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Un ouvrier turbineur à la sucrerie de Montcornet

La fermeture lente de Montcornet et ses conséquences

Q : Mais vous êtes resté jusque la fin de Montcornet ou quoi ?

R : Pas tout à, non, attendez, après j'ai fait mon service appelé. Après j'me suis engagé. Donc, j'ai quitté la sucrerie pour partir, j'ai parti pendant trois ans. J'ai été au Vietnam.

Q : Ah, d'accord.

R : Ouais et quand j'suis revenu, euh, la sucrerie m'a repris. C'est-à-dire que j'ai fait une paire de campagnes, comme ça, pis un beau jour, euh, on me dit, tiens, on va t'rembaucher, bon ben y m'ont rembauché pis c'est tout.

Q : Et vous faisiez quoi ?

R : Ben, j'ai refait le turbineur.

Q : Toujours turbines ?

R : Oui, oui.

Q : Et ça avait pas trop changé entre les deux périodes ?

R : Non, ah non, non, ben non parce qu'y z'avaient modernisé, mais enfin, après quand je suis revenu d'Indochine, là y z'ont encore modernisé encore plus. Encore plus, les sucreries y essayaient de moderniser hein.

Q : Eh heu, donc vous êtes resté jusque combien de temps alors après à la sucrerie ?

R : On ben attendez je vais vous dire ça parce que j'ai encore des papiers, je vais vous dire ça parce que vous savez, ah, l'aut'fois y a un monsieur qui est venu, oh c'est un truc des anciens combattants, oh y me demandait des adresses, des machins comme ça, je dis, ben écoutez j'm'en rappelle pu de tout ça, moi. Je l'ai, j'ai marqué, je crois, peut-être marqué là-dessus. Parce que j'ai reçu des trucs du Ministère de la Guerre là qui me, c'est marqué là-dessus. J'ai été mis en préretraite

Q : En 85.

R : En 85

Q : D'accord.

R : Pour la survie de l'usine, mais manque de pot elle a tombé quand même. Là-dessus ça m'arrangeait comme j'dialysais à domicile bon, ça m'arrangeait pour dialyser ma femme.

Q : Ouais.

R : J'ai été en retraite le 23 février 1989. J'étais à ma maison

Q : Donc, voilà, ça fait euh, euh, donc en 85, vous partez, mais c'était dans quelles conditions, alors c'est eux qui vous ont dit

R : Ah, c'est eux qui m'ont dit…

Q : On vous met…

R : J'ai été mis en préretraite moi. C'est-à-dire que j'allais, j'avais 56 ans quoi. Alors y m'ont demandé à plusieurs, on était à plusieurs qu'on s'en aille. Bon, ben on a parti pour la survie de l'usine, mais la survie de l'usine elle a tombé quand même.

Q : Et ça vous embêtait vous de partir en 85 ou ?

R : Non, moi ça m'arrangeait. Puisque je dialysais ma femme ici.

Q :Ouais. Et c'était plus pratique quoi.

R : Ben c'était plus pratique pour moi. Au lieu qu'elle aille à Reims ou bien à Paris, ben elle était dialysée ici quoi.

Q : Et euh, en 85, y avait, ça sentait déjà la fin, non parce que vous dites pour sauver l'usine…

R : Oh oui, quand même, on entendait, on avait des échos quand même que ça allait tomber, que ça allait tomber, mais enfin, on disait toujours ça pis ça tombait pas, pis un beau jour, on nous a demandé pour partir pour la survie de l'usine, on a parti j'sais plus à combien, bon, ben c'est tout, on a parti quoi.

Q :Ah y avait déjà donc un petit peu avant la fermeture…

R : Ah, oui, oui, oui, oui, oui quand même y avait quand même un p'tit peu des bruits qui couraient quand même hein. Ca fait un peu comme La Motte qui disent qu'elle va tomber. Bon, ben c'est tout, ça fait pareil quoi.

Q : Ah, vous avez pas été la voir alors cette, cette cheminée qui tombe.

R : Non. C'est mon fils qui avait été voir. Non, mais moi ça m'intéressait pu, j'disais bon c'est fini, y nous ont renvoyés, bon ben c'est tout. Moi c'était comme ça hein.

Q : Ouais, vous viviez

R : Y en a qui y ont été, y en a qui…

Q : Vous viviez pas par la sucrerie quoi.

R : Si. Y en a même qui z'ont même pris des briques et des briques de la sucrerie pour emmener à leur maison hein.

Q : Ah ouais.

R : Je peux vous le dire hein. Ouais, ouais. Ah lui, là vraiment, même si j'avais été non j'en aurais pas ramener(rires)

Q : Ah d'accord ouais, mais euh, enfin, comment vous vous l'expliquez ça le fait que, ben vous soyez pas forcément autant, pas enthousiaste, mais euh, autant concerné par l'événement…

R : Ah, c'est-à-dire que si, moi je dis que c'était bien la sucrerie, parce que on était d'une propreté formidable, hein, c'était bien. Pis, il embauchait des saisonniers tout ça hein. Ben, c'était, ben lui, il a travaillé comme saisonnier même.

Q : Et donc, pour en revenir à donc à cet événement de fermeture et tout, ouais, ça a dû quand même faire quelque chose parce que je vois, même vot' fils était…

R : Ca fait du mal, oui, ça fait du mal déjà pour l'pays, parce que Montcornet, ben y z'ont souffert hein quand même les commerçants tout ça, parce que y avait quand même du monde. Surtout quand y avait les saisonniers et tout ça qui étaient embauchés, hein,


Q :Et euh, vous dites que ça a fait beaucoup de mal aux commerçants.

R : Ah oui, oui ça fait beaucoup de mal à Montcornet hein.

Q : Pourtant, les personnes qui ont été, qui ont, enfin qui ont subi la fermeture, la plupart des gens qu'on a vu, on nous a dit qu'y z'ont été reclassés en fait dans les autres boîtes et tout.

R : Ah oui, oui, question de ça, y en beaucoup qui ont été reclassés hein, ah oui, oui. Ah c'est vrai ça, oui. Non, mais j'veux dire que ça a fait du mal quand même, parce que, euh, l'usine quand y venaient des gars, des monteurs, tout ces gars là, y z'allaient quand même dans les restos, au restaurant. Le soir, y z'allaient voir le ptit, dans les cafés, tout ça. ça a fait du mal.

Q : ça faisait vivre euh…

R : Enfin, du mal, je n'dis pas que ça a fait un mal euh, hein.

Q : ça faisait vivre euh l'endroit.

R : Oui, quand même, oui, oui, oui, oui. Oui, parce que y avait même un ptit restaurant, je m'en rappelle, bon les gars, moi comme j'connaissais quand même aller là bas, c'est bien, tout ça. Y en a qui allaient à Rozoy, même, y en qui z'allaient, c'est qui, que ça leur plaisait quoi.
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