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Une ouvrière d'emballage à la sucrerie de Vauciennes

Les accidents de travail très graves

Q1 : Et l'ambiance au sein de l'entreprise, elle était comment ?

R : Ben, moi, j'ai pas eu à me plaindre. L'ambiance, moi, je trouvais qu'elle était bonne. Bon à part quelques unes… Vous savez, on dit y a toujours quelqu'un qui mène la barque mais moi, j'vous dis j'ai jamais eu à me plaindre. J'ai jamais eu à me plaindre On se parlait, bonjour, bonsoir, c'est tout. Dès fois, on racontait un peu notre vie parce qu'on n'était que des femmes. Donc, quand on était en panne, on disait tiens, ce week-end on a fait si, on a fait ça. C'est tout quoi ! Mais, non, dans l'ambiance, ça a été.

Q2 : Vous avez connu des accidents de travail ?

R : Ben, moi, j'ai été blessée.

Q2 : Ah bon !

R : Je suis restée plus de six mois. J'ai eu les tendons ( ? ? ?) mais bon ça va. J'ai du mal à… Mais enfin, heureusement, c'est mon alliance qui me l'a arrêté. Autrement, j'aurais eu les doigts coupés. Même le chef, il avait rouspété ce jour-là parce que hé, on travaille pas avec une alliance et tout et quand j'ai été voir le m médecin, le médecin, il m'a dit heureusement que vous aviez eu votre alliance, parce que autrement… parce que c'était arrêté là. C'est l'alliance qui me l'a arrêté.

Q2 : En fait, qu'est-ce qui s'est passé alors ?

R : J'ai jamais su, j'ai pas compris parce que ça s'est passé à la fardeleuse. Parce que quand vous aviez… vous voyez, c'était la machine. Vous aviez des rouleaux. Vous passiez le papier entre… pour que quand les paquets arrivaient, vous appuyiez sur un bouton et hop, vous aviez un poussoir qui poussait les paquets pour emballer le sucre, les cinq kilos puisque c'était cinq par cinq. Pis, là, c'te fois-là, je sais pas si la sécurité a marché. J'ai pas vu la lampe qui s'allumait. J'ai fait comme d'habitude. J'ai ouvert la machine pour débloquer le papier et je sais pas comment ça s'est passé, d'un seul coup, ma main, elle a été aspirée et ma main était carrément dans les rouleaux et c'est le mécanicien… j'avais beau dire à la femme à côté d'arrêter, d'arrêter pis elle comprenait pas ce que je lui disais. Et d'un seul coup, j'ai dit : arrête, arrête, arrête, j'ai dit, j'ai ma main qui est prise. Donc, elle a arrêté tout de suite la machine et puis c'est le mécanicien qui m'a…

Q2 : Oh là là !

R : Parce que c'était comme un genre de soufflerie, vous savez, ça aspirait. Puis je sentais les rouleaux qui s'approchaient. J'ai dit, ça y est j'ai ma main complètement… ça n'a pas arrivé qu'à moi, y a eu le chef de groupe qu'on appelait, celui qui s'occupait de la machine aussi, il l'a eu aussi. Mais, lui, il est tombé dans les pommes. Ah, il pouvait pas supporter le sang. Ah, y en a eu ben deux, moi et pis Jean, un qui, je vous dis, qui est tombé dans les pommes. Mais autrement, c'était pas tellement dangereux mais enfin, fallait faire attention. Mais, là, j'ai pas compris, je sais pas si c'est la sécurité qui a pas marché. Ils ont fait venir le mécanicien. Ils ont pas trouvé. Je suis restée six mois à la maison quand même.

J'avais celui-là qui était cassé, celui-là, le tendon… d'ailleurs y a un truc là qui est… le tendon qui a été coupé un peu. Oh, ça m'empêche pas trop… j'ai du mal à plier quand même, mais bon ! Pis après, j'ai eu maman qui a eu… elle, elle a le… comment qu'on dit… le tendon complètement coupé. Ce doigt-là, il est il est aussi fin que ça. Mais elle, c'est à la SR. Elle a fait ça pendant j'sais pas combien de temps pis ce jour-là, elle a dû glisser, sa main, elle a passé dans la chaîne et pis elle a rien senti hein ! Elle a rien senti. C'est après, elle a dit ben mince, j'ai du sang… c'était en 68 ça s'est passé, ben au moment des grèves de 68, vous voyez. Elle a été voir le médecin, mais le médecin il l'a mal… comme il s'en allait en vacances, il en avait, comme on dit, rien à faire. Il lui a mal rattaché les tendons alors elle a les deux doigts qui sont comme ça. Elle n'a plus que trois doigts. Bon, elle touche une pension elle mais enfin… Enfin, elle n'a que trois doigts qui marchent. Oh, il y a eu des accidents. Il y a eu des morts même à Vauciennes.

Mais c'était bien avant que ça s'améliorer quoi ! J'en ai connu un, son père il est décédé. Il est monté sur je sais pas quoi, il a glissé et il est mort sur le coup. Pis, y a eu des éboulements de terre aussi, y a eu des Italiens qui ont été tués aussi. Je vous parle de ça dans les années 1900… avant que j'travaille quoi ! Ils faisaient des tranchées pour… pis la terre, elle s'est éboulée et y a eu des morts, ça s'était un risque à prendre hein !

Q2 : En fin de compte, quand même, les conditions de travail étaient dures.

R : A l'époque oui. Mais sur la fin non. Sur la fin, y avait de l'amélioration quand même. Il y a eu de l'amélioration, ça s'est modernisé quoi !
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