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Une ouvrière d'emballage à la sucrerie de Vauciennes

La démolition de la sucrerie

Q2 : Et vous, vous avez assisté à la démolition de la sucrerie ?

R : J'ai pas voulu. J'ai pas voulu. Comme maman, elle m'a dit hein ! elle dit je l'ai vu… elle a vu construire la Chambon, la dernière qu'a été faite quoi ! celle où qu'c'est que je travaillais, elle l'a vu monter la Chambon, elle a vu monter la SR et tout ça. Moi, je l'ai vue démolir, enfin enlever toute…

Q2 : Ah ben oui, puisque vous continuiez à travailler.

R : Oui, je continuais à travailler. Mais, vous savez, ça fait un même même les bureaux qui ont été faits après où y a eu les mélanges tout ça, qu'on faisait les sirops et tout ça. Moi, j'ai vu tout démolir. Je l'ai vu construire. Je l'ai vu démolir. Alors, moi qui faisais les bureaux, je nettoyais les bureaux, tout a été démoli hein !

Q2 : Vous aviez de bons rapports justement avec les gens quand vous passiez nettoyer leurs bureaux ?

R : Ah, oui, oui. J'avais les chefs. Ils avaient leurs bureaux propres et tout. Y a que sur la fin qu'je faisais plus rien.

Q2 : Ah oui !

R : Ben oui, j'pouvais plus, parce qu'ils dessoudaient.

Q2 : Ah oui.

R : Ah, ben, c'était soudé donc il fallait qu'ils dessoudent et tout ça. Donc, j'pouvais plus travailler. J'faisais plus rien. Alors, ils m'avaient mis donc à la sucrerie. Pas tout le temps hein ! Quand j'avais fini les bureaux du chef, parce que les bureaux du chef ils ont été faits après. Ils les ont démolis qu'après. Mais, l'après-midi, j'allais faire la sucrerie, bon, ben j'étais bien. J'faisais le labo pendant la campagne. Pendant la campagne, j'nettoyais le labo, je leur faisais la vaisselle, tout, enfin les trucs à nettoyer. Non, non, j'étais bien. J'ai pas eu à me plaindre. Mais sur la fin, j'vous dis pendant trois mois, j'faisais plus rien. J'avais plus rien à faire. Ils démolissaient tout.

Où j'travaillais personnellement tout… alors tout ça c'était pêle-mêle. Vous aviez les cars qui venaient chercher les trucs. Alors, fallait pas que j'me trouve là si en cas y en avait un qui tombait ou des tôles qui tombaient pour pas me blesser quoi ! Pendant trois mois, j'ai eu la vie, disons, belle, pendant trois mois. Avant non, mais pendant trois mois, j'ai eu la vie belle. J'faisais plus rien. J'nettoyais plus rien, ça servait à rien. Vous laviez d'un côté, ils salissaient de l'autre alors… Pis avec ça, y a du sirop, y avait de la mélasse, y avait tout ça. Tout ça, ça collait, alors vous pouviez pas nettoyer. Alors, ils m'avaient mis à la sucrerie. Ça faisait rien. Pendant la campagne, j'travaillais même le samedi, je travaillais le samedi. Je faisais quatre heures. Ils m'avaient mis au labo. Donc, je lavais le bureau de la laborantine là, et après j'aidais les copains à faire la vaisselle jusqu'à neuf heures, neuf heures et demie je travaillais. Oui, parce que, dès fois, si je faisais des heures supplémentaires, on m'payait pas. Fallait que j'les récupère. Alors donc, à neuf heures, fini ou pas fini la vaisselle… hein ! j'leur disais hein ! Moi, j'suis pas payée parce que avant, au début, j'le faisais. Et après, on m'a dit non, non, neuf heures, c'est neuf heures.

Alors, je commençais à cinq heures du matin jusqu'à neuf heures, quatre heures. Alors dès fois je finissais, pour les aider, pour qu'ils aillent plus vite, je finissais dès fois il était neuf heures et demie, dix heures moins le quart. Alors, je disais ça au chef. Alors, au début, ça a été pis après le grand patron il a dit non, non, c'est 9 heures, c'est 9 heures. Alors, je disais aux copains, vous finissez votre vaisselle. Oui, oui, c'est pas grave. Je travaillais même avec un cousin. Il m'a dit, oui, oui, moi, j'finirais la vaisselle, c'est pas grave. On n'a qu'ça à faire. Le samedi, ils avaient pas beaucoup de… la semaine si, mais le samedi, ils avaient pas beaucoup de… de travail quoi ! Enfin, ils en avaient puisque les analyses, fallait les faire, tous les heures faut aller faire des analyses, les pH, tout ça quoi ! Oh, non, non, on a eu la vie belle hein ! Faut pas trop s'plaindre. J'vous dis, moi, les trois derniers mois, ça a été. Du mois d'octobre jusque fin décembre, enfin jusqu'au 23 décembre puisqu'on a arrêté le 23. Jusqu'au 23 décembre, début octobre… le jour où ils ont commencé à démolir. Alors je regardais les gars démolir. Mais ça me semblait long hein ! Toute une journée comme ça.

Q2 : C'est clair !

R : Le matin, j'faisais les bureaux puisque les bureaux, ils étaient pas démolis. Mais après, dans la journée, ça m'semblait long. Alors, j'discutais avec l'un, j'discutais avec l'autre. Mais, vous savez, ça semblait long hein ! Dès fois, j'allais faire des trucs que j'avais pas à faire quoi ! pour m'occuper parce que, toute une journée… Alors dès fois, je descendais en bas à la bascule. J'aidais le gars à plier ses papiers ou j'allais au bureau porter les papiers. Fallait bien que j'm'occupe. J'vous dis, ça semblait long hein ! toute une journée. Commencer à six heures jusqu'à onze heures et demie, après d'une heure jusqu'à quinze heures trente, c'était long. Alors, dès fois, Jean-Yves, il m'dit tiens tu peux aller au bureau. Ah oui, pas d'problème, j'y allais. Même qu'il pleuvait ou machin, j'allais lui porter ses papiers au bureau. Il m'dit ça m'évitera d'y aller. Pour m'occuper quoi, surtout que j'étais la seule femme hein ! tous les autres c'était… puisqu'y avait plus de femme. J'étais la seule femme hein ! Les autres, c'était des hommes alors…

Q2 : Vous l'avez bien vécu justement ?

R : Ben, au début, ça me plaisait pas de trop. Mais après, j'm'y suis fait hein, c'est comme tout. Surtout que les gars, ils étaient gentils envers moi. Donc, y avait pas de raison que j'y sois pas hein ! J'allais chercher leur casse-croûte à la cantine. Je m'occupais quoi. D'ailleurs, ils étaient contents. D'ailleurs, j'peux les voir dans la rue, tout de suite, ils m'disent bonjour hein ! enfin certains hein ! C'est comme tout. Tous ceux que j'ai travaillé avec eux. Quand vous voyez qu'y a plus rien, y a plus de cantine, y avait une belle salle de fête, tout a été démoli. Surtout que Beghin n'a jamais voulu vendre, c'est ça le problème.

Ils ont jamais voulu vendre hein ! Parce qu'ils auraient pu vendre la salle des fêtes à Vauciennes. Ça aurait fait quand même… pour les jeunes, même la cantine pour l'école. Bon, quand vous voyez tout ça. Comme là, c'est pareil, ils voulaient faire un truc de… pour les animaux. Comment qu'on appelle ça, ortho… vous savez le truc des oiseaux dans les bassins. Y a encore des bassins à Vauciennes.

Q1 : Oui, oui.

R : Ils voulaient faire des trucs pour les oiseaux. Eh ben, ils veulent pas vendre non plus. Pourtant, y a des beaux oiseaux hein ! j'vous assure l'été quand vous venez vous avez des cygnes avec des hérons. Y a des hérons, y a… qu'est-ce qu'y a encore ? Y a les cigognes l'été vers le mois d'avril, mai là. Vous voyez les cigognes. Ils auraient fait ça, ben, ça aurait rapporté un peu à Vauciennes aussi.

Y a plus rien. C'est malheureux, mais c'est comme ça.
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