Accueil Le projet Les dossiers La base projets2003 réalisations contact
Mémoire Vivante de Picardie - La base
presentation consultation
retour à la liste

Un transporteur dans le sucre à Montcornet

La polyvalence des postes des ouvriers et la formation professionnelle de locotracteur à Laon

Q1 : Voilà. Donc, on va vous demander, en fait, de nous raconter votre premier jour dans la sucrerie de Montcornet, si vous vous en rappelez.

R1 : Je vous dis le premier jour, j'ai eu l'accident.

Q1 : C'est vrai.

R1 : C'était le 26 décembre, le lendemain de Noël, pis, à ce temps-là, on avait que des mobylettes, j'ai fait quoi, un kilomètre, la lumière s'est éteinte, y avait de la neige, y avait des congères, j'ai rentré dans la congère, et pis, je me suis relevé, bon, ben, je me dis je vais continuer parce que, j'y suis allé déjà dans les années 58/57, je connaissais le chef du magasin sucre, je lui ai dit que j'avais tombé, tout ça, pis que dans le milieu de mes bottes, ça faisait chaud d'un côté que l'autre. Ben y dit, retire ta botte, y dit, met-la le long du brasero, qu'on appelait, d'abord j'ai encore la marque, la poignée de frein de la mobylette, elle m'a rentré dans la fesse, alors, il faisait tellement froid, j'ai pas fait gaffe et pis, le sang coulait. Du coup, j'ai arrêté huit jours, je comptais le lendemain retravailler, j'me suis dit oh c'est rien, le lendemain, je ne pouvais plus bouger ma jambe. Alors du coup…

Q1 : Ah, ben pour un premier jour.

R1 : Ils ont dû dire, non mais…, enfin, ils me connaissaient, j'avais déjà été, alors n'importe comment j'avais été embauché comme coltineur de sacs, comme Monsieur Severin, d'abord on était ensemble. C'étaient des sacs de 100 kg. Bon, j'ai fait ça pendant sept ans, pis après, je suis allé au garage, conduire le bull, pis un peu le locotracteur, à descendre, d'abord sur la voie qu'on descend en gare, avec le locotracteur…

Q1 : Sur la cassette.

R1 : Sur les cassettes, pas là-dessus. On descendait les wagons en gare. D'abord, on allait à Laon pour passer des examens pour rentrer, pour pouvoir rentrer dans la ligne vraiment de Laon-Liart, vu que c'était Montcornet. A ce temps-là, il y avait encore la ligne Laon-Liart-Lille, et nous, comme Montcornet se trouvait entre-deux, pour les wagons, fallait aller faire des examens, tout le bazar, pour pouvoir rentrer dedans, parce que sans ça, autrement, on avait qu'une ligne. Si mettons, on aurait pu aller jusque, après il y avait les taquets, fallait un cadenas pour pouvoir retirer les taquets et pis pouvoir rentrer dans l'endroit où c'est que les trains descendaient.

Q1 : Oui, c'était sécurisé pour pas que…

R1 : Oui.

Q1 : Et ça consistait en quoi c'est…

R1 : Les wagons ?

Q1 : Non, non, vos examens là, à Laon.

R1 : Ah ben, c'était pour voir si on était apte à aller à conduire le locotracteur.

Q1 : Ouais, c'était une formation ou ?

R1 : Ah ben une paire de questions, pis demander ou si et là, en cas de pépin, bon dérailler c'était pas trop souvent. En réalité, c'était plus dans l'enceinte de l'usine qui était en mauvais état que dans, sur les autres lignes, parce que c'étaient des 50 tonnes de sucre, mais le poids vide, il faisait 23, donc ça faisait du 70 tonnes.

Q1 : Oui.

R1 : Donc à trois wagons, vous descendez trois wagons, parce que le locotracteur, c'était un comme on voit, qu'on peut voir en gare et si et là, d'abord c'était un moteur diesel, un diesel, en réalité le diesel faisait tourner une génératrice et la génératrice faisait tourner le moteur électrique. En réalité, c'était le moteur électrique qui tirait tout l'ensemble.

Q1 : Et vous, votre travail au quotidien, ça consistait en quoi alors, exactement, après être passé coltineur ?

R1 : On menait ça, y avait du boulot quasi toute la journée, quasi, avec le, mais après en intercampagne, on faisait un peu de tout aussi, on était polyvalent.

Q1 : Et vous faisiez quoi, précisément, enfin, en majeure partie, vous faisiez quoi en intercampagne ?

R1 : En intercampagne, au magasin, on faisait quasi que ça et pis après peut-être nettoyer des cuves ou si et là, mais y avait beaucoup, quand on faisait les péniches, les camions, on chargeait les camions et ils allaient là-bas à Selles, il y a déjà une trotte, il y a 25 km d'ici, de Montcornet toujours, il y a 30 km à peu près, pis on déchargeait, on remplissait les péniches là-bas.

Q1 : Donc, vous étiez souvent aussi en dehors de l'usine pour affréter en gros le sucre…

R1 : Oui, il faisait, combien, je ne sais plus combien qu'on pouvait faire une péniche par an, je ne sais pas combien, mais enfin, ça évaluait, ça faisait 25 camions, 2500 tonnes.

Q1 : Ça fait beaucoup.

R1 : Hum.

Q1 : Et ça partait où ça ?

R1 : Oh, ça partait aussi bien…, les trains, je sais qu'il y a des moments, plus d'un coup qui ont dit que ça partait des moments en Italie, Italie, y a des moments d'Italie, le sucre, il revenait en Allemagne et après d'Allemagne, le sucre, y revenait en France.
C'est vrai, hein, ouais. Il y a des moments, on y comprenait rien.

Q1 : J'imagine.

R1 : C'est le marché, y a tout ce qui y a.
nouvelle recherche

votre sélection

ajouter à votre sélection

imprimer
DownloadPlayer