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La fabrication du velours

L'évolution des métiers à tisser chez Cosserat à Amiens ; le brevet "Cosserat", les métiers Dietrich

Q.2 : Mais, pour remettre un peu... Ils ont été abandonnés en quelle année, les métiers à tisser, chez Cosserat...

R.1 : "Abandonnés", c'est un bien grand mot... Quand je suis arrivé, il y avait des métiers qui avaient déjà pas loin de cent ans... C'était des métiers, je vous le disais dans un entretien précédent, c'est des métiers qui avaient été automatisés par Cosserat ; c'est-à-dire quand la trame se finissait... L'ouvrière... Le métier s'arrêtait... Elle remettait une autre navette pleine, à la main, dans le métier à tisser. Elle remettait en route. Alors, ils ont... automatisé les métiers c'est-à-dire quand la navette s'arrêtait, le métier s'arrêtait parce que la trame était terminée, une navette vide descendait, une navette pleine se chargeait... C'était pas du tout le système sur lequel.../// J'ai été régleur, très peu sur ce type de métier à tisser, c'était des métiers Walker...

Q.2 : C'est ce que vous avez appelé les brevets Cosserat ?

R.1 : Voilà... L'automatisation était le "brevet Cosserat"... Et après, ces métiers-là ont été démontés, à partir de 1953, par tranches, jusqu'en 1958... Je crois... 1957-58... Oh ! plus que ça... Je pense jusqu'en 1960. Ces métiers-là, au fur et à mesure, on a arrêté ces métiers-là parce qu'ils n'étaient plus rentables... parce qu'on faisait de la petite largeur... ainsi de suite. Donc, ils ont arrêté ces métiers-là, ils les ont cassés carrément, ils les ont mis à la casse... Ça, c'était dans la partie... du vieux velours... C'était la partie du vieux velours... Et, ils ont rache... té une première tranche de 148 métiers - modernes pour l'époque - à navettes... Beaucoup plus modernes... C'est ce que je vous disais tout à l'heure...

Q.2 : Les Dietrich

R.1 : Les Dietrich, en effet. C'était dans cette salle où il y avait eu au départ 510 métiers Walker et on a commencé, à la place de ces métiers-là, de mettre ces métiers modernes, 148 ; et en 1960, ils en ont racheté... 24 ; et en 1962, dans un atelier tout au bout, où on faisait du velours en grande largeur mais beaucoup plus fin, que nous appelions "les lisses", le velours lisse... Je crois qu'ils ont dû arrêter les métiers en 1962-63. Ils ont arrêté les métiers.

Q.2 : Tout, complètement s'est arrêté là ?

R.1 : Ah ! oui, là il n'y avait donc plus que les métiers Dietrich, seuls, qui travaillaient ! Nous avons été rachetés en août-septembre 1965 par les quatre frères Guyot et nous avons été inclus dans le consortium général textiles des quatre frères Guyot. Ils nous ont.../// Nous avions demandé à avoir des métiers nouveaux et ils nous ont imposé 60 métiers... d'occasion... d'une usine qu'ils avaient... dans l'est de la France, tout-à-fait au nord de la Meurthe-et-Moselle, vous voyez... à la frontière de l'Allemagne, au-dessus de Nancy... Mais vraiment à la frontière de l'Allemagne... 60 métiers SACM. C'était des métiers qui étaient mal entretenus, peu adaptés à faire du velours... Enfin, tant bien que mal, ils ont mis ces métiers-là en route...

Q.2 : Tout en conservant à côté les... ? ///

R.1 : Tout en conservant les Dietrich, à côté. D'ailleurs dans la salle, si vous venez, je vous montrerai, dans la salle où nous avons les expéditions actuellement, c'était là qu'il y avait les 173 métiers... Je dis 173 parce que tout à l'heure, dans le compte que je vous ai dit, il y a eu un métier qu'on a eu à laisser... qui est resté, en fait... C'était un métier avec quatre navettes qui se... qui allaient à tour de rôle...Hein !

Q.1 : Hum, hum

R.1 : Elle passait, par exemple, deux fois... Après, c'était une autre navette, deux fois... et ainsi de suite... Donc c'était plus pour mélanger les trames... Parce que les trames, plus ou moins, selon les arrivages de coton, le coton est plus ou moins jaune. Donc quand vous avez une navette qui fait 10 cm, le coton est jaune après vous avez une navette dont le coton qui va... sortir... va être un petit peu plus pâle... Ça fait des barres de trame... Donc avec ces mélangeurs de navettes, donc.../// Nous avions la possibilité de mélanger les trames. Donc, nous avons continué comme ça [...]

[...]

R.1 : En 197...7 ou 76... 1976, je ne sais plus bien, à la suite de décisions gouvernementales... tout ça, les entreprises qui décidaient d'investir dans... pour le 31 décembre... C'était du temps de Giscard d'Estaing... avaient des... des prêts à des taux préférentiels, des subventions, ceci, cela... Si bien que nous avions fait des essais quand même, pour des métiers... modernes aussi, pensant que, un jour, on allait avoir... pouvoir se moderniser. Les Guyot ne voulaient pas entendre parler du tout de modernisation de tissage moderne... Mais, à la suite de cette décision gouvernementale, les frères Guyot ont dit : "Faut acheter des métiers... Faut acheter des métiers"... Mais nous avions fait des essais que sur... un type de métier à tisser qui était un Dietrich... mais... sans navette... qui s'appelait les versabatte (???) c'est-à-dire des machines à aiguilles télescopiques. Au lieu d'avoir des navettes, c'étaient des aiguilles qui ramenaient la trame au milieu... C'est d'une... très grande précision... Et ils nous ont acheté... Je m'excuse, c'est pourtant moi qui les ai montés... Je crois que c'était 72 ou 76 métiers à tisser, très modernes pour l'époque. C'était presque le summum... Nous avons fini ces métiers-là, je crois que c'était en juillet 78... je crois... nous avons fini de les monter, parce que ça ne se monte pas comme ça, ça... ça vaut des millions ou des milliards... et nous avons fini juste la veille des vacances... et puis bon il y avait des problèmes dessus ; le coton n'était pas adapté, parce qu'il faut des meilleures matières, tout ça... parce que les machines vont tellement vite que... qu'il y avait des problèmes.
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