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Une ouvrière d'emballage à la sucrerie de Vauciennes

L'annonce et la réaction des ouvriers face à la fermeture

Q1 : Mais avant que l'usine ferme, vous aviez le sentiment qu'elle allait fermer ?

R : Non, parce qu'en 87, quand, bon, ils ont dit on licencie certaines personnes parce que, bon, y a plus de rendement et tout ça, c'était CFS encore à l'époque, et après ça a été Béghin en… j'sais plus en quelle année que c'était, qui ont racheté, ben cinq ans avant, ça devait être en 94, 93-94, on n'aurait pas pensé que ça allait fermer. Bon, on se doutait peut-être un petit peu, parce qu'il y en avait qui étaient plus… plus… comment dirais-je informés que d'autres. Alors, ils nous disaient, tu sais Vauciennes ne va pas durer longtemps. Mais, on disait depuis le temps qu'on le dit… C'est vrai, il y a X temps, moi j'entendais dire l'usine va fermer ceci, cela, pis un beau jour, c'est sûr… Mais, on s'y attendait… enfin, moi, personnellement, je m'y attendais pas qu'elle fermait tout de suite quoi ! Moi, je pensais qu'elle aurait fermé, mais beaucoup plus tard.

Elle aurait dû… si vraiment elle était pour fermer, elle aurait fermé là, c'était bon, mais bon, surtout pour les jeunes quoi ! Même pour nous, parce que passé cinquante ans pour trouver du travail, c'est pas évident hein ! Déjà les jeunes, ils ont du mal à trouver, alors à plus forte raison… Moi, je… non, je ne pensais pas vraiment. Mais, c'est pareil, ils ont fermé Villenoy aussi, Villenoy est fermé dans la Marne. Moi, j'ai un collègue, il a été muté à Villenoy, ben Villenoy est fermé. Donc, ça faisait deux fois, Vauciennes plus là quoi ! Bon, lui, il s'est reconverti en syndicat. Il est au syndicat à Paris. Mais, tout le monde peut pas faire pareil hein !

J'ai des collègues, c'est pareil. A Chevrières, ben, il paraît que Chevrières, ça marche pas… C'est pareil, ils ont été rachetés aussi Chevrières, mais ça marche pas. J'ai des collègues, ils m'ont dit y a des hauts et des bas hein ! Enfin, comme j'ai dit tant qu'ça tient, ça tient hein ! De toute façon, un jour ou l'autre, y aura plus de sucrerie en France hein ! Qu'est-ce que vous en pensez ?

Q2 : Je sais pas.

R : Moi, j'ai une collègue, elle travaille à Bucy le Long, ben, c'est pareil, elle me dit que y a des hauts et des bas aussi hein ! Pourtant Bucy, c'est pas loin hein ! C'est entre Soissons et Vauciennes quoi ! Elle a travaillé à Chevrières et pis comme il y avait quelqu'un qui s'en allait à Bucy, comme elle, elle est de Soissons, elle a préféré aller à Bucy, elle m'a dit. Ben, j'ai dit t'as raison hein ! J'ai dit, ça te rapproche de chez toi. De Chevrières, vous vous rendez compte, ça faisait loin, Soissons-Chevrières, ça… j'sais pas combien qu'il y a de kilomètres mais y a un bon paquet. Tandis que de Soissons à Bucy y a quoi ? vingt kilomètres à peine. J'ai dit, t'as raison, tu prends et pis tu verras bien la suite hein !

Q2 : Et donc, vous après, comment ça s'est passé, en fait, quand l'usine, elle a… vous avez appris que vous aviez été licenciée ?

R : Ben, j'ai été obligée d'être à l'ANPE hein ! Et pis, comme j'avais mon nombre de service, enfin mon nombre d'années de service, moi, j'ai demandé… enfin, je me suis occupée… enfin, j'ai été voir une personne qui s'est occupée de mon dossier. Elle m'a dit, vous avez le droit à… ils appellent ça… chômage personne âgée. Donc, je suis en préretraite si vous voulez, mais de personne âgée. Donc, je suis dispensée de chercher un emploi. Alors, maintenant l'ANPE, ils m'embêtent plus. Parce que au début, tous les deux mois, ils m'envoyaient une convocation, fallait y aller, ceci, cela. J'avais beau chercher du travail, mais qu'est-ce que vous voulez trouver du travail ? Surtout ici hein ! Si, ils m'avaient trouvé du travail. Moi, je me suis présentée hein ! parce qu'il fallait se présenter. Je me suis présentée. Alors, c'était pour garder un jeune homme, enfin j'appelle ça un jeune homme, il avait sept ans. Alors il quittait l'école à 11 heures et demie, il fallait que je le fasse manger, que je le prépare pour l'école pis je le renvoie pour l'école pour une heure et demie pour mille francs. Mille francs par mois, je gagne plus… enfin ( ? ? ?) je gagnais quand même un peu plus au chômage. J'ai dit non, ça m'intéresse pas. Pis, mon mari, m'a dit à sept ans, il va te faire toutes les bêtises possibles. Il te connaît pas. Il dit, tu vas t'énerver là?dessus. Alors du coup, j'ai dit non que ça m'intéressait pas. Pis, depuis comme je suis une personne âgée, donc je touche mon chômage tous les mois, mais je ne pointe plus, ni rien du tout hein ! Ils m'envoient mon chômage tous les mois. Ben, j'ai encore deux ans. Après j'suis… si je vais jusque là, je serait en retraite complète.

Q2 : Et vous vous revoyez à des moments avec les gens de l'usine maintenant ?

R : Enfin, j'en vois quelques uns mais bon, non. Si, j'ai une collègue là qui habite à Vauciennes. J'y vais de temps en temps mais c'est tout. Moi, j'vais pas chez les gens. Si, si je les vois dans la rue, bon, ben, bonjour, bonsoir. C'est tout. Comme là, mercredi, au marché, je vois beaucoup de personnes, personnes âgées qui ont travaillé avec moi, qu'on se dit bonjour, voyez je suis restée en bon terme avec eux quoi ! Mais bon, c'est tout, ça reste là, bonjour, bonsoir, ça va ? C'est tout.

Pis, moi, j'aime pas trop fréquenter les gens. On sait pas si ça plait ou si ça plait pas ou alors si vous dites ça, ils répètent ça, après ça fait des histoires alors je préfère m'abstenir.
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