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La vie et le travail d'un ouvrier polyvalent à la sucrerie d'Abbeville

Les actions du comité d'entreprise

Q1 : Ben, en fait, vous avez fait parti du comité d'entreprise, donc, en fait qu'est-ce que vous avez fait dedans ?

R2 : Comité d'entreprise, je vais vous dire que, comité d'entreprise dans les grandes entreprises, comme nous, au départ, sur Abbeville, j'ai été élu, je ne sais plus en quelle année, c'est vieux, enfin, j'étais déjà membre du comité d'entreprise, pis après j'étais secrétaire du comité d'entreprise, mais au départ, on n'avait pas d'argent, on avait que les cotisations ouvrières et patronales, 70 centimes chacun. Quand je faisais un arbre de Noël, que j'avais 200 enfants, il fallait que je racle les fonds de tiroir. J'allais acheter mes jouets à Paris, ben, quand je passais derrière le comité d'entreprise de Renault, par exemple, il commandait 2000 voitures pareilles, euh, hein, j'avais l'air fin. Moi, j'ai, bon alors, j'ai fait des arbres de Noël, j'ai fait la fête du personnel, j'ai fait les bals, c'est tout ce que j'ai fait en principe, parce qu'on n'avait pas d'argent.

R1 : Pas de voyage.

R2 : Si, on a fait des voyages, mais comme j'étais, quelques voyages, ah ben, j'ai fait la Belgique, mais enfin, on ne pouvait pas sortir beaucoup, on n'avait pas l'argent, y avait que l'argent, les gens, il fallait qu'ils cotisent pour rentrer monter dans un car, mais c'est pas la caisse qui pouvait donner d'argent.

R1 : Non.

R2 : On n'en avait pas. Bon, après, ça a été tablé sur le tonnage de sucre. Alors, là, il rentrait des sous, celui qui m'a remplacé s'est retrouvé avec de l'argent. Bon, j'ai resté délégué du personnel jusque, enfin délégué syndical jusqu'à la fin, jusqu'à partir en retraite, ça me permettait d'aller aux réunions, sans être au comité d'établissement, ni délégué du personnel. J'assistais à toutes les réunions. Et tout ça encore une fois parce que Monsieur Laure avait décidé qu'on pouvait faire. C'était dans la loi, avant on ne pouvait pas. Je suis toujours au syndicat, puisque vous voyez j'en reviens, je reviens de Paris. Là, j'attends, c'est pour la caisse de retraite, c'est plus pareil…

R1 : Ben si, ça intéresse quand même.

R2 : Ah ben oui. Oui, surtout si vous voulez prendre votre retraite. Je me suis fait attraper plus d'une fois, quand je rentrais de Paris et puis que je disais on a augmenté les cotisations à la caisse de retraite de 50 centimes, oh, là, là, quel argent qu'on va encore donner et ci et là.

Q1 : (Rire).

R2 : Et pourtant, tous ceux qui sont en retraite à la sucrerie, j'en ai pas connu un qui a retravaillé ailleurs. Voilà. T'as une bonne retraite toi aussi ? on a des retraites, on peut dire une retraire, parce que si vous avez une retraite pour végéter à votre maison, ce n'est pas une retraite.

Q1 : Non.

R2 : Nous, ça nous permet de sortir et puis de voyager.

Q1 : Avec le comité d'entreprise, vous organisiez des bals ?

R2 : Des quoi ?

Q1 : Des bals.

R2 : Oui, un par an.

Q1 : Et ça se passait comment ?

R2 : Bien.

R1 : Oh très bien. Il n'y avait pas de dispute.

R2 : Euh, non, j'ai pas eu à me plaindre des bals. D'abord, dès la première année
que j'ai fait bal, on l'a fait dans le magasin de la sucrerie, sur le ciment. Y'avait pas d'argent pour louer de salle.

Q1 : C'est sûr.

R2 : Après, on le faisait dans les salons de l'Hôtel de France et pis après on l'a fait une paire de fois à La Ferrière, au cinéma. Le dernier bal qui a été fait là, je m'en souviens, on l'avait fait au mois de mars. J'ai eu un de mes délégués qui devait venir le lendemain me donner un coup de main à sortir tout ce qui avait dans la salle. C'était le 1er avril. On m'a dit, Félix est décédé. C'est pas possible, il était encore là à une heure du matin, ben si. Il est décédé le 1er avril. Un de mes délégués. Je m'en rappellerai tout le temps, c'était le 1er avril. Ben, ça c'est le dernier bal que j'ai organisé, pis après ben je me suis retiré du comité d'établissement, bon pis après, tout de suite après c'était la retraite. Surtout quand Monsieur Laure, il m'avait envoyé à l'école tout ça, j'avais trop de travail, il faut dire. Enfin, j'ai été au comité d'établissement, je ne sais plus combien d'années, j'ai remplacé, puis après c'était qui m' a remplacé, voilà, après c'est un (???) comité d'entreprise alors. C'est tous les anciens de l'usine qui restent quoi, parce que je vous dis, j'en connais plus beaucoup. En vingt ans d'absence, ils sont partis, tout le monde en retraite. Déjà ceux qui sont partis en retraite en même temps que moi, il n'y en a plus beaucoup de vivants, alors, ça diminue, hein.

R1 : C'est vrai qu'il n'en reste plus beaucoup.


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