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Un ouvrier malaxeur et cuiseur dans une sucrerie de l'Aisne

Les accidents de travail

D'accord. Est-ce qu'il y a, y a dû, enfin je suppose, à Origny, il y a dû avoir, comme dans toutes les usines, des accidents de travail assez lourds quoi.

R : Y a même eu des morts oui.

Q : Ah bon. Y a eu des morts ?

R : Ah oui.

Q : Comment ça, comment ça s'est passé ?

R : Ben, un coup, y a un gars qui est, ben je n'y étais même plus, comme ça, ben y a un gars qu'il a, qu'il était dans un silo, et puis je ne sais pas, ses deux compagnons y z'ont remonté parce que lui, y voulaient fumer une cigarette, parce que, dans le silo, on avait pas le droit de fumer et puis lui, il est resté tout seul, je sais pas ce qu'il a voulu, il a peut-être voulu être, comme ça, et puis y a eu un pont de dessus qui s'est écroulé et puis qu'y l'a enseveli et puis quand ils l'ont retrouvé, il était mort. Après, bon, sur des chantiers, y a des fois, bon vous avez toujours des trucs… Après, y a un gars qu'il a mis en route un coup à 5 heures du matin, je sais pas ce qui s'est passé, y s'est retrouvé tout bonnement à la rivière et puis, y s'est noyé.

Q : Ah ouais. C'est encore des accidents…

R : Oui, bon maintenant, c'est vrai que, moi je ne vous cache pas que j'ai eu une sacrée peur un coup, avant de mettre en route la campagne, dans le malaxeur qui tournait horizontal, le bruit, on l'entend pas et en ce temps-là, j'avais pas pris ma lampe de poche, heureusement, parce que, bon y faisait noir, y faisait noir et puis, ce trou d'homme, il était ouvert bien sûr et puis je voulais savoir si le fond du malaxeur, il était propre quoi. Alors, machinalement, je passe ma tête au trou d'homme, je n'entendais rien et puis d'un seul coup, j'entends une, enfin j'entends, pas, je sens quelque chose qui est et qui vient comme ça, d'un seul coup, machinalement, j'ai retiré ma tête. Oui, ben c'était une palette des machins qui passait comme ça, à une seconde près comme ça, ben zoup… Oui, ben je l'avais dit à mon chef, comme ça. Et à l'occasion, ça aurait pu être pire parce que si j'avais eu ma lampe électrique, sachant que, comme ça, je pouvais aussi prendre le machin comme ça et puis je m'en allais directement dans le malaxeur, alors là, je vous dis pas, j'étais cuit.

Q : Ah ouais, alors quand même, en sucrerie, c'est quand même assez…

R : Ouais, je vous le dis, j'avais une lampe de poche, bon ben le malaxeur, y marche pas, parce que, en ce temps-là, c'est vrai, y faut dire, on les entendait pas les machines qui passent pour bien mélanger la masse cuite quoi.

Q : Ah ouais, ça devait être chaud.

R : Ah si, ah ben ça des accidents, bon, on en a toujours des accidents, plus ou moins forts, mais…

Q : Plus ou moins bêtes aussi ?

R : Ouais, et puis bêtes aussi, y a des fois, parce que, moi je me rappelle aussi, c'était, ben on travaillait encore en bas, c'était encore, nos cuites elles étaient encore en manuel comme ça, y avait le graisseur, il était monté, là haut pour le sucre, comme ça, et puis lui, le graisseur, il était comme ça, et puis, il était minuit, une heure du matin, un truc comme ça, d'un seul coup, on le voit qui revient, je ne sais pas ce qu'il avait fait, toute sa main toute sa main elle était arrachée comme ça, il avait glissé, il était monté sur une échelle, il avait glissé et puis, sa main elle avait été happée par le, pas une courroie, mais une chaîne comme ça.

Q : Il a perdu sa main ?

R : Ah oui. Quand on l'a vu descendre comme ça, ben il était minuit, une heure, on somnolait un petit peu comme ça, mais là, là, ça nous a réveillés hein. Et oui.

Q : Oui, c'était pas facile, facile tous les jours ? Ces histoires-là, ça vous a soudés ?

R :Ben, ça me reste oui.

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