre, ils avaient 70 ans, on travaillait encore, hein, oui, on travaillait encore, et ben quand je leur demandais un renseignement pour une bricole de rien, débrouille toi, ah oui, ben, un copain, il a toujours eu un gars comme ça, qui n'a jamais passé plus loin, il n'a jamais appris à travailler, c'est malheureux, parce qu'il ne voulait pas. Dans le temps, on ne voulait pas. Pis, il était soutenu par leur direction en plus, hein. Seulement, quand vous arrivez pour apprendre à travailler, pis qu'on vous dit rien, c'est pas la peine. Moi, j'ai eu la chance de tomber sur un gars qui m'a appris la mécanique, j'ai appris sur place, ben, il m'a appris. Et c'est pour ça que j'ai pu monter après. Voilà, autrement j'aurai pas pu.
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