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Le travail d'un ouvrier à la sucrerie de Vauciennes de 1969 à 1999

La fermeture et la démolition de la sucrerie

Q1 : Mais vous aviez le sentiment qu'elle allait fermer l'usine ?

R : Non, ah non, non, non. Non, moi, vous m'auriez dit que la sucrerie de Vauciennes va fermer, non, non, non. Non, on n'avait pas le sentiment, non, parce que ça marchait très bien, une usine qui marchait très bien, très performante. Bon, pas ultramoderne comme ce que vous voyez maintenant qui a été fait de toute pièce avec la technologie moderne. Mais, non, non, ça marchait très bien avec une main d'œuvre très compétente, les gens qui travaillaient à la sucrerie de Vauciennes, ils étaient très compétents, y faut pas, faut même pas s'imaginer que ça venait de ça. L'usine marchait bien, on avait des bons rendements, les actionnaires ne se sont jamais plaints de leurs dividendes. Non, mais, vous savez, c'est la société d'aujourd'hui, plus, plus, plus. C'est tout. Aujourd'hui, si les actionnaires pouvaient avoir 100 % de leur investissement le lendemain, pourquoi pas. Alors évidemment, les ouvriers, eux, y n'ont pas besoin.

Q2 : Ça a dû faire drôle quand même ?

R : Ah oui, ça fait drôle. Oh ben c'est une longue page, c'est une longue page, dites. Moi, je suis rentré, je vous dis, j'étais gamin en 1969. J'en suis sorti en 2000, bienvenue dans le 3ème millénaire. Enfin, j'en suis sorti, c'est une erreur, on m'a demandé d'en sortir en 2000. Bon, c'est vrai que toute notre vie, on l'a fait là, bon, pour beaucoup c'est une formation sur le tas aussi. Beaucoup sont rentrés à la sucrerie de Vauciennes avec très peu de formation et ont très bien réussi, se sont formés, sont devenus ouvriers qualifiés, hautement qualifiés, techniciens, agents de maîtrise, même cadres, c'était l'ascenseur social, chose qui n'existe plus aujourd'hui. Aujourd'hui, si vous ne rentrez pas avec bac +7 ou 10, vous n'avez aucune chance et encore, de progresser. Non, non, à l'époque un niveau CAP faisait très bien l'affaire. Si vous aviez un petit peu la chance parce que bon, y faut aussi avoir un peu la chance d'être reconnu, beaucoup de nos gens responsables, ingénieurs, responsables de service, chefs de service, étaient des gens qui étaient rentrés dans la sucrerie de Vauciennes à 17 ans avec un CAP et qui avaient progressé tout au long de leur carrière, ils s'étaient retrouvés à ces niveaux-là, 35, 40, 45 ans, pour d'autres un peu plus, et partis en retraite avec un niveau de responsable, de cadre assimilé cadre, agent de maîtrise et sans avoir fait des études, je vous dis, comme aujourd'hui, bac, bac + 5, 10, rien à voir et ça marchait très bien avec, je vous dis, encore une fois, un bon rendement, aussi bien technique qu'au niveau du sucre, une qualité de sucre tout à fait correct et au niveau de l'actionnaire, un rendement tout à fait correct aussi. La preuve, c'est que l'on était lié à la participation aux bénéfices et qu'on en avait, donc je suppose que si on avait de la participation aux bénéfices, c'est qu'il y avait des bénéfices, sinon, on en aurait pas eu.

Q2 : C'est sûr. En plus, c'est pareil, elle a été vraiment rasée subitement quoi…

R : Ah la la, oui, vous savez, quand les gens qui nous ont rachetés, ont décidé de fermer la sucrerie, bon, ça a été sur deux ans hein, plan social, bon, toutes leurs hypocrisies parce que tout ça, ça n'est que du vent et il n'y a rien de véritable dans tous ce qu'il déclare, d'ailleurs avec la complaisance de l'administration, malheureusement. Et puis dès que le dernier ouvrier a été sorti, le dernier kilo de sucre a été sorti, ils sont venus avec des, comme des sauvages, vous savez, les hordes du Nord qui venaient envahir nos plages, il fût une époque, vous savez, ce qu'on appelait les barbares. Donc, ces gens-là que j'appellerais donc des barbares sont venus avec des bulldozers écroulés le restant, avec de la dynamite, je me souviens, ils ont dynamité les cheminées, le four à chaux, un soir, il était 17 h 30, enfin tout, on a vu tout notre travail, pour certains, toute leur carrière, carrière de leurs parents, leurs grands-parents, tout notre travail réduit à néant en quelques mois. Je vous le dis, ce n'est ni plus ni moins que des hordes de barbares, ni plus, ni moins. J'en dirais pas plus parce que je serais très méchant.

Q2 : Non mais c'est clair, ça laisse des souvenirs quoi.

R : Non, là, c'est le côté amer, c'est le côté amer de pas avoir pu partir en retraite comme tout le monde, avoir fini sa carrière après 30 ans quand même. Alors, c'est valable pour moi, c'est valable pour les autres, je parle pas en égoïste hein, là, je parle au nom de tout le monde là. C'est avoir supprimé un outil qui marchait aussi bien que ça, c'est scandaleux. Avec la complaisance, je vous le dis encore une fois, de l'administration. Parce que bon, quand on met les chiffres sur la table, y a des gens suffisamment experts qui pouvaient voir qu'il n'y avait aucune raison de fermer la sucrerie de Vauciennes.
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