Accueil Le projet Les dossiers La base projets2003 réalisations contact
Mémoire Vivante de Picardie - La base
presentation consultation
retour à la liste

Un ouvrier breton à la sucrerie de Vauciennes

La fermeture de la sucrerie

Q2 : Et, avant que l'usine ne ferme, vous vous en doutiez ou… ?

R1 : Ah, ben, on avait des échos surtout par… pas dans l'usine, on n'a pas d'échos dans l'usine, mais à l'extérieur on avait des échos, oui. Les cultivateurs, tout ça, ( ? ? ?), ça va mal chez vous, y'a pu qu'ça à tel endroit, ça va fermer chez vous, hein ! Ah oui ! On apprenait toujours par les autres.

R2 : Quand on en parlait au chef : " Ne vous inquiétez pas, tout va bien ! ".

Q1 : Ah ouais !

R2 : Jusqu'au jour où…

R1 : Ce n'est pas parce que l'usine était en difficulté, hein, c'est pas ça, l'usine n'a pas fait faillite, hein, elle a modernisé, elle s'est regroupée en un seul point quoi. Donc pour fermer faut faire ( ? ? ?), parce que l'usine ( ? ? ?), elle est déjà usine. Donc les usines y'en avait une à Châlons-sur-Marne qui produisait 24.000 ou 25.000 tonnes, on n'avait pas assez d'betteraves pour pouvoir tourner ! Alors, fallait bien fermer les usines puisqu'elles puissent marcher à fond, on a fermé Vauciennes. Après, deux ans après on a fermé Meaux, c'est la même compagnie, on a fermé Meaux. Mais, ce n'était pas une faillite, hein, c'est le rassemblement des betteraves, faut envoyer tout dans le même coin. Alors, on négocie le départ en retraite pour ceux qui sont pas trop loin et une prime pour ceux qui veulent partir, on a eu une prime, quoi. Si vous partiez, on vous donne tant, et pis hop vous dégagez, voilà.

Q1 : Ouais. Mais, dans l'usine, en fait, fin… vous n'en parliez pas quoi de la fermeture, vraiment pas ?

R1 : Ben non ! Parce qu'on n'avait pas l'information.

Q1 : Ouais.

R1 : Pas le patronat, on n'avait pas d'information.

Q1 : En plus…

R1 : Y'avait pas le syndicat.

Q1 : Ouais.

R1 : Le patronat, ça va toujours bien chez lui, toujours. Il part négocier ailleurs, lui s'occupe pas d'nous.

Q1 : Il se moque.

Q2 : Vous l'avez appris comment en fait?

Q1 : Après, euh…

Q2 : A part par le syndicat ?

R1 : Ah ben, à force, ils ont officiellement ( ? ? ?) qu'ils allaient fermer l'usine, quand vous arrivez pu à cacher.

Q1 : Ouais.

R1 : ( ? ? ?) dire.

Q2 : Ils vous ont rassemblés ?

R1 : Oui, alors on a fait un plan de restructuration et pis des mutations pour ceux qui veulent y aller, alors pour qui n'acceptent pas, on les envoyait le plus loin possible, c'est-à-dire 200 km de chez eux, qui fassent le matin 200 km pour aller travailler, ils reviennent au soir, y reviennent au soir c'est le même, sinon ils couchent sur place. C'est-à-dire ceux qui sont mariés, soit vous acceptez ça, soit vous divorcez.

Q1 : Ah !

R1 : Mais c'est ça.

Q1 : Ah oui, oui, c'est sûr, hein !

R1 : C'est ça. Quand y'a du boulot à côté, on n'vous ( ? ? ?) pas de rester à côté, ( ? ? ?) impossible. Par exemple, Nantes, fermeture impossible.

Q1 : Ah oui, quand même.

R1 : Ils sont sûrs que vous n'accepterez pas de partir travailler là-bas, alors vous allez refuser, on propose un emploi vous l'avez refusé ! 200 km, évidemment, on refuse, hein, sinon tu divorces.

Q2 : Ben oui !

R1 : Ben oui !

Q2 : Donc, en fait, pour vous, ils préféraient envoyer les gens au loin sachant qu'ils allaient refuser, plutôt que de leur proposer…

R1 : Voilà.

Q2 : … quelque chose de plus prêt…

R1 : Voilà, c'est ça.

Q2 : … ils auraient pu quand même accepter.

R1 : C'est ça, oui. Parce que Chevrières c'est pas loin d'ici, on peut y aller tous les jours et revenir. Y'en a qui sont partis travailler là-bas, là où qui devaient être mutés…

R2 : Thumeries.

R1 : Thumeries, 200 km d'ici, y'en a qui sont partis travailler là-bas, mais sont allés à Chevrières après.

Q1 : Ah oui, après ils sont…

Q2 : Donc, il y avait de l'emploi plus près.

R1 : Ouais, ben, bien sûr. D'abord, Thumeries a fermé depuis aussi. Alors, ça a été organisé. Envoyer dans une usine qui va fermer bientôt, comme ça c'est sûr, ils ne resteront pas longtemps. Ou alors Meaux, Meaux c'est à 50 km d'ici. Meaux, eh ben, c'est fermé aussi.

Q1 : Ouais.

R1 : Si vous avez une maison, si vous avez envie d'aller travailler ailleurs, vous êtes obligé d'vendre votre maison. Vous allez faire construire où ? Là où vous êtes embauché ? On n'est jamais sûr qu'ça va marcher.

Q1 : Ouais, ouais.

R1 : C'est une organisation pour que vous puissiez jamais arriver. Le patron c'est ça, il fait tout pour casser.

nouvelle recherche

votre sélection

ajouter à votre sélection

imprimer
DownloadPlayer