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Un ouvrier sucrier et transporteur à la sucrerie de Francières

Les différents postes et travaux effectués à la sucrerie

R : C'est tout un cinéma l'usine, mais y z'ont tout démonté hein. Y z'ont tout enlevé le matériel, tout ça, y voulait en faire un musée, mais y peuvent plus. Pourtant, y avait des vieilles machines de 1800 et quelque là-dedans hein. Parce qu'à l'intérieur, je faisais que des travaux, je faisais des travaux de maçonnerie, mais à l'extérieur, j'ai été deux fois saisonniers, c'était dans les caniveaux, alors c'était là, dans la réserve de betteraves, j'étais mitrailleur, on appelait ça mitrailleur, avec la grosse lance, on était à deux, c'était pas le filon. On travaillait 12 heures par jour, 84 heures par semaine. Et quand la campagne, elle était finie, on avait environ 1000 et quelques heures en trois mois mettons.

Q1 : Ah oui.

R : Mais avec le camion, je gagnais davantage, parce qu'on roulait, je roulais beaucoup quoi. La nuit, on faisait beaucoup plus d'heures, on n'était pas contingenté comme maintenant quoi. Mais moi, j'aimais bien travailler, c'est pour ça que j'ai été dans cette boîte-là parce que, plus on travaille, plus on est payé, 25, 50 %, voire 100 %, j'ai roulé jusqu'à 23 heures. Ah oui, oui, c'était intéressant. Mais c'était dur. Ce qui était dur aussi, c'était la campagne de sucre. Parce que c'étaient des sacs de 100 kg.

Q1 : Ah oui.

R : Je vous jure, y avait des sacrés équipes hein. Alors moi, j'en ai fait pas mal. J'avais pris le coup quoi. Parce que, quand on est dans une bonne équipe, on veut plus se quitter, c'est toujours les 4 mêmes, toujours la même équipe. Dans les porteurs aussi, pendant la campagne, c'étaient toujours les mêmes. Et y s'agit pas de peser 90 kg et faire 1,80 m pour être porteur de sucre, c'est d'avoir l'habitude quoi. Y en avait des tout petits qui étaient beaucoup plus costauds que moi hein. Ah oui, oui, nerveux. Oui alors, quand on manipule des sacs de 100 kg pendant 12 heures, ça va. Je voudrais pas voir les jeunes maintenant hein. D'ailleurs, y n'ont plus le droit de soulever un sac de 100 kg hein. Dans les caniveaux, c'était toujours dans l'eau dehors, toujours dans l'eau, toujours dans l'eau, sans arrêt, sans arrêt hein, pour couler les betteraves.

Et puis, quand j'étais saisonnier, le caniveau d'écoulement, c'était un petit tunnel de rien du tout. Alors, du coup, c'était pas plus large que ça, quand les betteraves étaient sales, ça bourrait. Y fallait aller débourrer, se mettre à quatre pattes dans l'eau hein. Ah ouais, c'était pas haut, mais bon je gueulais toujours, quand on était saisonnier, on avait un peu plus la ( ???) que les autres, y s'en foutait, on était de passage. J'ai dit c'est malheureux de pas foutre ça en l'air. Et puis, y m'ont embauché comme maçon et on a foutu les caniveaux, les tunnels en l'air, j'ai refait les caniveaux à ciel ouvert. Comme ça, on pouvait travailler. Si c'était bourré debout. Alors, on avait mis des traverses de chemin de fer pour la boue, on retirait les traverses et puis on les coupait à la longueur quoi. On débourrait, on montait les seaux de pierres avec une corde et puis, hop. Ça allait beaucoup mieux que d'être à quatre pattes. Fallait être à quatre pattes dedans hein, dans l'eau. Ah oui, je l'ai fait. Et puis, y a aussi les dés de caisson, y a eu beaucoup, beaucoup de misère dans cette sucrerie-là à la fin. C'était tellement vieux. Y z'avaient fait des digues pour cumuler l'eau des bourbes, dans les mares à bourbe, mais l'digue a sauté, alors, tout était inondé, l'a fallu arrêter toute l'usine. Alors, là, fallait des costauds, j'ai arrêté le camion, j'avais commencé le matin à 6 heures, je suis ressorti le lendemain matin à 6 heures. Sans arrêt, fallait aller sauver les digues, on a fait énormément de béton, du béton en prise rapide, on a fait un coffrage métallique avec mon copain ( ???), c'était un bon lui. On a sauvé quand même la situation. Par deux fois comme ça hein. Ben c'était tellement vieux. Une vieille usine hein. Grand-mère, elle savait bien qu'un jour, ça allait finir, alors elle osait pas faire beaucoup de dépenses. Y changeaient trop souvent de chef de fabrication hein. On a eu des bons chefs comme et puis après, ça a changé. C'était jamais content les patrons, ( ???) pourquoi y changeaient les chefs ou bien le chef, y voulait gagner plus aussi, il allait ailleurs, je sais pas, mais c'était, y en avait des bons.

On a été quand même une bonne équipe. On travaillait beaucoup, mais on était bien. On avait des vieux camions. Ça c'était dur à conduire. C'est pas les camions de maintenant, pas de direction assistée, pas de chauffage, pas de, des petits essuie-glace, des petits rétros, quand je vois les camions modernes, y sont bien maintenant. Ah oui, oui, on avait des vieux camions hein. C'était… mais enfin, y z'étaient contents parce que j'avais encore quelques années, on était quand même assez costauds, on était en bonne santé, mais faire des heures, c'est intéressant. Moi, c'est pour ça que, j'allais n'importe où que c'est qu'y avait des heures à faire. La moisson, on travaillait 16 à 17 heures par jour aussi. Je charriais du blé à la moisson et c'était intéressant. Intéressant. La moisson, c'est beaucoup moins fatigant que la betterave. Parce que la betterave, c'est là qu'y fait mauvais hein. Mais enfin, ça allait, je suis content d'avoir fait ça. Et puis en plus, y fallait encore faire des péniches de sucre, des boîtes de sucre à Compiègne. Alors là, j'étais toujours dans le coup hein. Alors, on était à quatre porteurs, y avait des péniches, y avait 5000 sacs, ah oui, on faisait autant, on mettait trois jours environ pour faire ça. C'était, on y pensait pas quoi. C'était… D'abord, une bonne équipe, une bonne ambiance, pas de tire-au-cul, on était bien. Alors moi dans tous ces quatre porteurs, c'était moi le plus petit.

Q1 : Ah

R : Ben oui, tout est réglé à la hauteur des gars. Parce qu'un gant, y faut qu'y se relève avec ses 100 kilos, alors, y mettait à sa hauteur. Tandis que moi, y tombait. Alors, c'est pour ça que je suis raccourci. Alors, je dis toujours mince René, tu n'avais qu'à manger ta soupe quand t'étais gosse, voilà ce que c'était le refrain pour me consoler. Ah on avait une bonne équipe, j'étais content. Malheureusement que ça a fermé trop tôt. Oui, ça a fermé en 69. J'avais rentré comme saisonnier en 59, au mois de septembre 59, j'ai fait 100 jours sans arrêt. On a arrêté le 31 décembre. 100 jours de fabrication. Ah y avait de la betterave hein. Et puis c'était sale, ça n'allait pas bien et je me suis reposé le 1er janvier 1960 et puis j'ai repris le camion chez le transporteur Bailly pour recharrier des betteraves pour Monseigneur et puis Chevrières hein jusqu'au 25 janvier. Ben, on se reposait pas, on dit le repos, on l'aura quand on sera au cimetière. Non, mais on n'y pensait pas. D'abord, une bonne ambiance, c'est rien du tout. Et puis personne s'énervait. Maintenant, y faut courir, y a plus personne qui est content non plus, je sais pas ce qui se passe, mais faut pas s'énerver hein.

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