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L'organisation et la vie quotidienne au Familistère

Les relations avec le voisinage dans le familistère de Guise

Q1- Parce que par rapport aux gens qui travaillaient dans les usines et qui habitaient au familistère, vous aviez quand même des relations, je veux dire, entre enfants et puis adultes ?

R1- Ah ben, vous savez, on s'connaissait tous, on s'connaissait... tous les enfants qui étaient à l'école, à plusieurs années de différence, puisque c'étaient des classes par deux ans. Donc on connaissait tous ceux du même âge et ceux d'un an de moins, et après quand on changeait de classe, ceux d'un an de plus. Et on s' connaissait tous, on jouait ensemble dans les cours du familistère, courir sur le balcon, ou c'était, c'était (petit rire) c'était not'vie un petit peu d'ensemble, mais pas, avec à mon avis un gros avantage, pas comme les ensembles de maintenant (soupir), qui sont plutôt revêches, genre cabane à lapins, à c'moment, c'était pas du tout l'même genre.

Q- Les enfants jouaient souvent d'ailleurs dans cette cour intérieure ?

R1- Il y avait déjà, oui, le fait de la cour, et des balcons. Ca c'était... A mon avis, je n'sais pas si Godin l'avait vraiment fait exprès ou s'il avait fait une distribution comme ça, pratique au point de vue logement, mais au point de vue social, c'est un très gros avantage, parce que vous êtes obligés, pour avoir accès au logement, de passer sur les balcons du fond de cour. Vous rencontrez forcément tous les voisins. Même celui de l'étage du dessous, dans l'escalier. Bon ben vous savez bien qu'au fil des années, on connait tout l' monde. Moi j'ai habité toujours le même pavillon, c'était le pavillon dit "Cambrai", vous savez celui qui est pas couvert

Q1- Celui qui est à côté là ?

R1- qui est tout seul là. Ben en pratique, je pouvais vous dire le nom de tous les habitants du familistère. S'il y avait une centaine de logements, on les connaissait, tout le monde.

Q1- Alors il y avait combien de logements dans ce pavillon "Cambrai", puisqu'il est plus petit ?

R1- Oh, une centaine, y'a 450 logements en tout hein dans les familistères. Y d'vait y en avoir une centaine là.

Q2- Donc tout le monde se connaissait par la force des choses.

R2- Et tout le monde s'aidait.

R1- Oui

R2- Y'avait une entr'aide.

R1- Oui et disons, soyons honnêtes, évidemment, dans un ensemble comme ça y'aura toujours deux ou trois personnes qui sont pas d'accord ou bien qui s' disputent pour quelque chose, hein, pour des broutilles quelconques. Mais la grosse majorité, y'avait beaucoup d'entraide. Moi je l'ai vu, la voisine, par exemple, j'étais tout gosse, bon, mes parents travaillaient tous les deux ;
si j'étais malade, j'étais à la maison tout seul, hein, si j'avais sept ou huit ans. Ben la voisine, elle venait me faire prendre des médicaments ou bien m'donner une boisson chaude. Si l'autre était malade à côté, on descendait, on allait lui chercher du charbon ou bien du pain, ... c'était... en été, le dimanche, quand, enfin l'dimanche, tout le monde s' rencontrait un peu, et même le soir, en été, on sortait des chaises sur le balcon (sourire) et pis les voisins aussi, et pis y'avait sept-huit personnes, euh, on faisait la causette et on buvait une bouteille de cidre ou .... C'était ... on peut pas s'rendre compte des relations...

R2- C'était presque familial dans le bâtiment.

R1- Oui. Oui, je crois qu'd'ailleurs que c'est ça, le familistère, c'est une grande famille. C'était vraiment une grande famille.

Q1- Et le fait de voir toujours les voisins, les mêmes personnes, ça lassait pas un peu dans les relations ?

R2- Absolument pas.

R1- Non.

Q2- C'était pas pesant un peu, parce que chacun connaissait la vie d'tout le monde en fait, on pouvait s'immiscer facilement dans la vie...

R1- Ben non pas, ben, vous savez la vie, vous connaissez la vie extérieure des gens quoi, parfois, mais pas. J' vois pas du tout c'que. Non. Pour nous, est-ce que c'est parce qu'on y était venu au monde, j'y voyais aucun inconvénient.

Q1- Pour vous, on pouvait garder une vie privée quand même assez bien. On pouvait garder une vie familiale, privée.

R2- Ah oui. (sonnerie du téléphone)

R1- Ah ben absolument tranquille. Ca, les voisins s'occupaient pas d'vot vie familiale. (en bruit de fond, on entend Mme Poulain répondre au téléphone) Mais en plus, non seulement y avait cette relation, ça a fini même par faire vraiment des parents, y'a pas d'doute. Bon si vous voulez bon. Prenez mon père, qui était né au familistère, s'est marié avec ma mère qui était une fille née au familistère.

Q1- Donc y'avait vraiment quand même...

R1- Bon j'avais.. ma mère avait un frère et une soeur, bon, qui s' sont mariés et qui habitaient le même Familistère, vous voyez déjà un groupe familial (temps d'arrêt) au Familistère.

Q2- Parce que dans le familistère, on retrouvait comme ça des grandes familles avec des noms qui englobaient ?

R1- Oui, ça arrivait souvent que des garçons et des filles du familistère se mariaient quoi, hein, peut-être pas du même bâtiment mais avec un autre bâtiment et c'était. Ca agrand. ça faisait vraiment des familles...

Q2- Donc on retrouvait un réseau familial ///

R1- /// des familles normales au sein (sourire) un petit peu d'une grande famille.

Q2- /// au sein d'une grande famille.

R1- Oui.
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