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Le travail d'un ouvrier à la sucrerie de Vauciennes de 1969 à 1999

Les réactions des ouvriers face à la fermeture

Q1 : Et est-ce que lors de la fermeture, le personnel s'est rassemblé ?

R : Ah oui, oui, ben, y a eu les traditionnels défilés, bon la municipalité, le syndicat, CFDT qui était majoritaire à l'époque. Bon évidemment, les gens de politique de la région, évidemment, ont voulu montrer leur belle veste aux caméras, il y avait évidemment les caméras de France 3 régionale, y avait les journaux locaux, bon, ben y avait des belles photos à prendre. Vous voyez toute l'hypocrisie de ce monde politique, mais bon, ça a pas changé grand chose. Bon évidemment, on n'a pas accepté la fermeture, attendez, nous on savait que l'outil marchait, gagnait de l'argent, donc, on n'avait suffisamment réduit les effectifs, fait des efforts de productivité, comme on dit toujours, et tout ce que vous connaissez à l'heure actuelle, pour vous dire, y avait pas de raison que ça ferme. Mais bon, ça change rien parce que bon, tout ça, ça n'est que de l'hypocrisie. Vous savez, si vous demandez aujourd'hui aux gens, les hommes politiques qui sont venus, les hommes et les femmes, parce qu'y avaient des femmes, tout bord confondu d'ailleurs hein, qui sont venus défiler avec nous, si vous leur parlez aujourd'hui de Vauciennes, je me demande même s'ils se rappellent où c'est et qu'est-ce qu'y avait à Vauciennes. D'ailleurs, à l'époque, y savaient pas où c'était d'ailleurs. Y z'ont trouvé grâce à la carte sans doute, on leur a dit, ben c'est là, elle est là. Y z'avaient mis leur belle veste, tout quoi, le problème, c'était bien organisé quoi. Mais nous on s'est quand même retrouvé licencié le 31 décembre 1999. Bienvenue dans le 3ème millénaire.

Q2 : A la fin de la campagne en fait.

R : Oui, oui, ben la campagne terminée, l'usine fermait, on liquidait, on fermait quoi. Enfin, on avait été prévenu deux ans à l'avance parce qu'y nous ont prévenus lors d'un comité d'entreprise extraordinaire, évidemment, en février 1998 quand même. Et puis, ils nous avaient évidemment, une générosité exemplaire, y nous avaient promis surtout de pas fermer avant fin 1999. On était sûr de faire nos deux dernières campagnes. Alors, je sais pas qui ça a arrangé, si c'étaient eux ou si c'étaient nous, mais c'était une générosité grandiose. Ils étaient prêts à s'engager noir sur blanc, ah oui, non vous savez, alors là, moi, ça me fait rire maintenant parce que bon, mais vous savez, c'est digne de certains régimes des tropiques, vous savez, ce qu'on appelle les républiques bananières hein. C'est digne de ça, pas plus.

Q2 : Vous savez, on a interrogé des gens, y z'avaient du mal à dormir, pourtant ils vont être en retraite quoi.

R : Ah oui, oui, ben évidemment, imaginez, c'est toute leur vie de travail qui voit anéantie, moi j'ai assisté à la démolition des cheminées, je vous dis le soir, à 17 h, alors là bien sûr, dans leur hypocrisie habituelle, y z'ont fait ça le soir à 17 h pour que ça se voit pas de trop, vous voyez, que ce soit pas trop public. Bon y avait quand même quelques anciens ouvriers qui y sont allés, qui ont vu. Quand vous voyez ces cheminées tombées d'un coup de dynamite, paf, vous dites, allez, 150 ans qui tombent là. Et oui. Alors maintenant, voilà, c'est un dépôt d'ordures où y a peut-être des rats, des ordures, oui, régulièrement, vous voyez des ordures. Vous vous demandez dans quel pays vous êtes. Voilà le résultat. Ça sert, je vous dis, d'aire de repos aux gens du voyage de temps en temps quand ils passent et puis bon ben, les gens, certains sont en préretraite, d'autres ont retrouvé, bon moi, je, en attendant ma retraite, j'ai retrouvé une place très très modeste, mais enfin, bon, ça me permet dans la dignité de finir ma carrière, j'aurais pu la finir évidemment au RMI, c'était aussi une solution, mais bon, j'ai préféré autre chose. Mais enfin, c'est très modeste, ça n'a rien à voir avec la sucrerie de Vauciennes, mais bon, y faut être philosophe hein, y faut accepter ce déclin, cette chute de 5 ou 6 étages.
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